Les aspirants policiers de l’École nationale de police du Québec ont confectionné des sacs de sable à Nicolet en prévision d’éventuelles inondations.

Le spectre des inondations de 2017 plane

Trois-Rivières — Le spectre des inondations historiques de 2017 plane et pour éviter de revivre ce cauchemar, la Sécurité civile et les municipalités demandent aux citoyens de se préparer au pire alors que d’importantes précipitations sont attendues au cours des prochains jours. Si les prévisions se concrétisent, le lac Saint-Pierre pourrait atteindre un niveau supérieur à celui de 2017. La Ville de Trois-Rivières estime même que l’eau pourrait toucher plus de 1000 résidences.

«On prévoit beaucoup d’eau pour les prochaines heures et les prochains jours. En Mauricie, on s’attend à 60 à 70 mm d’eau d’ici samedi midi. Ça va faire en sorte que le lit des rivières va gonfler, le niveau d’eau va monter et les débits vont augmenter aussi. Pour le lac Saint-Pierre, cela signifie qu’on s’attend à ce que non seulement ça ressemble au niveau d’eau de 2017, mais que ça risque de le dépasser», explique Bernard Létourneau, porte-parole de la Sécurité civile.

À son plus haut, le lac Saint-Pierre avait atteint 3,54 mètres en 2017. Si le pire scénario se réalise, il pourrait atteindre 3,9 mètres autour de mardi. «C’est dans le pire des cas. On ne veut pas alarmer les gens. Ce qu’on souhaite, c’est informer les citoyens et les municipalités pour qu’ils se préparent. Peut-être qu’il va y avoir une prévision à la baisse, mais il ne faut pas vraiment se fier là-dessus», précise M. Létourneau.

De plus, le niveau d’eau risque d’augmenter rapidement parce que tous les éléments favorables aux inondations vont être de la partie cette fin de semaine. «Il y a trois éléments qui sont combinés en même temps. Premièrement, les pluies abondantes. Deuxièmement, la fonte des neiges. Tout ce qu’il y a comme neige encore dans le nord, ça va fondre parce qu’on attend du temps doux. La fonte des neiges va apporter de l’eau dans les ruisseaux et dans les rivières. Le troisième élément, les grandes marées font en sorte que l’eau a plus de difficulté à s’écouler dans le fleuve. Les grandes marées, la fonte des neiges et la pluie, on a trois facteurs qui ne nous aident pas beaucoup.»

Malgré tout, même si le niveau du fleuve s’élève autant que prévu, cela ne signifie pas nécessairement que la situation sera aussi catastrophique qu’en 2017. Ce printemps-là, la pluie s’était échelonnée sur une longue période alors que les précipitations devraient cesser dès le début de la semaine cette fois-ci, les niveaux d’eau devraient donc redescendre plus rapidement.

L’heure était aux préparatifs sur la rue du Héron bleu, à Trois-Rivières.

Par ailleurs, Transports Canada a demandé aux navires qui circulent entre Batiscan et Montréal de réduire leur vitesse le plus possible pour diminuer l’impact des vagues sur les berges. Rappelons qu’en avril 2017, un bateau qui circulait trop rapidement avait projeté des vagues d’environ deux mètres de haut sur des maisons à Yamachiche.

Que les prévisions se réalisent ou pas, les municipalités riveraines sont sur un pied d’alerte. Que ce soit Trois-Rivières, Nicolet, Bécancour, Yamachiche ou Sainte-Anne-de-la-Pérade, beaucoup de municipalités ont préparé des sacs de sable. À Trois-Rivières, quelque 30 000 sacs de sable sont disponibles. Des palettes de sacs de sable ont été transportées dans les secteurs à risque et d’autres sont disponibles au Centre de services aux citoyens secteur ouest. «On est en état d’alerte. Selon les prévisions, on va atteindre le même niveau d’eau qu’en 2017, et ça va se faire en quelques jours, comparativement à 2017, alors que ça s’était échelonné sur plusieurs semaines. C’est pourquoi on demande aux riverains de commencer à construire une digue de sacs de sable», explique Kim Bellerive, porte-parole de la Ville de Trois-Rivières.

À Nicolet, environ 5000 sacs ont été confectionnés par les pompiers et par une quarantaine d’aspirants policiers de l’École nationale de police du Québec qui ont mis la main à la pâte, jeudi. Un centre d’hébergement va être aménagé à la résidence Saint-Joseph, sur la rue Saint-Jean-Baptiste, pour d’éventuels sinistrés. De plus, des représentants de la Ville ont commencé, jeudi, une tournée porte-à-porte des zones à risque. «Nos gens et nos ressources sont mobilisés. On est définitivement en préparation intense pour répondre à ce qui s’en vient ce week-end. (...) On est vraiment prêt. Ce qui a été annoncé présentement pour les prochains jours, on peut y répondre», assure Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet.

À Bécancour aussi, les préparatifs allaient bon train, jeudi. «On est prêt. On a fait venir des voyages spéciaux de sacs de sable. On a une grosse équipe qui suit l’évolution de la situation de minute en minute. On demande aux gens non pas d’être en mode panique mais en mode préparation sérieuse. Ce qu’on dit aux gens c’est: ‘‘Soyez prêts’’», lance Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour.

À Shawinigan aussi, des sacs de sable sont disponibles au besoin, mais la situation est moins inquiétante que pour les municipalités situées aux abords du fleuve. «Pour Shawinigan, pour la fin de semaine, les débits annoncés de la rivière Saint-Maurice ne semblent pas problématiques. Mais on est à l’affût. Si on doit se mobiliser en fin de semaine, on va être prêt à intervenir», assure François St-Onge, porte-parole de Shawinigan.

À Trois-Rivières, dans les quartiers à risque, ce n’était pas le branle-bas de combat dans la journée de jeudi. Seulement quelques résidents avaient commencé à installer des sacs de sable. «Depuis ce matin (jeudi), ça monte. Ils disent que ça va être pire qu’il y a deux ans alors c’est sûr que c’est inquiétant», note un résident du chemin des Busards, qui a préféré ne pas se nommer. Martin Racette, sur le chemin de l’île Saint-Eugène, installait ses pompes. Il a apporté des améliorations à sa maison depuis 2017 pour parer à toute éventualité. «On se prépare par rapport à ce qu’on a vécu en 2017. On essaie de prévenir le coup.»

Certains donnaient un coup de main. Des travailleurs de Déneigement Trévi aidaient des riverains en apportant des sacs de sable avec leur machinerie. «J’offre le service de machinerie pour apporter les sacs. Je les descends sur le bord des résidences. Il y a beaucoup de personnes âgées qui vivent sur le bord de l’eau. Ce sont quand même des sacs de 50 livres», souligne Éric Désilets, propriétaire de Piscine Trévi.