La possibilité que le stationnement Badeaux soit vendu à un promoteur privé agace certains conseillers municipaux.

Le stationnement Badeaux vendu au privé?

TROIS-RIVIÈRES — La Ville de Trois-Rivières envisage sérieusement de vendre le stationnement Badeaux à un promoteur privé.

Le Nouvelliste a en effet appris que les membres du conseil municipal devraient se prononcer très prochainement sur une résolution concernant la vente du stationnement étagé. Il est même question que le vote sur cette question se tienne dès la prochaine séance ordinaire, qui aura lieu ce mardi. Le dépôt de cette résolution viendrait donc corroborer les propos qu’a récemment tenus le maire Yves Lévesque sur les ondes du 106,9 FM à l’effet que les choses étaient sur le point de bouger dans ce dossier.

L’empressement du premier magistrat à se départir de ce bâtiment n’est pas partagé par tous les autres membres du conseil. Certains conseillers confient d’ailleurs qu’ils ne sont pas d’accord avec cette possible transaction. C’est notamment le cas du conseiller du district Marie-de-l’Incarnation, Denis Roy. Ce dernier considère que la Ville gagnerait beaucoup à garder cette infrastructure, qui constitue selon lui une source de revenus pour la Ville ainsi que la pierre angulaire de la solution au problème de stationnement au centre-ville.

«On a eu des présentations sur ce dossier-là. Il y a des travaux qui doivent être effectués, mais une fois tous les travaux payés, on dégage encore 200 000 $ de profit. Et là au moment où l’achalandage va augmenter de façon considérable avec l’ouverture du CECI [le Centre d’événements et de congrès interactifs], on nous demande de le vendre au privé. Tout le monde nous dit qu’il y a des problèmes de stationnement au centre-ville. C’est un sujet récurrent. [...] On sait que le stationnement est une clé pour un milieu de vie sain et équilibré. [...] On ne peut pas, de façon responsable, s’enlever cet outil-là et penser que l’on va atteindre nos objectifs comme Ville dans le quartier ‘‘signature’’, où l’enjeu de stationnement touche tout le monde. Ça n’a pas de bon sens», lance-t-il.

La peur de voir la facture des travaux de réfection de l’endroit gonfler en raison de mauvaises surprises semble constituer une des raisons pour lesquelles le maire tient à ce que la Ville s’en départisse. Le conseiller du district Châteaudun, Luc Tremblay, croit cependant que ces craintes ne sont pas justifiées. Il ajoute que selon un rapport de la firme CIMA, l’état actuel du stationnement Badeaux n’a rien à voir avec celui de l’autogare, qui subit présentement une importante cure de rajeunissement.

«On nous dit dans le rapport qu’il n’y a aucun problème structural. Il n’y a que des ‘‘plasters’’ à mettre à quelques endroits. Le maire nous dit que ça va coûter plus de deux millions de dollars pour le réparer. Là-dessus, il y a 1,7 million $ qui vont servir à ajouter une nouvelle membrane sur la dalle de béton pour la rendre plus étanche. Cette tâche se compare à peindre un mur. Tu ne peux pas avoir de mauvaise surprise quand tu peins un mur. [...] Ça n’a aucun rapport avec l’autogare», explique le conseiller qui œuvre dans le domaine de la construction depuis une trentaine d’années.

Leur consœur du district des Forges, Mariannick Mercure, a pour sa part des réserves en ce qui concerne le processus préconisé afin de choisir l’acheteur, qui serait selon toute vraisemblance la Société immobilière G3R, qui est propriétaire de l’hôtel Delta et qui est derrière le projet du CECI. Selon elle, un appel d’offres public aurait dû être lancé afin de dénicher la meilleure proposition possible.

«C’est inacceptable pour les contribuables car il y a une apparence de favoritisme. C’est sûr que ça va alimenter le cynisme de la population», déplore-t-elle.

La SDC prône l’accessibilité
Bien au fait de l’importance du stationnement Badeaux pour la vitalité du centre-ville, le directeur général de la Société de développement commercial (SDC) de Trois-Rivières, Mathieu Lahaye, espère qu’il sera toujours accessible aux visiteurs et aux travailleurs, qu’il soit vendu ou non.

«Nous voulons garantir l’accessibilité, notamment aux travailleurs qui y stationnent leur véhicule le jour ainsi que les commerces qui y réservent des places pour leurs clients. Notre crainte, c’est que le jour où le privé deviendra propriétaire, on réserve les espaces pour les congressistes», mentionne-t-il avant d’ajouter que la mise en place de mesures pour inciter les automobilistes à stationner leur véhicule à cet endroit serait une bonne chose.

De plus, il rappelle que son organisation a payé environ le tiers de l’hypothèque greffée à ce bâtiment pendant plusieurs années, ce qui représentait des montants d’environ 60 000 $ annuellement. Cependant, la SDC ne figurerait pas sur l’acte hypothécaire. Fait à noter, le stationnement Badeaux avait été construit à la demande des commerçants du centre-ville afin de pallier la perte des espaces de stationnement sur la rue des Forges lors du réaménagement complet de celle-ci il y a une trentaine d’années.