Martine Roy, première femme à la direction générale du Séminaire Saint-Joseph, a rendu hommage aux «pionnières» de l’école secondaire trifluvienne.

Le Séminaire Saint-Joseph souligne 20 ans de mixité

Trois-Rivières — La gent féminine était à l’honneur, vendredi, au Séminaire Saint-Joseph. À la rentrée scolaire de 1998, l’école secondaire trifluvienne accueillait pour la première fois 45 adolescentes. Vingt ans plus tard, le Séminaire a rendu hommage à ces «pionnières», qui ont été aux premières loges de ce changement d’ère.

«Tout le monde est unanime: ç’a été un événement très positif, clame Martine Roy, directrice générale. Elles ont amené avec elles beaucoup d’énergie, une énergie nouvelle. Ça a changé le travail aussi de nos enseignants. Des garçons ensemble, ils peuvent faire des niaiseries, mais on ajoute une seule fille et ça change le niveau de maturité. Les gars disent moins de niaiseries, même si des fois, ils s’échappent!»

Elles étaient 45 à franchir le seuil du Séminaire à la rentrée 1998-1999, dont 44 en secondaire quatre et une seule en secondaire cinq. Débarquées dans un milieu entièrement masculin - en excluant le personnel -, ces pionnières ont dû travailler pour s’imposer, assure Mme Roy.

«Elles ont dû prendre leur place, mais aussi la faire, débroussailler, souligne-t-elle. Ce sont des filles de cœur et de caractère, qui ont tracé la voie à celles qui les ont suivies.»

Fait à noter, Martine Roy est pour sa part la première femme à occuper le poste de directrice générale au Séminaire, depuis 2015.

Marie-Ève Launier est entrée au Séminaire en 1999, alors que moins de 100 filles fréquentaient l’établissement. Elle le confirme: les filles ont dû se faire leur place, ce qui avait parfois ses avantages.

Plus d’une centaine de finissantes et de membres du personnel sont venus célébrer les 20 ans de l’arrivée de la mixité au Séminaire Saint-Joseph, vendredi.

«J’ai connu l’époque où on était 80 filles dans l’école et que certaines étaient les seules filles dans leur classe, reconnaît-elle. Ça forge le caractère. Certaines ont trouvé ça difficile, mais elles ont fini par apprécier. Nous étions pionnières dans bien des choses, donc c’est sûr que ça nous laissait une certaine latitude, on avait certains privilèges.»

Mme Launier a d’ailleurs été la première fille à occuper le poste de première ministre du gouvernement étudiant.

Ce changement d’ère, le Séminaire le doit en partie à Pierre Leclerc, ancien directeur général de 1988 à 1998. Il a raconté vendredi avoir mené un long combat pour amener la mixité, pendant plusieurs années. Il a finalement remporté la victoire... mais le changement qu’il espérait tant a eu lieu peu après la fin de son mandat. «J’ai essayé à deux reprises de convaincre le supérieur du Séminaire de mettre sur pied un comité pour la mixité, mais j’ai fait patate les deux fois, a-t-il relaté. Mais finalement, en 1998, lorsque je suis retourné enseigner, les premières filles sont arrivées au Séminaire. Dans toute ma carrière, la mixité est la réussite dont je suis le plus fier.»

De 1998 à 2019

Preuve que les filles ont bel et bien pris leur place, elles sont aujourd’hui 245 à fréquenter le Séminaire, soit près du tiers des élèves. Elles représentent le quart des élèves dans les équipes sportives du Vert et Or.

«Elles étaient peu, mais tellement dynamiques qu’elles ont réussi à créer un chemin dans les sports et, au niveau du basketball notamment, à devenir des championnes. Elles ont ouvert la porte», souligne Mme Roy.

«Dans les classes de sport, il n’y avait pas énormément de filles, de cinq à quinze, confirme Camille Massé, finissante de 2011. Mais dans certaines classes, comme les classes de langue, il y avait plus de filles. On était bien incluses, c’était très agréable.»

Au fil des années, les filles du Séminaire ont d’ailleurs contribué à changer l’institution, notamment dans l’offre d’activités parascolaires et avec la création de nouveaux profils d’études, comme celui en danse et en arts et spectacle.

«Les filles ont amené un engagement humain, ce qui n’avait pas été développé nécessairement avec les gars, explique Mme Roy. Elles se sont impliquées et elles ont donné le ton, et aujourd’hui, le Séminaire s’implique beaucoup dans la communauté, autant les filles que les garçons. Mais ce volet-là a été mis de l’avant par la gent féminine.»