Johanne Prince est la propriétaire de la boutique Cadeaux chez Guy.
Johanne Prince est la propriétaire de la boutique Cadeaux chez Guy.

Le magasinage des Fêtes sous un ciel variable

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — L’équipe de Signé Garneau de Trois-Rivières gagne son salaire par les temps qui courent. Le magasin est prisé des amateurs de décorations de Noël depuis plusieurs semaines, si bien que le commerce vit une année exceptionnelle, selon Maude Mercier, coordonnatrice du marketing.

«C’est plus gros que jamais. En date de mardi, le magasin de Trois-Rivières affichait une hausse du volume de ventes de près de 82 % par rapport aux chiffres de 2019. On a été obligé de se faire relivrer du stock en provenance de l’Europe. On manque de temps pour créer des arrangements pour les maisons. Habituellement, nos magasins sont dans cet état, soit avec moins de stock, dans la deuxième semaine de décembre! Il reste quatre bonnes semaines de vente pour Noël.»

Selon Mme Mercier, les clients veulent que les Fêtes de 2020 soient une occasion de bien décorer leur domicile.

«On vend du beau. Tout ce qui est rouge marche fort: des couronnes pour la porte, les guirlandes dans le bas des fenêtres, des sapins montés de A à Z. Et les gens magasinent beaucoup en magasin.»

Avec 36 ans d’existence au compteur, la boutique Cadeaux chez Guy est un incontournable du milieu commercial à Shawinigan. Le magasin est connu pour offrir une grande variété de jeux, de jouets et de décorations de Noël. La saison des Fêtes est généralement très occupée et la tradition se poursuit en 2020, note avec joie Johanne Prince.

«On a beaucoup d’ouvrage. La boutique de Noël fonctionne très bien. Les gens se prennent de bonne heure. Nos chiffres sont bons et je pense que ce sera comme ça d’ici fin décembre», raconte la propriétaire.

L’ambiance créée par la décoration du magasin fait son effet auprès de la clientèle qui est portée à acheter davantage cette année, note Mme Prince.

«Les gens peuvent dépenser plus, car il n’y a pas de voyage, pas de gros partys non plus. On est chanceux. On a réengagé des employés et on n’a pas arrêté d’acheter pour garder notre inventaire.»

L’achat local fait partie des commentaires provenant des clients de la boutique chez Guy. Propriétaire de Biondi design La Cadoterie de Nicolet, un commerce qui vend des bijoux et des cadeaux comme de la vaisselle, des coupes à vin et des produits de décoration, Michelle Biondi sent également cette volonté des clients de dépenser leur argent dans des commerces locaux.

«Jusqu’à maintenant, c’est très bien parti. Les gens vont moins à Trois-Rivières. Ils nous encouragent plus. Nos affaires roulent très bien. On devrait faire les mêmes chiffres que l’an passé, sinon plus. Le bijou fonctionne très fort. J’ai rentré beaucoup de compagnies québécoises, c’est la priorité. Et ma clientèle se déplace en magasin. Les gens ont le goût de sortir. Et c’est facile de se déplacer de façon sécuritaire, j’ai 3500 pieds carrés de surface!» , déclare Mme Biondi, elle qui affirme accueillir une nouvelle clientèle qui a découvert sa boutique après y avoir acheté des masques fabriqués sur place.

«On pense que ça va bien aller, commente Krystel Levasseur, propriétaire de la bijouterie La Perle rare de Trois-Rivières. Les gens magasinent plus tôt cette année, ça fait une dizaine de jours qu’on fait des emballages-cadeaux. Les gens ont besoin de se gâter. Les bijoux, c’est une gâterie. On a moins de gens, mais les factures sont plus hautes.»

Mme Levasseur a le désir d’offrir un environnement sécuritaire à sa clientèle. La direction de la bijouterie est à repenser le contrôle du nombre de clients admis en magasin et mise aussi sur le commerce en ligne, elle qui offre le service de livraison à domicile à Trois-Rivières.

«Avec la poste, il y a tellement de retard, mentionne Mme Levasseur. Avec la livraison, on est sûrs que les clients recevront leur cadeau à temps. En magasin, je pense qu’on aura du monde tout le temps au lieu d’avoir un gros pic dans les derniers jours avant Noël.»

George Brunelle s’attend lui aussi à faire de bonnes affaires durant le temps des Fêtes. Le grand patron du groupe Brunelle, qui regroupe entre autres les boutiques Sports Experts de Trois-Rivières, veut tout autant que le magasinage se fasse dans un environnement sécuritaire.

«Si on a de la neige et du froid, ce sera bon. Les gens n’ont pas recommencé à voyager. Ils ne vont pas rester dans leur maison. Ils auront besoin de manteaux d’hiver. Les activités extérieures comme la raquette, le ski et le patin auront la côte. Comme détaillant, il faut prendre les mesures adéquates pour ne pas que les gens soient stressés parce qu’il y a trop de monde en magasin. On a un calcul du nombre de personnes qu’on peut admettre pour donner plus de deux mètres d’espace à chaque personne. On a préparé les files d’attente en magasin. Cette année, on va étaler les rabais du Black Friday sur plusieurs jours pour éviter les foules.»

Un budget dégagé par l’absence de voyage a aussi bien servi le Centre de pianos mauricien. Copropriétaire de ce magasin d’instruments de musique de Trois-Rivières, Carole Grand Maison raconte que son entreprise enregistre de bonnes ventes.

«En 2020, on a eu des petits mois, mais les gens qui entrent dans le magasin achètent. Notre problème est qu’on manque de stock. Les fabricants ont fermé à la première vague de la pandémie et quand ils ont repris les affaires, ils ont repris à 40 %. Je n’ai jamais vendu autant de pianos et de guitares que durant le premier confinement: les gens avaient la PCU, ils n’allaient pas en voyage, les restaurants étaient fermés. J’ai une liste de clients qui attendent leur piano. Pour le temps des Fêtes, je pense que ça devrait être pas si mal.»

Le Vendredi fou devrait servir de baromètre pour des vendeurs de vêtements, croit Manon Giroux. Selon la propriétaire de la boutique Vêtements L et de la Mercerie de Luxe de Trois-Rivières, ce secteur d’activités aura alors une bonne idée du déroulement de la période des Fêtes.

«Si c’est bon, ce sera bon pour les Fêtes. Est-ce que les gens vont venir en magasin? Ils vont acheter par internet? Je ne sais pas ce que ça va faire.»

Les ventes de vêtements féminins sont tout de même honnêtes, analyse Mme Giroux, depuis le début de 2020. C’est plus du côté de la mercerie que la baisse des ventes se fait sentir.

«La femme s’habille pour se remonter le moral, mais l’homme ne s’habille pas pour se remonter le moral! Avec tout ce qui se passe, on ne s’attend pas à faire notre plus belle année. Mais on fera malgré tout une bonne année.»

Le centre Les Rivières joue de prudence

Le centre commercial Les Rivières joue de prudence afin de conserver le droit de demeurer ouvert. Le centre commercial ne lancera pas de campagne de promotion à grand déploiement pour le Vendredi fou afin d’éviter les foules monstres. Le centre veut mettre toutes les chances de son côté pour que ses commerces profitent du magasinage des Fêtes.

«Les commerçants peuvent faire une vente de Vendredi fou. On va les soutenir, mais de façon moins présente sur le site web. Les centres commerciaux ont la chance d’être encore ouverts. Notre mandat est de soutenir nos détaillants et l’achat local tout en appliquant les règles de la santé publique. Les centres commerciaux sont scrutés à la loupe. On veut être vu comme un bon citoyen corporatif, donc ça peut permettre d’espérer une saison correcte du temps des Fêtes», explique la directrice principale du marketing de Cominar, Ann Picard, qui confirme que la décision de ne pas promouvoir en grand le Vendredi fou a été prise à la suite de différents reportages et de déclarations émanant du gouvernement.

Cette décision s’ajoute à l’annulation des activités du village du père Noël. Le centre commercial prend les moyens pour éviter les rassemblements et le flânage et recommande aux gens d’être efficaces quand vient le temps de se procurer des biens. Le lèche-vitrine devra attendre, même si ce comportement engendre souvent l’envie d’entrer dans une boutique et d’y dépenser son argent.

«On a 30 % de baisse de trafic, révèle Mme Picard. Pour certains commerces comme le plein air, les bijoux, le cocooning, c’est bien. Pour les vestons et cravates et pour les tailleurs, c’est moins bien. Ça demeure une période difficile. Si on a la chance, à cause de nos efforts, de demeurer ouvert, c’est ce que les détaillants veulent.»