Nathalie Perron craint un nouveau manque de personnel advenant l’apparition d’une deuxième vague de propagation. Sur la photo: la présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Nathalie Perron, en compagnie du président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec, Pascal Bastarache.
Nathalie Perron craint un nouveau manque de personnel advenant l’apparition d’une deuxième vague de propagation. Sur la photo: la présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Nathalie Perron, en compagnie du président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec, Pascal Bastarache.

Le réseau de la santé mieux outillé face à une deuxième vague, mais pas tout à fait prêt

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Tandis que le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) assure multiplier les préparatifs en vue d’une éventuelle deuxième vague de propagation de la COVID-19, les syndicats des travailleurs de la santé soutiennent qu’il reste encore du travail à faire avant de pouvoir considérer la région prête à y faire face.

Au cours des dernières semaines, le directeur national de Santé publique, Dr Horacio Arruda, n’a pas cessé de marteler en point de presse qu’il était primordial pour l’ensemble des régions de la province de se préparer à l’arrivée d’une deuxième éclosion du virus.

Soucieux de ne pas subir d’aussi lourdes conséquences que lors de la première vague de contamination, qui s’apparentait plus à un tsunami, le CIUSSS MCQ a mis en place de nombreux plans d’action au sein de ses divers secteurs dans le dessein de continuer d’aplanir la courbe de progression de la pandémie.

De ce nombre, on retrouve notamment la mise en place d’une stratégie de dépistage massif, la tenue d’exercices de mise sous tension dans les CHSLD ainsi que la stabilisation de la main-d’œuvre du réseau, qui devait composer avec un horaire et un lieu de travail changeants pendant le confinement.

«Évidemment, on s’y prépare et on constate qu’on est beaucoup mieux outillés pour faire face à ce qui pourrait survenir. D’abord pour se tenir prêts, on s’est servi des nombreux apprentissages qu’il nous a été possible de faire lors de la première vague. On connaît beaucoup mieux le virus et on sait comment le gérer. Nous avons un œil très attentif envers nos secteurs plus vulnérables et sommes concernés par le bien-être de nos patients», a souligné la présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS MCQ, Nathalie Boisvert.

Des leçons tirées

Évidemment, comme les informations sur la COVID-19 et la façon de la traiter ne couraient pas les rues, il était difficile, voire impossible pour le CIUSSS MCQ de se préparer à affronter adéquatement la première éclosion. Or, maintenant que cette dernière semble avoir perdu de son intensité, il est temps de tirer des leçons face à ce qui s’est moins bien passé depuis mars.

«On a pu se rendre compte que notre système de santé n’était pas prêt à recevoir cette première vague. Principalement, l’équipement de protection n’était pas suffisant sur le terrain. On a passé beaucoup de temps à effectuer des tests de masques en plus de changer trois ou quatre fois de fournisseur. Comme beaucoup de personnes n’ont jamais effectué ces essais, elles n’étaient pas outillées pour faire face à un quelconque virus», a indiqué la présidente du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), Nathalie Perron.

En plus des apprentissages réalisés en ce qui a trait à la disponibilité de l’équipement de protection, le réseau régional de santé a pu se servir d’un rapport déposé par les Forces armées canadiennes sur la façon dont a été gérée la pandémie pour comprendre ce qui avait fait défaut.

«Il y a quatre ou cinq chantiers sur lesquels on a concentré nos efforts, soit la connaissance du virus, dont le manque a fait en sorte que nos CHSLD ont été frappés très tôt, la gestion des zones rouges, la disponibilité de nos lits en milieux d’hébergement longue durée ainsi que l’efficacité de nos déploiements à l’intérieur de nos secteurs vulnérables, qui doivent rapidement changer leur vocation pour devenir un endroit de style hôpital», a expliqué Mme Perron.

encore Des failles

Bien que le CIUSSS MCQ ait pu s’ajuster à plusieurs égards à la suite de la première éclosion de la COVID-19, il lui reste encore beaucoup de croûtes à manger aux dires des responsables des différents syndicats régionaux des travailleurs de la santé. Selon le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers CSN Mauricie et Centre-du-Québec, Pascal Bastarache, le gros du travail à faire serait sur le plan de la négociation du contrat de travail des préposés aux bénéficiaires, échu depuis le 31 mars 2020.

«On a pu constater l’intention des différentes instances gouvernementales de faire bouger les choses, mais rien de véritablement concret n’a été réalisé encore. Entre autres, il y a une urgence d’agir en ce qui concerne la convention collective de nos travailleurs, parce que présentement, avec tout l’épuisement et la surcharge de travail qu’ils ont vécus pendant la première vague de propagation, rien ne s’est vraiment amélioré. Je pense que les employés du réseau sont de bonne foi et que le gouvernement devrait amorcer la négociation au lieu de faire sa tournée de publicité», a-t-il mentionné.

Malgré tout, M. Bastarache a souligné la prise de conscience effectuée par le réseau de santé provincial, qui a permis certaines améliorations des conditions sous lesquelles oeuvrent les préposés aux bénéficiaires.

«On est contents de voir qu’enfin, la Santé publique s’est rendu compte des risques reliés à la mobilité de nos préposés aux bénéficiaires en CHSLD ou encore de nos auxiliaires des services de santé sociaux qui œuvrent dans les domiciles des patients. Ça fait plusieurs années qu’on demande beaucoup plus de stabilité. Celle-ci est bénéfique pour les bénéficiaires comme pour les préposés. Dans le contexte de l’urgence sanitaire, on a vu à quel point la mobilité du personnel peut être néfaste pour la propagation d’un virus», a-t-il exprimé.

La FIQ et ses membres se rangent d’ailleurs du côté de la CSN sur ce point. Partout, on semble avoir constaté qu’un environnement stable pour les travailleurs aiderait à contenir une éventuelle deuxième vague de propagation.

Questionné sur la façon de pallier ces lacunes, le CIUSSS MCQ assure travailler activement à développer des stratégies de stabilisation de la main-d’œuvre et d’amélioration de la communication entre les différents secteurs, qui a également posé de nombreux problèmes en raison de la complexité de la structure organisationnelle du réseau régional de santé.

Des renforts en chemin

La main-d’œuvre manquant à l’appel dans certains secteurs du CIUSSS MCQ, et ce, malgré les nombreux programmes mis en place par le gouvernement Legault pour solliciter de l’aide des différents professionnels de la santé, la toute nouvelle formation accélérée de trois mois offerte à de futurs préposés aux bénéficiaires dans les centres de formation professionnelle devrait régler en partie ce problème.

Afin de se préparer à toute éventualité, le CIUSSS MCQ effectuera des simulations de crise au sein des milieux qui représentent des zones chaudes en temps de pandémie.

«On est vraiment contents de voir le nombre de personnes qui ont accepté de prêter main-forte au personnel déjà en place sur le terrain. Toutefois, d’ici quelques jours, les étudiants seront jumelés à des employés qui, en plus de leur surcharge de travail actuelle, devront superviser de futurs professionnels. Ce n’est pas nécessairement la meilleure façon de procéder», a fait savoir Pascal Bastarache.

Quelques fiertés

Bien qu’on ait beaucoup entendu parler, lors des derniers mois, des milieux où la pandémie faisait le plus de ravages, il y a tout de même des points positifs sur lesquels CIUSSS MCQ peut bâtir.

«Premièrement, on est extrêmement fiers de la solidarité de nos équipes, qui ont toutes travaillé dans le même sens pour remplir leur mandat de sauver des vies. De plus, nous sommes ravis de l’engagement de nos employés, qui ont fait face à des contextes difficiles autant professionnellement que personnellement», a témoigné la présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS MCQ.

Nous avons également connu de petites victoires qui ont été moins médiatisées en ce qui a trait à la rapidité de nos déploiements pour soutenir nos secteurs vulnérables et ajouter des milieux d’hébergement alternatifs», a ajouté Mme Boisvert avant de souligner la grande disponibilité des médecins, les efforts de la population ainsi que la façon dont ont été desservies les communautés plus éloignées.

Encore du pain sur la planche

Au cours des prochaines semaines, la Direction régionale de santé publique s’affairera à mettre en place des moyens de tester massivement la population en vue d’une deuxième vague. Pour ce faire, l’organisation gouvernementale a fait de nouveau appel aux différents professionnels de la santé, qui pourraient mettre leurs qualifications à profit pour éviter toute croissance d’une deuxième éclosion.

«Cette stratégie de dépistage de répression nous permettra de préparer la région à une éventuelle deuxième vague. En découvrant rapidement si quelqu’un est asymptomatique, nous pourrons éviter qu’une éclosion se déclare dans nos milieux fermés. Notamment, on souhaite tester énormément nos travailleurs de la santé. Ce sont pas moins de 4000 tests qui seront effectués chaque semaine uniquement auprès des employés de notre réseau», a fait savoir la présidente-directrice générale adjointe du CIUSSS MCQ.

Outre ces quelques milliers de tests hebdomadaires qui seront effectués en milieux de travail, le réseau de la santé espère implanter d’autres stratégies de dépistage, qui pourraient être annoncées dans les prochaines semaines.

Les laboratoires de la région ont la capacité d’effectuer 1000 tests par jour, ce qui doublerait le volume de dépistage quotidien actuel, qui se chiffre aux alentours de 500 tests.

Les milieux d’hébergement alternatifs comme celui de l’École nationale de police du Québec sont prêts à reprendre du service en cas de deuxième éclosion.

Chose certaine, en raison des nombreuses découvertes effectuées sur le virus et des avenues empruntées par le CIUSSS MCQ afin d’améliorer le fonctionnement des différents secteurs du réseau régional de santé, c’est avec confiance que l’organisation attend l’arrivée d’une éventuelle deuxième vague.

«On est confiants. On se sent nettement mieux outillés et structurés qu’en mars dernier. Quand on questionne les membres de notre appareil, ils nous disent tous qu’ils se sentent mieux et prêts. [...] Si une deuxième éclosion devait survenir, on espère pouvoir maintenir les activités de la société», a conclu Nathalie Boisvert.