Mariannick Mercure
Mariannick Mercure

Le maire Lamarche sermonne ses conseillers

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — L’altercation verbale initiée par la conseillère municipale trifluvienne Mariannick Mercure envers le candidat conservateur dans Trois-Rivières, et ex-maire Yves Lévesque lors de la grande Marche pour le climat tenue vendredi a visiblement piqué au vif le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche. Dans une lettre ouverte publiée ce matin dans nos pages, il rappelle à l’ordre Mme Mercure de même que son collègue, Denis Roy, lui qui a filmé l’intervention qui a été diffusée sur les réseaux sociaux.

On se souviendra que vendredi, devant la présence de M. Lévesque à cette marche, Mme Mercure s’est adressée à lui en lui demandant de quitter les lieux, qu’il n’était pas le bienvenu et en indiquant qu’il était, de même que son parti, un «criminel climatique». Le tout a été diffusé sur les réseaux sociaux et a fait vivement réagir, des réactions clairement divisées dans la population. En effet, alors que certains réclament sa démission comme conseillère, d’autres la félicitent pour son geste et pour avoir «dit tout haut ce que plusieurs pensent tout bas».

«Votre comportement lors de l’altercation entre vous et le candidat conservateur, et ancien maire de Trois-Rivières, n’est pas à la hauteur de votre fonction de membre du conseil municipal, qui vous demande d’agir avec dignité, droiture et dans le respect des valeurs et principes éthiques de manière à préserver la confiance des citoyens et des contribuables trifluviens envers la Ville et les membres du conseil», écrit le maire Lamarche dans sa missive adressée aux deux conseillers.

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Il déplore par ailleurs que le geste ait mis dans l’embarras les autres membres du conseil, à commencer par François Bélisle qui s’est retrouvé malgré lui associé à l’altercation, puisqu’il discutait avec Yves Lévesque au moment où les images ont été tournées. «Au-delà de vos convictions personnelles, qui vous appartiennent, vous avez placé un de vos collègues conseillers, François Bélisle, dans une situation où celui-ci doit maintenant s’expliquer sur sa présence à vos côtés et son rôle dans votre action filmée par votre collègue, le conseiller, Denis Roy. Plusieurs de vos consœurs et confrères du conseil, mal à l’aise de votre attitude, ont également été dans l’obligation de commenter publiquement vos gestes», ajoute Jean Lamarche.

«La diffusion et la mise en valeur de vos actions dans les médias traditionnels et sociaux, dans le contexte où vous-même avouez ne pouvoir distinguer votre rôle de citoyenne de celui de conseillère, vient porter ombrage à l’image de la Ville et ses récentes, présentes, et futures actions en développement durable et en réduction de sa production de GES», ajoute-t-il, avant de conclure qu’il est de son devoir de manifester sa grande déception devant les gestes qui ont détourné l’attention de cette action mobilisatrice.

Denis Roy

Candidats

Chez les autres candidats dans cette élection à Trois-Rivières, les réactions sont divisées. S’ils ne se prononcent pas de la même manière sur la forme de cette intervention, les candidats du NPD Robert Aubin et du Parti vert Marie Duplessis s’entendent au moins sur le fond du message: en portant les couleurs du Parti conservateur, Yves Lévesque devait s’attendre à être invectivé sur sa présence à cette manifestation.

«C’est clair que si vous êtes le représentant d’un parti qui ne croit pas qu’il faut faire une lutte acharnée à la production de gaz à effet de serre, qu’est-ce que vous faites à cette marche? Ça m’apparaît un peu incohérent. En ce moment, on essaie de nous vendre le conservateur nouveau, à coup de véhicules de campagne hybride et autres, mais ça n’efface pas le programme du parti», croit Robert Aubin.

«M. Lévesque a fait le choix de son parti politique. Lors de cette marche, il était clair que pour une grande partie des participants, il n’était pas le bienvenu. M. Lévesque a aussi laissé un héritage décevant pour la Ville au niveau environnemental, et c’est un peu hypocrite comme conservateur de prendre part à ça», ajoute Marie Duplessis, qui rappelle d’ailleurs que l’utilisation d’un véhicule hybride pour la campagne électorale de M. Lévesque n’est que de la poudre aux yeux. «Ce n’est même plus une technologie digne de 2019. Nous en sommes au transport collectif et aux voitures électriques, de même qu’à toutes les mesures qui vont réduire au minimum notre empreinte écologique», ajoute la candidate du Parti vert.

Cette dernière convient toutefois que Mme Mercure n’a peut-être pas utilisé la façon la plus appropriée pour faire passer son message, et se désole que cette action posée par la conseillère municipale ait dévié les projecteurs de ce qui aurait dû être le sujet le plus important cette journée-là: le fait que 4000 personnes descendent dans les rues de Trois-Rivières afin de demander des actions concrètes du gouvernement pour les changements climatiques.

Un avis partagé par la candidate libérale, Valérie Renaud-Martin. «Les projecteurs ne sont pas sur le bon sujet en ce moment, et c’est très dommage. Maintenant, je comprends que le sujet soulève les passions. J’ai moi-même été interpellée par une personne au cours de la marche, mais je suis fière de notre bilan, je suis prête à le défendre et j’ai pu discuter avec la personne à ce sujet», relate celle qui est toujours conseillère municipale et qui se trouve donc à être une collègue de Mariannick Mercure.

Le maire Jean Lamarche

La candidate du Bloc québécois Louise Charbonneau estime quant à elle que le geste de Mme Mercure n’était peut-être pas le plus approprié. «Ce n’était pas l’endroit idéal pour poser un tel geste. Étant une personne publique, il aurait fallu réfléchir à d’autres termes à employer », rappelle-t-elle.

L’équipe du candidat Yves Lévesque n’a pas souhaité commenter l’incident.