Daniel McMahon est le recteur de l'UQTR. Il est accompagné de Robert Ricard, président du conseil d'administration.

Le lock-out est levé, mais...

TROIS-RIVIÈRES — Quelques minutes après avoir eu «une discussion franche» avec le premier ministre Philippe Couillard et la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon, a annoncé la levée du lock-out des professeurs, mercredi avant-midi.

Le recteur a précisé que «nous avons tous à cœur un règlement négocié. Nous avons convenu ensemble de laisser une ultime chance à la négociation en cours.» Si la médiation n’aboutit pas à un règlement négocié «et que le médiateur atteste du manque de collaboration de la partie syndicale, le gouvernement légiférera avant la fin de la session parlementaire qui se termine le 15 juin», a prévenu le recteur. Selon lui, le premier ministre et la ministre David s’y sont «engagés fermement».
«J’ai demandé au gouvernement hier (mardi) d’adopter une loi spéciale», indique le recteur qui s’est réjoui d’avoir obtenu la parole de M. Couillard à l’effet qu’il adopterait une loi spéciale si les négociations n’aboutissent pas. «J’ai dit: À partir du moment où j’ai votre engagement, M. Couillard, nous sommes deux hommes d’honneur. Mme David était témoin, elle a renchéri», dit-il.

Le président du SPPUQTR, Ismaïl Biskri, au centre, entouré de Daphnée Drouin et France Joyal, de l’exécutif syndical.

Du côté du Syndicat des professeur(e)s, on est «assez satisfait de la situation, mais ce n’est pas pour autant réglé», souligne le président du SPPUQTR, Ismaïl Biskri.
«Lever le lock-out et continuer à négocier est une demande que le conseil syndical a faite il y a déjà plusieurs jours», dit-il. «Il faut continuer à négocier», dit-il. «C’est sûr qu’on est optimiste et qu’on est là pour négocier. Notre comité de négociation est auprès du médiateur pour arriver à une solution négociée. Qu’on nous fasse des propositions sérieuses et raisonnables et on est prêt à discuter», dit-il.
«Avec le troisième dépôt de l’Université, on s’en va probablement vers le bon sens», croit M. Biskri tout en ajoutant que «ce lock-out n’avait aucune raison d’être et je pense que l’intervention de la ministre et du premier ministre a fait que la raison est revenue au niveau de la direction de l’Université.»

Le président de l’AGEUQTR , Frédéric Thibault.

Du côté de l’Association générale des étudiants, «on est très satisfait. C’est ce qu’on a demandé depuis le début. Au niveau de toutes nos instances, ce qui était demandé, c’est la levée du lock-out. Maintenant, on se souhaite que le retour au travail et le retour à la normale, dès demain matin (jeudi), se fassent dans l’harmonie, le plus possible», a indiqué le président de l’AGEUQTR , Frédéric Thibault, en espérant que le lock-out ait eu «le moins de répercussions possible».
La ministre David a été interpellée en Chambre, mercredi par le député de l’opposition, Alexandre Cloutier. Ce dernier se demande comment la ministre a pu annoncer publiquement qu’elle n’avait plus confiance au recteur et à son conseil d’administration, il y a deux jours, puis leur accorder à nouveau sa confiance, mercredi matin. Ce fait a d’ailleurs été souligné en gras par le recteur McMahon en point de presse, mercredi, en ces mots: «C’est important pour moi de dire qu’ils (M. Couillard et la ministre David) m’ont réitéré leur confiance et celle qu’ils ont envers le conseil d’administration.»
La ministre a répondu au député Cloutier: «Il faut savoir que deux jours plus tard, le lock-out est levé. C’est ça qui est important. Pour moi, c’est un résultat exceptionnel pour la région, pour les députés, pour les étudiants, pour la communauté universitaire.» Mme David a souligné qu’elle a mis du travail pour atteindre ce résultat via ses nombreux échanges avec le recteur, avec les professeurs et les étudiants et en se rendant à l’UQTR en personne mardi.
À l’occasion d’une mêlée de presse à Québec, mercredi, la ministre David s’est fait demander pourquoi l’intervention du premier ministre avait été nécessaire pour en arriver à la levée du lock-out.
«Quand on a dit que tout est sur la table et que tous les moyens sont utilisés, nous, ce qu’on voulait tous — le gouvernement, les oppositions aussi — tout le monde voulait la levée du lock-out. Il y avait un consensus là-dessus. Pour y arriver, moi, je pense que j’ai été vraiment beaucoup en action. Ce qui est important, c’est le résultat», croit la ministre de l’Enseignement supérieur.
Interrogée à savoir si elle a moins d’influence que le premier ministre, la ministre David réplique: «Ce n’est pas le constat que je fais, c’est le sérieux que nous avons tous et toutes mis ensemble pour arriver à un résultat.»
«À chaque jour suffit sa peine. On va voir la suite des choses», dit-elle et «s’il n’y a pas d’entente à la fin du mois (le 15 juin), «on va voir la suite des choses.»
Le recteur a indiqué que les activités reprendraient jeudi matin «selon l’entente que les professeurs prendront avec leurs étudiants en classe.» M. McMahon a ajouté qu’il a confiance que ça va se régler. La seule chose qui a changé, dans ces négociations qui durent depuis un an, dit-il, «c’est que maintenant, il pourrait y avoir une loi spéciale.» Il a réitéré que la clause ascenseur était au cœur du litige et que l’UQTR était prête à voir son nombre de professeurs passer à 455. Ils sont 445 en ce moment.