Danielle Mongrain et Alfred St-Onge fils, dirigeants de Bel-Air Laurentien aviation, croient avoir traversé sereinement le procès du recours collectif intenté par la Coalition contre le bruit.

Le sort de Bel-Air entre les mains de la juge

SHAWINIGAN — Après avoir investi plusieurs centaines de milliers de dollars pour défendre l’intégrité de leur entreprise, Alfred St-Onge fils et Danielle Mongrain ne peuvent désormais plus rien faire pour convaincre la juge Suzanne Ouellet que les vols d’hydravions touristiques de Bel-Air Laurentien aviation ne provoquent aucune nuisance anormale au lac à la Tortue. La présidente du tribunal a pris l’affaire en délibéré, avec en main des caisses de documents qui stimuleront sa réflexion.

Le couple n’a pratiquement rien manqué de cet important procès. Lors de leurs témoignages, en avril et en mai, ils ont martelé le même message: une condamnation mettrait fin aux activités de l’entreprise familiale.

La Coalition contre le bruit veut obtenir une diminution des vols d’hydravions touristiques, en plus d’une compensation de 1000 $ par membre depuis 2008 pour les inconvénients vécus. Le dédommagement pourrait ainsi atteindre jusqu’à 10 millions de dollars.

En fin de journée jeudi, le couple a tourné la page en insistant sur la qualité du travail de leurs avocates, Mes Myriam Brixi et Karine Joizil. M. St-Onge ne pouvait toutefois cacher l’irritation qui l’habite toujours à l’idée d’avoir dû passer à travers un procès en recours collectif.

«L’an passé, nous avons eu 1862 vols (touristiques) et ça dérange 45 secondes par vol», calcule-t-il. «Ça donne 1396 minutes. Normalement, on opère pendant 180 jours, mais avec les restrictions, il faut enlever les samedis et les dimanches pendant trois mois et les deux fêtes nationales. On opère donc sur 155 jours. Au bout du compte, ça donne une moyenne de 9 minutes par jour pour les décollages, donc 12 vols par jour...»

«Bel-Air existe depuis 53 ans», ajoute Mme Mongrain. «S’il y a eu une cohabitation harmonieuse avant, je ne comprends pas pourquoi il n’y en aurait pas eu à partir de 2008.»

«Ça a été une grosse expérience», convient-elle. «On ne vit pas ça à tous les jours. On ne se cache pas que ça a été difficile par bout, mais on a traversé ça sereinement et positivement. On va de l’avant; ce n’était pas notre choix. Ça nous a été imposé.»

Dans ces montagnes russes d’émotions, Mme Mongrain ne veut pas passer sous silence le soutien qu’elle a senti dans sa communauté. À commencer par les 877 résidents qui, par solidarité, ont décidé de s’exclure du recours, se privant ainsi d’un gain monétaire potentiel sans bouger le petit doigt. L’opinion de la juge Ouellet sur cette mobilisation exceptionnelle dans le cadre d’un recours collectif est d’ailleurs fort attendue.

«Le site Je supporte Bel-Air, ça a été vraiment touchant», souligne Mme Mongrain. «La marche également (le 19 mai). Les gens se sont mobilisés sans qu’on le demande à personne. Mais quand ils ont vu l’ampleur, ils ont voulu faire quelque chose.»

Et comment vivront-ils l’attente du verdict? «On va passer plus de temps à l’ouvrage!», lance spontanément M. St-Onge.

Pour le moment, Bel-Air Laurentien aviation n’est pas affectée par les fameux travaux d’installation d’un réseau d’égout au lac à la Tortue.

Les manoeuvres sont attendues vers la fin de l’été dans cette partie du secteur.

«Nous avions connu une augmentation des vols l’an dernier, avec la fête du Canada», explique M. St-Onge. «Mais cette année, nous vivons une grosse diminution. À date, nous avons 30 % de moins pour mai et juin.»

Quelques faits

Dépôt du recours: 20 juin 2011

Autorisation de l’exercice du recours: 28 août 2012

Partie demanderesse: Coalition contre le bruit

Parties défenderesses: Ville de Shawinigan (entente hors cour en mai 2016), Aviation Mauricie (fin des activités en 2013), Bel-Air Laurentien aviation

Ce qui est réclamé: Diminution des vols d’hydravions touristiques et 1000 $ par membre du recours à chaque année depuis 2008

Nombre de membres: 976

Nombre d’exclusions: 877

Procès: du 26 mars au 28 juin 2018, sur 26 jours

Jugement: Fin 2018