Des pompiers cinq municipalités voisines sont venus prêter main-forte à leurs confrères de Charette.

Le Marché Ami de Charette réduit en cendres

CHARETTE — Le Marché Ami de Charette a été rasé par un incendie, dans la nuit de dimanche à lundi, privant les habitants de ce village de leur seule épicerie. L’incendie n’a heureusement fait aucun blessé, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas sans l’intervention héroïque d’un citoyen pour évacuer une dame qui résidait dans l’appartement adjacent au commerce.

Mathieu Dumont et sa conjointe, qui résident sur la rue Saint-Joseph, près de l’épicerie, ont été réveillés lundi matin par le bruit d’une alarme incendie. Rapidement, une forte odeur de fumée les a alertés.

«Quand j’ai vu l’incendie, j’ai tout de suite pensé aux personnes qui habitent en haut et j’ai couru jusque là, raconte M. Dumont. Je suis monté dans les escaliers et j’ai frappé à la porte. La dame est venue ouvrir, mais elle restait dans l’appartement, elle criait dans une langue que je ne comprenais pas et elle me montrait son téléphone. L’appartement était plein de fumée. Doucement, je l’ai fait sortir et j’ai vu que le monsieur était dehors. Il était comme figé.»

M. Dumont confie avoir agi en partie par instinct. «Je me souviens d’être sorti de chez moi, puis d’avoir monté les escaliers de l’appartement, explique-t-il. Ce qui s’est passé entre les deux, je ne m’en souviens pas, mais je n’étais même pas essoufflé.»

«J’imagine que mon père serait fier de moi, c’est un ancien pompier volontaire. Mais je n’ai pas mis ma vie en danger», assure M. Dumont.

Les pompiers ont été alertés vers 3 h 30 du matin. À leur arrivée, le commerce en entier était la proie des flammes. Plusieurs heures après le début de l’incendie, de la fumée provenant des décombres était toujours visible. Les pompiers ont d’ailleurs dû utiliser une pelle mécanique pour déblayer les ruines de l’épicerie afin d’éteindre les derniers tisons.

Heureusement, personne n’a été blessé dans cet incendie. Deux personnes résidaient dans un appartement adjacent au commerce, les parents du propriétaire de l’épicerie, selon des témoins, mais elles ont pu être évacuées à temps, grâce à l’héroïsme d’un voisin.

Une trentaine de pompiers de Charette, Saint-Étienne-des-Grès, Saint-Paulin, Saint-Boniface, Saint-Barnabé et Saint-Élie-de-Caxton ont tenté de maîtriser le brasier. Une dizaine de véhicules des différents services incendie étaient encore sur les lieux en fin d’avant-midi, lundi.

La cause de l’incendie n’a pas encore été identifiée, mais rien n’indique pour le moment un acte criminel.

Il s’agit du second incendie qui survient à Charette en moins d’une semaine. Le 23 juillet dernier, un des bâtiments du ranch Belle-Montagne a été la proie des flammes. Le service incendie de Charette ignore toujours la cause de cet incendie.

Bruits d’explosions

Bien que l’épicerie soit une perte totale, les conséquences de l’incendie auraient pu être bien plus dramatiques.

Mathieu Dumont, qui réside près de l'épicerie, s'est précipité au secours des résidents d'un logement attenant au commerce. Il a aidé une dame d'un certain âge à en sortir.

En effet, les pompiers ont réussi à protéger les pompes à essence du commerce et un réservoir de gaz propane qui, si le feu s’y était rendu, auraient bien pu exploser. Les résidentes d’une maison située de l’autre côté de la voie ferrée, en face de l’épicerie, n’ont pas pris de risque et ont quitté leur demeure.

«On a décidé de sortir et d’aller passer la nuit chez mes parents, explique Caroline Laflamme. Avec les pompes à essence, on n’a pas pris de chance. D’ailleurs, quand on est sorties, j’ai touché la maison et elle était très chaude.»

Son domicile n’a heureusement pas été endommagé par des tisons de l’incendie. «On a eu de la chance, il ne ventait pas la nuit passée. On a vu des traces noires sur les voitures, mais je crois que c’était de la cendre, pas des tisons», rapporte Mme Laflamme.

Mathieu Dumont reconnaît lui aussi avoir eu peur pour sa maison centenaire, qui est située à proximité du réservoir de propane de l’épicerie. «J’ai eu peur qu’elle explose, confie-t-il. On a été chanceux.»

Les pompiers ont confirmé avoir entendu des bruits d’explosion provenant du commerce. Il pourrait s’agir de feux d’artifice se trouvant dans le commerce, mais pas des bonbonnes de gaz, qui se trouvaient à l’extérieur, et que les pompiers ont pu déplacer pour éviter qu’elles explosent.

Le feu ne s’est pas non plus propagé à la forêt située derrière le commerce. Celle-ci comporte plusieurs grands conifères, qui auraient pu facilement s’embraser, sachant de plus que l’indice de risque d’incendie est élevé dans ce secteur.

«Une perte»

Le village a donc perdu lundi matin sa seule épicerie, ce qui obligera les Charettois à faire leurs emplettes dans les villages voisins, soit à Saint-Élie-de-Caxton, Saint-Barnabé, Saint-Paulin ou Saint-Boniface. Si certains le faisaient déjà, et que pour d’autres, le désagrément est somme toute mineur, on s’accorde pour dire qu’il s’agit d’une perte importante.

«Pour nous, c’était plus un dépanneur qu’une épicerie, on allait déjà ailleurs pour faire nos courses, indique Caroline Laflamme. Mais c’est sûr que pour la population vieillissante du village, ça va être ‘‘cossin’’.»

Arrivé sur les lieux peu après que le début de l’incendie, Mario Villemure, l’ancien propriétaire du Marché Ami, contemplait les ruines du commerce qui lui appartenait encore il y a trois ans. «C’est un choc, concède-t-il. J’ai passé 40 ans de ma vie ici et j’y travaillais encore.»

«Cette épicerie-là, c’est la vie d’un petit village», ajoute-t-il.

«C’est une page d’histoire qui se tourne, cette épicerie était là depuis très longtemps. C’est vraiment une perte», déplore une résidente de la rue Saint-Joseph, voisine de l’épicerie.

Les voisins du Marché Ami ont craint que le feu atteigne les pompes à essence situées à côté du commerce.

«C’est une perte, c’est dommage, ajoute Mathieu Dumont. Saint-Élie-de-Caxton et Saint-Barnabé, ce n’est pas loin pour aller faire l’épicerie, mais c’est plate que ça soit arrivé.»

Le nouveau propriétaire de l’épicerie, venu après que ses parents l’aient prévenu, était toujours sur les lieux en fin d’avant-midi, lundi. Il n’a toutefois pas souhaité répondre aux questions du Nouvelliste.