Le sourire d’une ambassadrice

À l’âge de 13 ans, Marie-Claude Brûlé participe à un premier échange étudiant organisé par la Ville de Shawinigan. Elle a toujours aimé voyager. «J’étais la petite qui regardait Vision mondiale et qui se voyait faire des missions», se remémore-t-elle. Cet engouement pour le voyage l’amène à parcourir le monde — l’Asie surtout. Puis, sur le chemin des études. Un baccalauréat en communication sociale de l’UQTR en poche, elle part pour Montréal. Elle entame une maîtrise à l’ÉNAP en administration internationale.

Quand vient le temps de faire un travail dirigé, dans le cadre de cette même maîtrise, en 2004, elle part vers le Rwanda pour assister des congrégations religieuses. Escale à Paris. On bloque le projet, la situation est devenue trop dangereuse au Rwanda. Un peu déçue, elle décide de passer les Fêtes avec des amis à Paris — c’est Noël.

À peine le temps de poser ses valises, le tsunami frappe en Indonésie. Elle connaît la région. On la dépêche pour aider à gérer les mesures d’urgence. Tant pis pour l’Afrique, elle ira à Sumatra et aux Maldives. Elle se promène d’écoles en prisons et de prisons en plantations. Elle évalue les besoins, fait des recommandations. L’aventure dure plus d’un an. Elle revient, termine sa maîtrise, puis repart. L’Inde, le Népal. Toujours l’Asie. Puis un jour, rassasiée, elle rentre. «À Shawi! J’adore ma ville», déclare-t-elle.

Elle se promène encore. Cette fois, d’emploi en emploi. À la Commission scolaire, au Collège Shawinigan, puis au CIUSSS. On la retrouve notamment au recrutement international. Elle s’amuse, se cherche un peu.

Pendant que sa carrière prend tranquillement son envol, Marie-Claude et Carl, son conjoint, fondent une famille. Ils auront quatre enfants. Ils choisissent Shawinigan, définitivement. «Un choix du cœur», confie-t-elle.

Il y a quatre ans, un poste ouvre au SANA, le Service d’accueil des nouveaux arrivants. Marie-Claude devient sa directrice. CGI vient de lancer ses opérations et la ville est à un tournant, relate Marie-Claude. La mission du SANA évolue, on est dans un contexte de besoin de main-d’œuvre spécialisée. Son mandat en est un accueil, d’intégration et de promotion.

On l’envoie désormais au front pour vendre la ville. Cette ville dont elle se dit amoureuse. Marie-Claude l’ambassadrice.

«Je m’éclate dans mon travail», confie-t-elle d’un large sourire. Si le travail termine à 16 h. Elle n’hésite pas à organiser des barbecues pour ses «clients» dans sa cour arrière, à la maison. Pourquoi? «Parce que c’est chouette!», sourit-elle encore. «Avoir cinquante nationalités différentes dans ma cour, pour mes enfants c’est magnifique», fait-elle valoir, enthousiaste.

Quant aux débats actuels sur la laïcité ou sur l’immigration, ses préoccupations semblent davantage se porter sur l’individu que sur les grands enjeux. Sur celui qui débarque dans son bureau ou qu’elle ira chercher à la gare. Sur celle qu’elle accompagnera pour une visite d’appartement. L’Autre pour elle, c’est celui qui pourra devenir son ami, qui viendra manger dans sa cour — ou au parc de l’île Melville, le barbecue est devenu trop couru pour la cour arrière.

Elle se réjouit des restaurants, indien ou marocain, qui ont maintenant pignon sur rue à Shawinigan. Ou du marchand d’olives au marché public. Pour elle, Shawinigan est en effervescence et sa richesse ne connaît pas les frontières. Son équipe et elle sont au centre d’initiatives qui se multiplient pour tisser les liens entre «les nouveaux et les locaux».

Puis un jour, elle remarque à l’école et au CPE que toutes les familles n’ont pas les mêmes ressources. Avec des amis, elle met en branle le projet «Un habit pour un p’tit», dans le cadre de la Classique hivernale Broadway. Avec les fonds amassés, on achète des habits d’hiver pour des enfants issus de familles avec moins de moyens. Ça dure depuis cinq ans.

Et pour se détendre, il y a le temps en famille, entre amis, les soupers, les apéros. Puis encore le voyage. La famille revient de Thaïlande. Un mois, sac au dos. Toujours l’Asie. Toujours le voyage.