L’incendie de la rue Frigon, le 10 septembre, a déclenché une suite d’événements qui ont mené à la suspension du président du Syndicat des pompiers et pompières de la Ville de Shawinigan, Benoît Ferland.

Le président du syndicat des pompiers et pompières de Shawinigan suspendu 15 jours pour «insubordination»

Shawinigan — La Ville de Shawinigan a procédé à la suspension du président du syndicat des pompiers, Benoît Ferland, pour une durée de quinze jours. Elle invoque un geste d’insubordination pour imposer cette sanction, contestée par grief.

Cette nouvelle controverse entre ces deux parties découle des conséquences de l’incendie du 10 septembre, sur l’avenue Frigon. Rappelons que lors de cet événement, un pompier avait été blessé et deux autres l’avaient échappé belle à la suite d’un effondrement. Heureusement pour eux, ils avaient quitté le bâtiment environ 45 secondes auparavant, en raison de l’intensité de la chaleur.

Pendant cet incendie, M. Ferland aurait demandé à être relevé pour se présenter au poste de commandement, indisposé par les lacunes qu’il observait pendant l’intervention.

Sur place, il aurait avisé le directeur du Service de sécurité incendie, François Lelièvre, qu’il agirait simplement comme officier santé et sécurité dans le cadre de cet événement, pour assurer la sécurité de ses membres.

Trois jours plus tard, M. Ferland recevait un avis par huissier selon lequel il était suspendu, le temps qu’une enquête interne soit menée.

Finalement, le 1er octobre, le président de l’APPS apprenait qu’il était suspendu sans solde pour une durée de quinze jours. Joint en fin d’après-midi mercredi, M. Ferland n’a pas trop voulu s’avancer sur cette nouvelle controverse, interprétant toutefois cette suspension comme «une tactique d’intimidation de la part de l’employeur».

De son côté, l’APPS a publié un communiqué de presse dans lequel elle annonce qu’elle conteste une mesure jugée «non fondée et abusive en tenant compte de toutes les circonstances de l’affaire».

À noter que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail s’est aussi penchée sur cet incendie. Dans un rapport rendu le 13 septembre, l’ingénieur - inspecteur Vincent Ouellette observe qu’au tout début de l’intervention, aucun officier ne s’était déplacé sur les lieux. Il souhaite que la Ville corrige ce manquement.

«L’absence d’un officier, dont le rôle est de déterminer la stratégie d’intervention par une reconnaissance 360 ne permet pas de déterminer les procédures de travail sécuritaire pour que les travailleurs accomplissent leur travail de façon sécuritaire», écrit l’inspecteur. «L’absence de l’officier ne permet pas non plus à l’employeur d’assurer une supervision adéquate des travailleurs alors qu’ils font face à un danger.»

«Je demande donc à l’employeur de s’assurer que ce soit les représentants de l’employeur (chefs ou officiers) qui déterminent les procédures de travail sécuritaire lors des incendies et qu’ils assurent la supervision des travailleurs afin que ceux-ci puissent faire leur travail de façon sécuritaire.»

Pas de gaieté de cœur

À la Ville de Shawinigan, François St-Onge, directeur des communications, confirme la décision de l’employeur.

«La motivation derrière cette suspension est l’insubordination de cet employé», commente-t-il. «Ce n’est jamais fait de gaieté de cœur, mais dans ce cas précis, nous n’avions pas le choix. Un grief a été déposé, il sera entendu par un arbitre et à partir de là, nous n’émettrons plus de commentaires.»

L’année 2019 a creusé un fossé entre le syndicat des pompiers, sans contrat de travail depuis le 1er janvier 2017, et la Ville de Shawinigan. Des questions de sécurité ont fréquemment été soulevées, notamment dans le cadre de la circulation pendant la réfection du pont Marc-Trudel ou des interventions dans les bâtiments en hauteur. La CNESST s’est penchée sur quelques pratiques du Service de sécurité incendie.

Le syndicat a également déposé une lettre de non-confiance envers l’état-major, qui a perdu son directeur adjoint et deux capitaines à la fin de l’été.

En séance publique mardi, le conseil municipal de Shawinigan a d’ailleurs annoncé les nominations de Stéphane Lebrun, Maxime Beaulieu et Justin Marineau à titre de capitaines aux opérations remplaçants, jusqu’au 31 décembre 2019 au plus tard. Il s’agit donc d’un intérim, confirme le maire, Michel Angers.