La Maison Carignan

Le président de la Maison Carignan est la cible d'allégations de conflits d'intérêts

Plongée dans un véritable tourbillon administratif depuis quelques semaines, la Maison Carignan est de nouveau éclaboussée. Cette fois, ce sont des allégations de conflit d'intérêts qui viennent hanter le président de l'organisme, Rosaire Hébert, en lien avec l'octroi d'une police d'assurance qui lui aurait permis de toucher personnellement une rondelette commission.
<p>Rosaire Hébert</p>
<p>Yvon Carignan</p>
Ex-administrateur au début des années 2000, Pierre Champagne raconte être tombé en bas de sa chaise lorsqu'il a appris que Rosaire Hébert était toujours président de l'organisme. En 2004, M. Champagne avait claqué la porte du conseil d'administration afin de dénoncer le conflit d'intérêts dans lequel se trouvait M. Hébert.
Dans sa lettre de démission, qui a été acheminée au Nouvelliste hier, M. Champagne déplorait que le président ait lui-même vendu une assurance à la Maison Carignan, avant même d'avoir obtenu l'aval du conseil d'administration.
De plus, comme le président de l'organisme est également le courtier en assurances qui a bouclé cette transaction - Rosaire Hébert travaillait pour la compagnie Courtage Hébert & Caron inc. selon le document - M. Champagne estime que M. Hébert a ainsi pu encaisser une commission «entre 17 000 $ et 25 000 $».
Pour acquitter la prime d'assurance, fixée à quelque 17 000 $, le président de l'organisme avait demandé un chèque à la responsable des finances, prétextant que le conseil avait déjà donné son accord, ce qui n'était pas le cas. «La dépense avait passé avant même la décision du conseil d'administration», rappelle M. Champagne.
De plus, l'ex-administrateur soutient que le président aurait, à quelques reprises, annulé l'assurance en question pour en vendre une autre à la Maison Carignan. «En faisant ça, il était en mesure de toucher une autre commission», indique M. Champagne.
D'autre part, en procédant ainsi, le président aurait enfreint les règles régissant le conseil d'administration stipulant que «toute personne en situation possible de conflits d'intérêts potentiels doit divulguer ses intérêts.»
«Comme un vol»
En guerre ouverte avec Rosaire Hébert depuis quelques semaines déjà, le fondateur de l'organisme Yvon Carignan n'a pas manqué de tirer à boulets rouges sur le président à propos de cette histoire d'assurance. «Ce n'était pas conforme. C'était comme un vol, martèle-t-il. La personne qui doit donner l'exemple dans un OSBL, c'est le président.»
Même si cette histoire remonte à une dizaine d'années, M. Carignan se défend de l'avoir déterrée uniquement pour miner la crédibilité du président du conseil d'administration, qu'il qualifie néanmoins de «diabolique». Il souligne d'ailleurs avoir reçu la lettre de démission de M. Champagne cette semaine puisqu'elle n'existait plus dans les archives de la Maison Carignan, semble-t-il.
Le fondateur de l'organisme mentionne simplement vouloir démontrer toute l'emprise que possède M. Hébert sur les membres du conseil d'administration qui n'ont jamais dénoncé la situation, lui y compris. M. Carignan se reconnaît d'ailleurs «coupable d'avoir vu tout ça» au fil des ans.
Toutefois, il indique qu'il n'était pas vraiment familier avec le fonctionnement d'un conseil d'administration et qu'il s'en remettait plutôt aux administrateurs pour assurer le respect des règles.
Quant aux autres membres du conseil d'administration, M. Carignan souligne, qu'en raison des changements survenus au fil des ans, les nouveaux administrateurs étaient en quelque sorte les protégés de M. Hébert, ce qui les rendait moins enclins à rouspéter.
«Quand M. Hébert amenait des affaires au conseil, on savait que ça allait passer. Il a passé des gens assez intelligents autour de la table (du conseil) et il n'y a jamais personne qui n'a rien dit», note-t-il. «Les gens ont peur en raison de son emprise, donc ils ferment leur boîte.»
Muette depuis l'assemblée générale houleuse qui confirmé la destitution du directeur général et fondateur de l'organisme, le 27 juin, la direction de la Maison Carignan a fait savoir, par voie de communiqué, qu'elle allait réagir publiquement lundi matin en présence du président, Rosaire Hébert, et du directeur général par intérim, Alain Poitras.