Plusieurs facteurs, naturels et humains, contribuent à accélérer l'asphyxie du lac.

Le lac à la Tortue voué à une mort certaine

L'eutrophisation qui étouffe à petit feu le lac à la Tortue est un processus irréversible. La dégradation exponentielle de son milieu aquatique par l'apport excessif de substances nutritives comme le phosphore et l'azote est sans appel et sans retour possible. Peu importe les actions qui seront entreprises pour réduire les conséquences négatives liées à la présence humaine sur ses berges, le lac à la Tortue est voué à une mort plus ou moins lente, mais certaine.
«On suit la situation du lac de manière très attentive et on est conscient des problèmes qui sont à corriger, souligne Réginald Sauvageau, président de l'Association pour la protection du lac à la Tortue. À long terme, sur 150 ans, on ne pourra pas sauver le lac, mais à court terme on peut ralentir l'eutrophisation qui s'active présentement. Ce serait déjà un très grand pas.»
Plusieurs facteurs, naturels et humains, contribuent à accélérer l'asphyxie du lac, en outre: sa profondeur, l'échauffement rapide de l'eau, le faible débit des rivières et des ruisseaux tributaires, l'érosion hâtive des berges, contre-coup des activités nautiques et l'augmentation du taux de nutriments à caractère artificiel tels les eaux usées, les fosses septiques, les champs d'épuration et les engrais agricoles.
«L'activité humaine a grandement contribué à dégrader le lac, entre autres en augmentant le taux de phosphore dans l'eau. C'est un des gros problèmes. Si on pouvait seulement ralentir ce phénomène, on prolongerait la vie du lac», soutient M. Sauvageau.
L'organisme Bassin versant Saint-Maurice (BVSM) surveille de près cette manifestation de l'eutrophisation du lac à la Tortue. 
«Une fois qu'un lac est eutrophe, c'est impossible de revenir au stade préliminaire, que ce soit au niveau de la biomasse ou de la quantité de phosphore présente. Souvent, on peut freiner la dégradation du lac mais, même si demain matin on avait une bande riveraine conforme partout autour du lac à la Tortue, le processus d'eutrophisation se poursuivrait, car du phosphore est emmagasiné dans la colonne d'eau et des nutriments continuent d'arriver des cours d'eau tributaires et des eaux de ruissellement. Donc, même si on réglait tous les problèmes autour du lac, l'eutrophisation ferait boule de neige. On travaille actuellement à ralentir le processus», précise Mathieu Gingras, directeur général de BVSM.
L'eutrophisation est normale pour un lac. Cependant, l'activité humaine en décuple les conséquences négatives qui y sont inhérentes. Si rien n'est fait pour améliorer la situation du lac à la Tortue, les baies les moins profondes se refermeront d'emblée, la végétation aquatique prendra le dessus jusqu'à transformer cette étendue d'eau en marécage ou en tourbière.
«Nous, les humains, avec nos activités et notre occupation du territoire, transformons un processus millénaire sur un horizon de quelques dizaines d'années», renchérit M. Gingras.  
L'eutrophisation
«L'eutrophisation est reliée à l'enrichissement des milieux aquatiques par des nutriments, par exemple du phosphore ou de l'azote, et provoque un dérèglement des écosystèmes, souligne le biologiste et consultant en environnement Yann Boissonneault. Plus un lac contient de nutriments, plus les plantes aquatiques croissent. Les plantes aquatiques et le phytoplancton, dont les cyanobactéries, meurent et se déposent au fond, créant une matière organique qui s'accumule au fil des années.
Les bactéries aérobics qui décomposent cette matière consomment tellement d'oxygène que le lac se retrouve en déficit d'oxygène. Et qui dit déficit d'oxygène dit impacts sur les communautés d'organismes aquatiques, dont les poissons.»
Un geste environnemental
Pour inspirer les résidents de Lac-à-la-Tortue et freiner l'agonie du lac, la Ville de Shawinigan, par l'entremise de l'équipe du BVSM et avec l'apport de bénévoles de la Banque Royale du Canada, a réalisé la première phase d'un site modèle de restauration des rives à l'ouest de la plage Idéale. 
Cette plantation symbolique a permis de revégétaliser une première bande de deux mètres de largeur par 42 mètres de longueur sur un terrain appartenant à la Municipalité. Dans le cadre de sa Politique de gestion durable de l'eau, la Ville soutiendra les riverains dans leurs efforts visant à redonner un visage naturel aux rives.
Même si ce n'est pas une panacée, le ruissellement des bandes riveraines représentant environ 10 % de tous les nouveaux nutriments qui s'écoulent dans le lac, la revégétalisation des berges n'en participe pas moins au ralentissement de l'eutrophisation du lac à la Tortue. 
«La présence d'une bande riveraine conforme n'est pas garante d'une meilleure qualité de l'eau, mais elle contribue directement à son assainissement. Également, les bandes riveraines permettent une stabilisation accrue des rives et participent à la régulation thermique de l'eau grâce à l'ombrage créé», précise M. Gingras.
«Ce qu'on souhaite, explique le maire de Shawinigan Michel Angers, c'est assurer la pérennité des plans d'eau et des cours d'eau sur notre territoire dans un objectif de développement durable.»