Le SANA a reçu des appels haineux à la suite de la diffusion de cette publicité.

Le SANA victime de messages haineux

Trois-Rivières — Le Service d’accueil des nouveaux arrivants (SANA) de Trois-Rivières fait partie des cinq organismes qui font front commun pour dénoncer les préjugés. Il est d’ailleurs bien placé pour en parler particulièrement depuis la diffusion d’une publicité dont l’objectif était de promouvoir la diversité et de l’inclusion. Cette affiche apposée sur des autobus de la ville montre cinq femmes en train de tricoter dont deux portent le voile. Elle a valu au SANA quelques appels et plusieurs messages haineux sur les médias sociaux.

Une première publicité montrant un immigrant en train de déneiger son entrée n’avait pourtant pas généré de commentaires négatifs. «La deuxième [publicité] a provoqué des réactions tout à fait inattendues, car un groupe d’individus s’est donné la tâche de nous appeler au bureau pour passer des messages haineux, nous accusant de faire de la provocation, de faire l’apologie de la religion, de vouloir passer des messages cachés, même de nous demander de rentrer chez nous... mais nous sommes chez nous», déplore Ivan Alonso Suaza, directeur général du SANA Trois-Rivières.

L’organisme a reçu ces appels la semaine dernière et ils ont duré trois ou quatre jours. Il semble que ce soit les mêmes trois ou quatre personnes qui appelaient. «Je ne peux pas dire qu’il y avait des menaces, mais c’était des choses vraiment déplacées», mentionne M. Suaza. Une intervenante qui a un accent s’est fait dire de retourner chez elle. «On est chez nous ici. On travaille ici, on vit ici, on est chez nous», note M. Suaza.

Un homme a exigé que les publicités soient enlevées des autobus. Le SANA s’est fait accuser de provoquer la population. «Je ne provoque personne. Je parle d’une société ouverte qui est prête à accueillir les gens. La personne a répondu: ‘‘On n’est pas prêt à ça’’», se désole M. Suaza. Un autre individu leur a dit qu’ils allaient entendre parler de lui.

Plusieurs messages concernant cette campagne de publicité a également circulé sur les médias sociaux. Le SANA a réalisé qu’un article en faisant état sur Internet avait généré un peu plus de 200 commentaires et 250 partages. Des commentaires en majorité négatifs.

M. Suaza déplore que les médias sociaux sont souvent utilisés pour créer la division. «Les gens vont se permettre de dire n’importe quoi. Ils vont ouvrir des comptes Facebook pour lancer des menaces.»

Toute cette situation a ébranlé l’équipe du SANA. «On s’est parlé beaucoup», mentionne M. Suaza. «On fait la promotion de la ville de Trois-Rivières. On dit comment c’est une ville très accueillante. Ce n’est pas parce qu’il y a deux ou trois personnes qui se sont donné la tâche de nous appeler que ça va nous intimider. Il faut continuer à travailler, il faut continuer à parler de la ville et à faire la promotion de notre région. On ne va pas arrêter à cause de ça. On travaille justement pour avoir une société accueillante.»

Sans porter plainte officiellement, un agent de la Sûreté du Québec qui avait déjà fait une présentation au SANA a été avisé de la situation et il a fait des vérifications. M. Suaza espère que ce n’était qu’un cas isolé. «Les préjugés divisent. Nous travaillons pour démontrer qu’une société qui veut avancer n’a pas de place pour la division.»