La mise en place des méthodes de protection pour la deuxième vague n’est pas ce qui préoccupe le plus les manufacturiers, mais plutôt les problématiques de main-d’œuvre, d’exportation et de remise en marche des entreprises.
La mise en place des méthodes de protection pour la deuxième vague n’est pas ce qui préoccupe le plus les manufacturiers, mais plutôt les problématiques de main-d’œuvre, d’exportation et de remise en marche des entreprises.

Le monde économique face à une deuxième vague: «tous les gens sont sur leurs gardes»

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — «Tous les gens sont sur leurs gardes, prêts à faire face à la deuxième vague. Mais la préoccupation des manufacturiers, c’est quel impact ça va avoir sur le marché parce qu’ils sont déjà en mode survie».

Le président des Manufacturiers de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Cyrille Morvan, est clair: la mise en place des méthodes de protection pour la deuxième vague n’est pas ce qui préoccupe le plus les manufacturiers, mais plutôt les problématiques de main-d’œuvre, d’exportation et de remise en marche des entreprises.

«On fait tout pour le mieux, on essaie de survivre, protéger les acquis, limiter les investissements. Les plans de contingence et les programmes gouvernementaux, tout ça est déjà là. On ne peut pas être plus prêt que ça. Personne ne veut avoir la deuxième vague, mais tout le monde l’attend. Plus vite elle va arriver, plus vite les gens vont être prêts parce que les mesures et les habitudes sont déjà en place», poursuit-il.

Le secteur manufacturier génère plus de 28 000 emplois dans les régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Jeudi, Manufacturiers et Exportateurs du Québec a rencontré une dizaine d’entreprises de ces deux régions afin d’identifier les défis à relever pour revenir à une croissance économique alors que la COVID-19 a bouleversé les modèles d’affaires du secteur et les besoins des entreprises.

Mise en place de mesures fiscales plus importantes et hausse des seuils d’immigration: voilà quelques-unes des recommandations découlant de la consultation.

«La façon de faire de la business a changé, indépendamment d’une deuxième, troisième, quatrième vague. Si les entreprises ne sont pas prêtes à affronter la deuxième vague, elles ne seront jamais prêtes à affronter l’avenir, peu importe quand ça va arriver comme tel», soutient le président-directeur général de FAB 3R, Yves Lacroix.

Comparant les mesures prises par le gouvernement à un vaccin, l’industriel croit que l’entreprise doit développer son système immunitaire, d’où le plan de résilience mis en place à son usine.

«Notre modèle d’affaires est complètement en train d’être révisé. On réfléchit à chacun des aspects pour être bien sûr justement qu’on va s’adapter à une nouvelle réalité», explique M. Lacroix.

Comme président d’Innovation et Développement économique Trois-Rivières, ce bras économique de la Ville qui propose différents outils pour soutenir le milieu des affaires en cette période de crise, il rapporte comment plusieurs entreprises ont réalisé l’importance du virage numérique.

«Depuis le mois de mars, j’ai l’impression que les entrepreneurs se sont retournés rapidement sur un dix cents. Je trouve qu’ils ont réagi rapidement pour trouver des solutions qui vont garantir une continuité de services qui se fait dans un contexte super singulier que personne n’a jamais connu», témoigne le directeur général de la SADC de Nicolet-Bécancour, Steve Brunelle.

Celui-ci salue d’ailleurs la capacité d’adaptation des entrepreneurs. «Ils sont capables de rebondir, mais ils font face à une tempête. On va peut-être perdre des entreprises, mais il ne faut pas perdre des entrepreneurs», affirme-t-il.

Une préoccupation partagée par le directeur général d’En+reprendre MRC Bécancour, Daniel Béliveau. «Ce que nous disent nos entreprises, avec ce qui s’en vient, il y a beaucoup d’inconnus. La capacité d’emprunter va être beaucoup plus complexe qu’elle l’a été dans le cadre d’une première vague », fait-il savoir tout en confirmant que les différents programmes d’aide de son organisme seront prolongés.

«Ce qu’on commence à entendre parler, c’est que nos entreprises manufacturières ont de la difficulté à aller chercher leurs comptes à recevoir», renchérit le directeur général de la MRC de Bécancour.

Pour sa part, le président de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, Jean Pellerin, soutient que tout le monde, à quelques exceptions près, «souffre de la période qu’on vit actuellement».

«Il y en a beaucoup qui se sont très bien adaptés. Il y en a qui ont vraiment transformé ça en opportunité durant la crise, mais ce n’est pas la majorité», précise-t-il.

Selon lui, «personne n’est prêt vraiment à faire face à un deuxième confinement complet, ce qui serait extrêmement néfaste au niveau économique».

«Les entreprises vont encore avoir besoin d’un gros coup de main au niveau gouvernemental. La Chambre va être là pour appuyer tous ceux qui en ont besoin selon ce qu’on sera en mesure de faire», assure M. Pellerin.

De son côté, le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, est déjà en mode cohabitation avec le nouveau contexte pandémique.

«À nos deux niveaux de réception, nos équipements ont un caractère permanent, qu’il y ait ou non la pandémie. Les vagues, on ne s’occupe pas de ça», confie celui pour qui le travail à domicile fera partie désormais du modèle organisationnel.

Et en ce qui concerne les entreprises du parc industriel, «ils ont exactement la même vision, le même esprit de continuité et de bonification du côté sanitaire et sécuritaire pour leurs employés».