Sébastien joue au soccer depuis une vingtaine d'années malgré son handicap qui le force à se déplacer en fauteuil roulant. Il a joué samedi aux côtés de Jean-Philippe Sylvestre, étudiant en psychologie à l'UQTR.

Le sport pour effacer les différences

Trois-Rivières — Toute la journée, samedi, des dizaines d’athlètes vivant avec une déficience intellectuelle se sont affrontés sur les surfaces synthétiques du Complexe sportif Alphonse-Desjardins. Nombre d’entre eux n’en étaient pas à leur première compétition dans ce sport, mais l’événement avait un caractère unique: il s’agit de la première fois où un tel tournoi faisait participer à la fois des personnes avec une déficience et d’autres qui n’en ont pas.

N’importe qui peut jouer au soccer: c’est ce que prouve Sébastien depuis une vingtaine d’années. Le jeune homme en fauteuil roulant l’a encore démontré samedi au CSAD.

«J’aime ça voir d’autre monde. Tu échanges, il y a une fraternité. On est en compétition, oui, mais c’est une compétition saine. C’est sûr que je vais avoir le sourire accroché au visage toute la journée», garantit Sébastien, qui a aussi longtemps joué au basketball.

Le jeune homme a bien sûr pu compter sur l’aide de ses coéquipiers pour se dépasser lors du tournoi. Parmi eux, Jean-Philippe Sylvestre, étudiant en psychologie à l’UQTR et lui aussi joueur de soccer de longue date.

«Je n’avais jamais tenté une expérience de ce genre avant et je trouve ça super intéressant, reconnait-il. Il y a des joueurs de tous les calibres et vraiment un bel esprit d’équipe. Tout le monde tripe!»

Jean-Philippe a d’ailleurs été impressionné par la détermination de son coéquipier qui, comme le ferait n’importe quel autre athlète, handicapé ou non, donne son 110 %. «Il débarque de son fauteuil roulant pour jouer et il s’est même jeté par terre pour bloquer la balle, souligne-t-il. C’est inspirant!»

Parmi les «partenaires unifiés», soit les joueurs sans handicap, figurait Gabriel Balbinotti. L’ancien élève de l’Académie les Estacades, qui a brièvement évolué avec le Fury d’Ottawa après un stage à l’Académie de l’Impact de Montréal, ne s’est pas fait prier lorsqu’il a été approché pour participer à ce premier tournoi. Pour lui, une fois sur le terrain, les différences entre une personne handicapée et une qui ne l’est pas s’estompent rapidement.

«Sur le terrain, on est tous pareils: on a deux jambes et deux yeux, illustre-t-il. S’il y a des différences, on ne les remarque plus. On a du fun, on rit et on s’amuse en jouant à ce beau sport.»

Plus de 120 personnes ont participé au premier tournoi de soccer unifié organisé samedi par olympiques spéciaux Québec.

Inclusion sociale

S’il y a des différences, on ne les remarque plus: c’est précisément ce qu’avait en tête Olympiques spéciaux Québec en organisant ce premier tournoi de soccer unifié. L’organisme vise bien sûr à permettre aux personnes handicapées de s’épanouir à travers le sport, mais également à construire des ponts entre les communautés, handicapée et non handicapée.

«Avoir des communautés séparées, on pense que ce n’est plus vraiment l’avenir, soutient Tristan Delmas, organisateur de l’événement pour Olympiques spéciaux Québec. Il faut réunir les gens, trouver des manières d’être ensemble et de faire des choses ensemble. Parce que oui, il y a des différences, mais quand on fait du sport, il n’y en a pas.»

Selon M. Delmas, cette philosophie, soit de réunir personnes handicapées et non-handicapées dans le sport, est appliquée depuis plusieurs années en Amérique du Nord, mais reste marginale au Québec. D’où l’idée d’organiser un tournoi de soccer unifié, qui a germé après une première expérience tentée l’an dernier, lors de l’Université internationale d’été en déficience intellectuelle, qui se déroulait à l’UQTR. Olympiques spéciaux Québec avait alors organisé un premier match de soccer unifié.

L’idée d’organiser un tel tournoi a séduit le professeur au département de psychoéducation de l’UQTR, Martin Caouette. S’il rejoint tout à fait Tristan Delmas sur l’opportunité de faire tomber les barrières entre les communautés, il souligne aussi l’importance d’une telle occasion pour que les personnes handicapées se sentent valorisées.

«Quand j’ai un handicap, je suis quotidiennement confronté à mes limites: le monde est toujours parsemé d’embûches, précise M. Caouette. Une journée comme celle-là, je ne suis pas confronté à mes limites. Au contraire, je vis des succès, un esprit d’équipe. C’est vraiment un gros plus.»

De telles opportunités jouent également un rôle important dans la socialisation des personnes handicapées, souligne le professeur. Elles leur permettent également d’agir comme modèle positif pour les autres personnes qui vivent avec un handicap.

Vers une ligue unifiée?

Plus de 70 athlètes d’Olympiques spéciaux participaient au tournoi, samedi. Une cinquantaine de «partenaires unifiés» se sont mêlés à eux, dont plusieurs étudiants de l’Université McGill et de l’Université Laval. Martin Caouette rêve d’ailleurs du jour où de telles associations deviendront chose commune, pourquoi pas au sein d’une ligue interuniversitaire?

«Pour le moment, on regarde déjà comment refaire l’événement l’an prochain, parce que c’est sûr qu’on va le refaire, assure-t-il. Mais je rêve du jour où les Patriotes unifiés affronteraient le Rouge et Or unifié! Éventuellement, on pourrait développer ça au collégial et même au secondaire.»

Tristan Delmas souhaite lui aussi que le tournoi prenne de l’ampleur dans les années à venir. Il souligne d’ailleurs la participation de 14 employés de la chaîne de magasins Aldo à l’événement, samedi, de même que des membres de la famille d’athlètes d’Olympiques spéciaux.

«C’est l’idée d’avoir différentes communautés, à différents niveaux - universitaire, corporatif et famille - qui se rencontrent, indique-t-il. L’an prochain, on voudrait rajouter du scolaire et plus de corporatif, pour que ce soit un rendez-vous à ne pas manquer.»