Stéphane Boileau, directeur général de Tourisme Mauricie.
Stéphane Boileau, directeur général de Tourisme Mauricie.

Le milieu touristique en réflexion sur l'après-pandémie

TROIS-RIVIÈRES — La crise du coronavirus aura certainement affecté tous les secteurs de l’économie de la planète, et l’industrie touristique demeure à ce jour l’une des industries les plus touchées depuis le début de la pandémie. À ce moment-ci, difficile de voir quand reviendront les beaux jours de ce secteur, pourtant habitué à se retrousser les manches et se réajuster au moindre soubresaut. Mais malgré l’ampleur du défi, les intervenants de la région commencent déjà à réfléchir à l’après-crise, pour se relever aussi rapidement que possible... même si le visage du tourisme pourrait être appelé à changer.

La réalité de la Mauricie et du Centre-du-Québec est bien différente de celle de Montréal et des régions métropolitaines, constatent tour à tour Stéphane Boileau, directeur général de Tourisme Mauricie et Bernard Giles, président de Tourisme Centre-du-Québec. Pendant que le tourisme basé sur les grands rassemblements et l’urbanité devra prendre son mal en patience, les grands espaces verts sauront probablement tirer plus rapidement leur épingle du jeu, croient les deux hommes.

«Le tourisme de nature sera probablement le plus facile à redémarrer, et ça pourrait se faire rapidement, avec la mise en place de mesures qui permettront un bon contrôle. C’est un atout majeur que nous avons, avec nos parcs nationaux, les ZEC, les quelque 80 pourvoiries du territoire. Il va falloir miser là-dessus dès le départ, pour offrir aux Québécois l’idée des vacances sécuritaires et respectueuses des mesures gouvernementales», croit Stéphane Boileau, qui prédit que pour cette offre touristique, tout n’est pas perdu pour 2020 et qu’elle pourrait redémarrer à temps pour une partie de la saison estivale.

On peut facilement imaginer l’adaptation du système de réservation des différents parcs nationaux qui permettra de s’assurer du contrôle du nombre de personnes présentes en même temps dans le parc, mais également de nouvelles offres forfaitaires qui viendraient du même coup donner un coup de pouce à l’industrie hôtelière et de la restauration. «Ce n’est pas vrai que c’est tout le monde qui rêve de dormir sous la tente. On va donc travailler avec nos hôteliers pour les faire bénéficier de cette reprise, et avec les restaurateurs pour penser une offre qui respectera les mesures mais permettra aussi aux gens de visiter nos grands espaces», explique Stéphane Boileau, qui estime que le milieu touristique doit pour le moment faire un trait sur le tourisme international à court et moyen terme.

Bernard Giles, président de Tourisme Centre-du-Québec.

Un avis partagé par Bernard Giles, président de Tourisme Centre-du-Québec. «Les placements publicitaires qui ont déjà été faits pour l’international, malheureusement c’est de l’argent perdu cette année. On pense encore qu’il y a de l’espoir pour l’automne et l’hiver, mais nous allons complètement repenser les campagnes de marketing pour les concentrer sur le local», note M. Giles, qui ajoute que les attractions de plein air et muséales pourraient avoir plus de facilité à redémarrer lorsque le gouvernement donnera son feu vert, étant donné la facilité à y implanter des mesures de distanciation sociale. «Encore là, ce sera au cas par cas, car si pour les organisations, ça signifie l’embauche de personnel supplémentaire pour assurer la sécurité et le respect des règles, ça peut venir jouer sur le budget d’opération», croit-il.

À Trois-Rivières, les efforts sont présentement mis sur la concertation avec tous les intervenants du milieu touristique pour se sortir la tête de l’eau, autant que possible. Le coordonnateur de Tourisme Trois-Rivières, Daniel Rioux, se dit d’ailleurs enthousiasmé de l’ouverture démontrée par les associations touristiques régionales afin d’adapter l’offre touristique aux nouvelles réalités imposées par le coronavirus, par exemple la création de forfaits nature impliquant les hôteliers de la région.

«Ce qui est difficile présentement, c’est qu’on n’a aucune date. On pourrait bien passer du temps à monter 10 000 scénarios, mais finalement c’est peut-être le 11 000e qui sera le bon. L’industrie est en mode survie à la recherche de toutes les aides possibles. Mais en même temps, je reste positif, car nous avons à Trois-Rivières des opérateurs touristiques exceptionnels, des gestionnaires qui démontrent énormément de leadership et de créativité, et qui ne demandent qu’une seule chose en ce moment: travailler ensemble et trouver des idées», résume Daniel Rioux.

La réouverture progressive de l’économie une fois la crise passée se fera en outre différemment pour les secteurs de l’industrie touristique, note Daniel Rioux. «Le tourisme d’agrément, les rassemblements et le tourisme d’affaires avec les congrès, ce n’est pas du tout la même chose et ces secteurs vont vivre des réalités différentes avec des délais différents», fait-il remarquer, ajoutant que Trois-Rivières planchera aussi à diversifier l’offre estivale, pour laquelle les grands rassemblements et les grandes salles de spectacles étaient bien souvent au cœur de l’effervescence touristique.

Daniel Rioux, coordonnateur de Tourisme Trois-Rivières.

«Ça ne veut pas dire qu’on arrête tout ça. Ça veut seulement dire qu’on cherche à entourer cette offre avec autre chose», constate celui qui nomme au passage des projets de tourisme communautaire, de tourisme basé sur le développement durable et évidemment de partenariats encore plus importants avec la région élargie.