On reconnaît sur la photo Jean-François Magnan, directeur technique de Nemaska Lithium, Jean Denis Girard, le député de Trois-Rivières, France Lampron, directrice de l’électrification des transports d’Hydro-Québec, en compagnie de l’auteure et actrice Christine Beaulieu, du président de Roulez électrique Sylvain Juteau, Roulez Électrique, et du conseiller municipal de Trois-Rivières Daniel Cournoyer.

Le Québec en manque de bornes de recharge?

Trois-Rivières — Le Québec a beau être un leader en matière de production d’hydroélectricité, il n’en demeure pas moins que son réseau de bornes de recharge rapide pour voitures électriques se développe trop lentement selon plusieurs. Cette rareté des bornes est même un frein, estime Sylvain Juteau de l’organisme Roulez électrique, à la multiplication de voitures électriques sur les routes de la province. Lors de son voyage de Montréal à Havre-Saint-Pierre, la comédienne et auteure Christine Beaulieu a été témoin de la pauvreté du réseau québécois.

«Ce n’est pas assez vite. Au Québec, nous sommes vraiment fervents de voitures électriques. Tout le monde en veut, mais le développement du réseau de bornes de recharge ne suit pas la demande en voitures électriques», soutient Sylvain Juteau, le président de l’organisme Roulez électrique.

«Nous sommes cette année près de 25 000 propriétaires de voitures électriques au Québec alors que nous étions la moitié l’an dernier. C’est assez impressionnant la croissance.»

C’est d’ailleurs avec la volonté de répondre à la demande et favoriser l’électrification du parc automobile que Roulez électrique a inauguré jeudi une nouvelle borne de recharge rapide à sa Station de la rue des Volontaires à Trois-Rivières.

Québec a pourtant de grandes ambitions concernant le développement des voitures électriques. Il aimerait que la province compte 100 000 véhicules électriques d’ici la fin de 2020. «Il faut quadrupler le nombre d’ici deux ans et neuf mois. C’est ambitieux», souligne M. Juteau. «Mais le problème actuellement, c’est qu’il commence à avoir des fils d’attente aux bornes de recharge. À notre station, nous avons encore ce problème avec deux bornes de recharge rapide.»

Ce manque de postes de recharge se fait surtout sentir auprès de ces bornes de recharge rapide, soit les bornes de 400 volts et plus. En effet, ces bornes permettent de «faire le plein» en près de 30 minutes, alors que les bornes de 240 volts prennent de 6 à 8 heures pour recharger une voiture électrique. Bien sûr, la rapidité de recharge influence grandement le comportement des utilisateurs et oriente les choix des consommateurs.

L’actrice et auteure Christine Beaulieu a bien expérimenté le réseau de bornes de recharge du Québec. En 2016, la Trifluvienne d’origine s’est lancée dans l’aventure de parcourir au volant d’une voiture électrique la distance entre Montréal et Havre-Saint-Pierre.

Si les bornes de recharge rapide étaient quand même bien accessibles entre Montréal et Matane, la situation n’était pas aussi enviable sur la Côte-Nord. Devant l’absence de bornes de recharge, Christine Beaulieu a même déjà rechargé sa Nissan Leaf sur les prises électriques de machines à souder. Elle aborde d’ailleurs ces aventures dans son spectacle J’aime Hydro.

«J’ai finalement réussi à me rendre, mais ç’a été une aventure. Ça faisait partie du projet», explique Christine Beaulieu.

Le paradoxe québécois
Même si le Québec est un important producteur d’hydroélectricité, on ne peut pas en dire autant pour l’électrification des transports. Or, Hydro-Québec est une société d’État dont les profits reviennent à la collectivité. S’il y avait plus de voitures électriques sur les routes, Hydro-Québec en tirerait certainement avantage.

«L’objectif de mon voyage était aussi de dire aux gens ‘‘déniaisons-nous’’ et outillons le Québec de bornes électriques. Ce n’est pas l’électricité qui manque ici», estime Christine Beaulieu.

«Sans le nommer comme ça dans mon spectacle, ça n’a pas de bon sens de se rendre à une centrale hydroélectrique sans avoir la possibilité de recharger la voiture. [...] On a besoin de plus de bornes de recharge rapide. Nous sommes un grand territoire le Québec et on a besoin d’endroits pour se recharger.»

Sylvain Juteau est aussi d’avis qu’il est ironique que le réseau de bornes électriques se développe très lentement. Il croit que d’importants lobbys empêchent cette transition vers la voiture électrique. «C’est politique», affirme-t-il. «Il y a du lobbying qui se fait et je trouve que ça sent mauvais. Il y a des constructeurs comme Toyota qui ne veut rien savoir de la voiture électrique.»

Selon le président de Roulez électrique, l’industrie automobile favorise surtout l’utilisation de l’hydrogène plutôt que l’électricité. Et il soutient que l’hydrogène utilisé pour les voitures serait essentiellement fait à partir de gaz naturel, car c’est bien moins cher que si on en produit à partir d’eau.

«L’industrie va ainsi pouvoir continuer à vendre du carburant», ajoute M. Juteau.

L’organisme Équiterre tenait jeudi son événement Rendez-vous branché à Trois-Rivières. Les personnes intéressées par les voitures électriques ont pu assister à des conférences, recevoir de l’information en plus de faire un essai routier d’une voiture électrique. La porte-parole de ces Rendez-vous branchés est Christine Beaulieu.