Alain Gélinas, président de la CAVP.

Le jugement en appel sur la pyrrhotite se fait attendre: «c’est rendu insoutenable»

Trois-Rivières — Après un an et demi d’attente, le jugement en appel dans le dossier de la pyrrhotite n’est toujours pas rendu par le tribunal. Selon un communiqué de la firme Lambert Therrien et de l’avocat principal des victimes dans cette affaire, Me Pierre Soucy, il «est peu probable que l’arrêt soit rendu avant l’automne prochain», considérant «la période des vacances».

Lorsque ce communiqué a été mis en ligne sur la page Facebook de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite, au début de juillet, les réactions de déception des victimes ont évidemment fusé de toutes parts. Le président de la CAVP, Alain Gélinas, avoue ne pas comprendre pourquoi ce jugement prend autant de temps à sortir. «On croyait, au départ, que ça prendrait environ six mois», dit-il. Ça fait maintenant un an et demi que l’arrêt se fait attendre. «On reçoit beaucoup d’appels et de courriels de la part des victimes. Les gens doivent de l’argent et ils sont découragés. Ils trouvent ça long et se sentent pris en otage», constate le président. «Ils disent que c’est rendu insoutenable.»

Alain Gélinas précise que beaucoup de victimes attendent ce dédommagement pour pouvoir faire réparer leur maison. Déjà aux prises avec une hypothèque, ils n’ont en effet pas les moyens de payer en moyenne 185 000 $ pour faire lever leur maison malgré la subvention de 75 000 $. «Pendant ce temps-là, les maisons continuent à se détériorer», souligne M. Gélinas.

Les histoires d’horreur continuent elles aussi à se multiplier. Alain Gélinas raconte entre autres que des hypothèques légales ont été prises par des sous-traitants sur des maisons réparées parce qu’ils n’avaient pas été payés par l’entrepreneur qui lui, avait pourtant été payé par le propriétaire pour faire les travaux à l’aide de la subvention du gouvernement.

«Après avoir été pris en otages dans toutes sortes de situations au cours des dernières années, que ce soit par la Garantie des maisons neuves, par la question du taux de pyrrhotite à 0,23 % ou par des entreprises en faillite, «là, ils sont en plus pris en otage par la justice», déplore-t-il.

La CAVP est en train de se pencher sur la possibilité de contacter la ministre de la Justice, Sonia LeBel, pour essayer de comprendre pourquoi les choses prennent autant de temps. «On veut savoir si c’est normal», dit-il. «Au début, on pensait que ça prendrait six mois. Puis on s’est dit que ça irait après les Fêtes, puis après Pâques. Là, il est question de l’automne. Je trouve ça long.»

Ce jugement en appel, dit-il, touche quelque 800 propriétaires aux prises avec la pyrrhotite. «Des milliers d’autres sont en attente», souligne-t-il. Selon la CAVP, environ 8000 permis de construction ont été délivrés entre 1996 et 2008 dans les secteurs touchés par la pyrrhotite. Seulement 1800 maisons ont été réparées depuis.

«Cela ira sûrement au printemps 2020 ou à l’été 2021... Pourquoi pas... Prenez votre temps chers juges et avocats», fulmine une des victimes sur la page Facebook de la CAVP.

«Je me sens prise en otage par ce système. On nous a demandé d’être compréhensif, de déménager de nos maisons pour certains, de baisser le prix de vente pour certains. On nous a demandé de payer, d’être patient... Je suis consciente que l’équipe de Me Soucy travaille fort, mais là! Là! Je ne comprends (pas) qu’on nous demande d’être encore patient à nouveau. À quand la révolte?» demande une autre victime de ce drame.

Un homme rapporte que sa maison a été levée en 2010, ce qui donne une idée de la longueur du calvaire que doivent endurer les propriétaires. «Au bout du compte, ce sont mes filles (qui n’étaient pas nées à l’époque des travaux) qui finiront par recevoir, peut-être, des grenailles... C’est un déni de justice», estime-t-il.

«Ça fait un bon moment que j’ai fait une croix sur cet argent. De toute façon, un coup l’avocat payé, la subvention remboursée, il va me rester quoi? Des peanuts», déplore une autre victime sur la page Facebook.

Le président de la CAVP prévoit que «personne ne fera d’argent avec la pyrrhotite», dans ces procédures judiciaires. Toutefois, «notre but, c’est que personne ne perde d’argent», nuance-t-il.

Alain Gélinas assure que la situation qui prévaut chez SNC-Lavalin n’a rien à voir avec le fait que le jugement prenne autant de temps à sortir, car ce sont les compagnies d’assurances qui vont payer les dommages.

Jason Luckerhoff, le professeur de l’UQTR qui a dirigé un projet de recherche sur le vécu des victimes de la pyrrhotite, estime de son côté que l’épreuve est telle qu’elle a eu pour effet de «désolidariser les victimes».

«Au final», croit-il, «le poids politique des victimes de la pyrrhotite est très réduit» si on le compare à des victimes d’autres catastrophes.

D’autre part, la CAVP participera, le 5 octobre, à la troisième rencontre internationale sur la pyrrhotite qui se tiendra cette fois au Connecticut. Ces rencontres visent à demeurer à l’affût de l’évolution scientifique de ce phénomène et à participer à l’avancement des connaissances afin d’éviter que ce type de fléau se reproduise. Le même type de rencontre a eu lieu à l’automne 2018 à Trois-Rivières et l’automne précédant au Connecticut. Les échanges ont permis de constater que des problèmes de pyrrhotite dans le béton se vivent aussi au Massachusetts et en Irlande.