Le maire sortant de Shawinigan, Michel Angers, a présenté mercredi matin ses priorités économiques s’il est réélu le 5 novembre.
Le maire sortant de Shawinigan, Michel Angers, a présenté mercredi matin ses priorités économiques s’il est réélu le 5 novembre.

Le nettoyage de la Belgo prioritaire

Guy Veillette
Guy Veillette
Le Nouvelliste
Shawinigan — Michel Angers ne tolérera plus très longtemps le gâchis des ruines de l’ancienne papeterie Belgo s’il est réélu à la mairie de Shawinigan le 5 novembre. Il promet de s’atteler à la tâche dès le début 2018 et surtout, il assure que les citoyens n’auront pas à payer pour remédier à cette situation «déplorable».

M. Angers était accompagné d’une cinquantaine de personnes à la Shop du Trou du diable du Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins, mercredi matin, pour présenter ses engagements économiques lors d’un troisième mandat. La réhabilitation du site de l’ancienne Belgo, qu’il compare à un «quartier bombardé», fera partie de ses priorités.

Les travaux de nettoyage de l'usine Belgo doivent être complétés pour le 31 décembre 2017.

Rappelons que pendant le processus de restructuration de l’ex-AbitibiBowater, en manque de liquidités, l’offre de Recyclage Arctic Béluga pour mettre la main sur les actifs de l’ancienne papeterie avait été retenue par la Cour supérieure. En janvier 2010, l’entreprise shawiniganaise avait payé 700 000  $ pour cette propriété industrielle, soit 385 000 $ pour le terrain et 315 000 $ pour les bâtiments. À noter qu’AbitibiBowater recommandait à la Cour supérieure d’accepter l’offre de Recyclage Arctic Béluga, notamment parce que cette entreprise «prévoyait la création d’emplois à travers une réutilisation partielle de l’usine Belgo», un scénario qui ne s’est finalement jamais réalisé.

Au fil des années, le propriétaire s’est appliqué à vendre certains équipements, à décontaminer le terrain et à démolir des bâtiments, mais les travaux de nettoyage avancent à pas de tortue. Lorsqu’il est abordé sur le sujet, le maire de Shawinigan ne cache jamais son exaspération en raison de l’image peu édifiante que procure cette entrée de la ville. Mercredi matin, il a toutefois prévenu que la récréation tirait à sa fin.

«Dès ma réélection, on va se mettre à pied d’oeuvre dans ce dossier», promet-il. «Il y a des détails techniques, des délais que l’entreprise doit respecter et ils ne l’ont pas été jusqu’à maintenant. Dès le début 2018, nous ferons les pressions nécessaires pour que ceux qui sont responsables de cette situation y remédient.»

En fait, selon les termes de la transaction civile signée entre la Ville de Shawinigan et Recyclage Arctic Béluga le 2 juillet 2014, tous les travaux prévus doivent être complétés au plus tard le 31 décembre 2017. Une fois cette date butoir franchie, l’administration municipale passera à l’action, assure le maire. Entre-temps, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a fait parvenir pas moins de douze avis de non-conformité à Recyclage Arctic Béluga depuis mai 2013 pour toutes sortes d’infractions reliées principalement à de l’entreposage illégal de matériaux ou des délais non respectés.

Le maire assure qu’il se battra afin que les citoyens de Shawinigan n’aient rien à débourser pour compléter ce grand nettoyage. Précisons que la transaction civile prévoyait que Recyclage Arctic Béluga consente une hypothèque immobilière de premier rang au montant de 700 000 $ pour garantir ses obligations. Le document ajoute que si l’entreprise n’honore pas son contrat, la Ville pourra exiger «le montant du coût de tous les travaux de démolition et de revitalisation à compléter». Cette évaluation serait effectuée par la firme Mesar pour les bâtiments et par Progestech pour la revitalisation du site. 

«En aucun cas, le coût des travaux à compléter ne pourra excéder la somme de 700 000 $», prévoit l’entente.

Ironiquement, le vice-président et actionnaire de Recyclage Arctic Béluga, René Fugère, se présente comme conseiller dans le district du Rocher. M. Angers n’a pas voulu dire si la présence de cet homme d’affaires autour de la table pourrait jouer un rôle dans le règlement de ce problème.

«On ne mélangera pas les dossiers», suggère le maire. «L’élection municipale est une chose, le dossier de la Belgo en est une autre.»

Le CEAD près de la rentabilité

Pour Michel Angers, l’entrepreneuriat demeurerait une obsession au cours du prochain mandat. Il prévoit très prochainement des annonces prometteuses pour le DigiHub, qui deviendra le centre nerveux pour la mise en place d’un réseau innovant inspiré de ce modèle à travers le Québec.

Le maire estime à 15 millions $ la somme investie pour la transformation de l’ancienne usine Wabasso, la très grande majorité de ce montant provenant de la Société de développement de Shawinigan. Après avoir tant sollicité l’aide du gouvernement du Québec pour soutenir la Ville pour la construction du Centre d’entrepreneuriat Alphonse-Desjardins, le maire tempère maintenant son message. Il veut surtout obtenir les moyens pour accompagner les entreprises plutôt que pour supporter une infrastructure pratiquement complétée.

«Nous sommes sur le point d’atteindre le seuil de rentabilité», avance-t-il. «Les prochains projets qui seront annoncés par le gouvernement du Québec nous donneront un élan supplémentaire. Il faut se rappeler que le centre d’entrepreneuriat est là pour créer des emplois, des entreprises et relancer notre économie. Ce n’est pas une dépense, mais un investissement.»

M. Angers ajoute que la transaction qui a permis à la SDS de mettre la main sur l’ancienne papeterie Laurentide et le site d’enfouissement Harmonie ont rapporté «passablement d’argent» au bras immobilier de la Ville, réduisant ainsi le fardeau de l’ambitieux projet de transformation de l’ancienne Wabasso.

Parmi ses autres engagements en matière économique, M. Angers a assuré qu’il poursuivra sa stratégie de réduction de la dette. Dans son communiqué, il mentionne que ce plan a été amorcé «il y a trois ans», alors qu’il avait été présenté en conférence d’information le 6 septembre 2016. Invité à expliquer cet imbroglio, le maire a mentionné que des réflexes avaient commencé à être mis en place avant l’annonce officielle. 

Il prévient aussi la population de ne pas se laisser berner par les promesses de gel ou de réduction de taxes, un scénario «totalement impossible» dans son esprit.

Pour le reste, M. Angers prévoit un suivi rigoureux des grands chantiers en cours, soit ceux de l’approvisionnement en eau potable aux lacs à la Pêche et des Piles et de l’assainissement des eaux usées autour du lac à la Tortue. Le projet de parc riverain et de marina, à l’ombre du pont de Grand-Mère, donnera un nouvel élan au milieu touristique, anticipe-t-il.