Martin Ferron a lancé une campagne de sociofinancement pour pallier au contrecoup de la sécheresse de l’été dernier.

Le sociofinancement pour nourrir le troupeau

TROIS-RIVIÈRES — L’été 2018 a été catastrophique pour les producteurs de foin de la région. À la Financière agricole, on indique avoir versé des indemnités à 93 % de ceux-ci. Une année exceptionnelle, souligne-t-on. Martin Ferron, producteur de lait d’Yamachiche, qui produit son propre foin et qui n’adhère pas au régime d’assurance récolte que propose le gouvernement du Québec, a dû se résoudre à lancer une campagne de sociofinancement pour trouver à nourrir ses bêtes jusqu’au printemps.

«C’est le Québec au complet qui est sec, il n’y a pas de foin qui est disponible, et quand il y en a, il est deux fois le prix», se désole M. Ferron. Du jamais vu en 20 ans, selon lui. «J’ai récolté à peu près juste 30 % de ce que j’ai d’habitude», ajoute-t-il. Le producteur soutient en avoir généralement à revendre, alors que cette année il a un manque à gagner de 200 «balles».

Les observations de M. Ferron recoupent ce que l’on constate à la direction régionale de la Financière agricole, la société d’État chargée d’assurer les producteurs contre les aléas climatiques et leur impact sur les récoltes. C’est un peu plus de 1,8 million $ en indemnités qui a ainsi été versé aux producteurs de foin de la Mauricie en 2018, explique-t-on. À l’échelle du Québec, c’est 48 millions $ que les assurés se sont partagés au cours de la même période.

Fait à noter, deux avances avaient été versées sur les indemnisations, l’une en août et l’autre en octobre, pour permettre aux producteurs de s’approvisionner avant que les prix ne se mettent à monter, à cause de la pénurie anticipée. Une mesure exceptionnelle, souligne Sébastien Cyr, directeur régional à la Financière agricole, à Trois-Rivières. «On a essayé d’aider les producteurs durant l’été à acheter du foin au bon moment, avec les avances qu’on a faites», précise-t-il.

De son côté, Martin Ferron dit n’avoir jamais voulu souscrire au régime d’assurance que propose le gouvernement du Québec. «J’ai toujours de l’over. En vingt ans, je n’ai jamais vu ça, être catastrophique comme ça», soutient celui qui exploite un cheptel d’une cinquantaine de bêtes. «Je peux comprendre les assurances récolte dans les grandes cultures, dans l’extérieur, parce qu’il y a trop de variables», explique-t-il. Mais, en parlant de son foin, il dit que c’est un peu comme se demander si le gazon va pousser devant la maison cette année.

Pour M. Ferron, la question des assurances en est une de choix. Il explique gérer son budget en y allant au plus pertinent. Son père, de qui il a repris la terre, n’était pas plus assuré que lui, affirme-t-il. Qui plus est, soutient le producteur laitier, les indemnités versées en cas de mauvaise récolte ne sont pas arrimées à la réalité du marché.

À la Financière agricole, on confirme que les compensations sont calculées en fonction d’un régime défini et que, comme avec toute assurance, les bénéficiaires peuvent choisir le type de couverture dont ils veulent se prévaloir. Or, les paiements anticipés de cette année visaient précisément à aider les membres à se prémunir contre les aléas du marché, rappelle Sébastien Cyr.

Le directeur régional préfère par ailleurs ne pas se prononcer sur le choix de M. Ferron de ne pas souscrire au régime d’assurance collective — «un choix qui est le sien», indique-t-il. S’il dit ne pas tenir de statistiques quant au pourcentage de producteurs qui choisissent d’adhérer aux programmes de la Financière agricole, il souligne que la sensibilisation fait partie des mandats qu’assure son organisation.

Au Québec, ce sont près de 5000 producteurs de foin qui sont assurés par le biais d’une adhésion à la Financière agricole. Si la société d’État n’a pas encore publié son bilan 2018, on est déjà en mesure de dire, à la direction régionale, que les producteurs de foin ont été les plus affectés par les conditions météorologiques de l’été passé.

Pour Martin Ferron, la situation actuelle ne remet pas en question son choix d’opérer sans la protection de la société d’État. Il en appelle plutôt à la solidarité populaire, en prenant pour exemple l’inquiétude et la mobilisation engendrées par la signature du dernier accord commercial avec les États-Unis et le Mexique.

«Je suis là pour nourrir le monde, est-ce que le monde peut me soutenir? Est-ce qu’on peut, collectivement parlant, soutenir notre agriculture?», demande-t-il. Sa campagne de sociofinancement a pour objectif d’amasser 15 000 $. Il avait récolté 240$, un peu plus de 24 heures après l’avoir lancée.