Selon le scénario dévoilé mardi après-midi par la Santé publique, c'est autour du 18 avril que devrait se situer le sommet du nombre d’hospitalisations dues à la COVID-19 au Québec.
Selon le scénario dévoilé mardi après-midi par la Santé publique, c'est autour du 18 avril que devrait se situer le sommet du nombre d’hospitalisations dues à la COVID-19 au Québec.

Le Québec affrontera son «pic» autour du 18 avril

La courbe de crise du coronavirus devrait atteindre son sommet autour du 18 avril, au Québec. Les experts de la Santé publique prévoient alors qu’un maximum de malades seront alités dans nos hôpitaux.

Combien? 1000, 1500, 2000? Plus, moins? Difficile de savoir. Comme le nombre de morts prévus d’ici la fin du mois d’avril.

Le scénario optimiste pronostique que le Québec aura subi 1263 décès de la COVID-19 à la fin d’avril. Ce qui est quand même huit fois plus qu’actuellement. Et le scénario pessimiste, 8860, 59 fois plus.

Mais il s’agit de transpositions au Québec du comportement du virus en Allemagne et au Portugal, les scénarios optimistes, ou en Italie, le pessimiste.

Le Québec se trouvera quelque part entre les deux. Où? Plus près de la ligne du bas que de celle du haut, à en croire les spécialistes.

«Si on pense que les choses se déroulent bien par rapport à un pays qui a beaucoup de caractéristiques qui se rapprochent de nous, à ce moment-là, on va être vraiment proches du scénario optimiste. On ne sera certainement pas proches du scénario pessimiste», a résumé le DRichard Massé, conseiller médical stratégique du directeur national de la Santé publique du Québec.

M. Massé a été directeur national avant Horacio Arruda, et donc son patron, avant de revenir l’épauler dans cette crise.

Les scénarios présentés aux journalistes mardi après-midi, au 27e jour des mesures prises par le gouvernement Legault, font état de projections jusqu’au 30 avril. Plus loin que cela relèverait de la «divination», selon le DMassé.

«J’étais mal à l’aise de faire une projection bien au-delà de ce qui est mis là, parce qu’il y a des gens qui ont fait des projections qui sont beaucoup plus loin en avant de nous, des gens pas loin de nous, la province d’à côté [l’Ontario, la semaine passée]. On était extrêmement mal d’aller dans une situation comme ça, parce qu’il y a trop de facteurs qui peuvent intervenir, notamment si on change les mesures puis on relâche les mesures. Il va falloir reprendre la vie, reprendre l’économie. Et donc ça, c’est un facteur très important qui peut changer la transmission», affirme le DMassé. 

«Le deuxième [facteur], il peut intervenir des médicaments [...] qui peuvent changer, même à court terme, l’évolution de la pandémie. Le troisième, il y a des recherches sur les vaccins. Ça prend plus de temps pour avoir des vaccins, mais ça changerait beaucoup de choses. Ça pourrait être vraiment important. [...] Ça fait qu’on est confortable de donner les chiffres à 30 jours? Oui. Si vous me demandez dans six mois ou dans 12 mois, je n’étais pas confortable.»

C’est sur ces travaux que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) se base pour évaluer le moment où notre système de santé sera le plus sollicité et s’il capable d’encaisser le choc. Selon ces graphiques, la réponse serait oui.

Si le Québec se comporte comme le Portugal, le pic du nombre d’hospitalisations simultanées serait à 1404 personnes. Si on était l’Italie? 3028. En date de mardi, le Québec était à 583 personnes hospitalisées pour la COVID-19, ce qui se retrouve même sous la courbe du scénario optimiste. Les projections sont basées sur un taux reconnu de 15 % d’hospitalisation des cas confirmés, alors qu’on est ici autour de 7 %, en ce moment.

Rappelons que le MSSS a libéré 6000 lits pour faire face au coronavirus.

Les lits disponibles aux soins intensifs actuellement sont au nombre de 633, apprend-on. Ils en occupent actuellement 164, encore une fois sous la courbe du scénario optimiste portugais d’un sommet de 468. Le scénario italien, lui, enverrait 1009 malades de la COVID-19 dans nos unités de soins intensifs en même temps, quelque part entre le 15 et 20 avril. Le tout avec une durée moyenne de séjour de huit jours. La moyenne habituelle au Québec est de 8,3 jours.

Quant au total de cas, il ne faut pas oublier que pour 80 % des gens qui l’attrape, ce coronavirus reste bénin.

À la lumière des 9340 cas confirmés annoncés mardi, on peut croire qu’au terme du mois d’avril, donc dans 23 jours, quelque part en 30 000 (29 212, Portugal) et 60 000 (59 845, Italie) Québécois auront été atteints depuis le début de l’épidémie.

Après, ce sera le retour progressif à la vie normale. Mais pas tout à fait normale. 

«La chose qui serait normale, c’est d’aller progressivement, de desserrer progressivement et à ce moment-là, d’ajuster. Parce qu’il va continuer d’y avoir la présence du coronavirus dans la population pour un long moment, mais on pense que, probablement, ça va baisser. Si on fait les choses bien puis qu’il n’y a pas de changement autre, il peut y avoir des mutations virales qu’on peut ne pas prévoir, mais cette chose-là devrait diminuer de façon significative au cours des prochaines semaines puis, après ça, prochains mois», conclut le Dr Massé.