Le «Groupe des huit», un parti politique à Trois-Rivières?

Trois-Rivières — Existe-t-il, à l’intérieur du conseil municipal de Trois-Rivières, un parti politique formé d’un groupe de huit conseillers municipaux? C’est en tout cas la prétention de l’ancien maire Yves Lévesque, qui a dénoncé mercredi la tenue de rencontres chez le conseiller municipal Pierre Montreuil alors que l’ancien maire était encore au pouvoir. Une sortie identifiant ce «Groupe des huit» qui a vivement fait réagir autour de la table du conseil, et que certains attribuent à une stratégie politique pour faire dévier le message à l’occasion de cette campagne électorale à la mairie.

D’emblée, le conseiller Pierre Montreuil le reconnaît. Il y a bel et bien eu des réunions de certains conseillers municipaux chez lui après les élections de novembre 2017, des réunions auxquelles les 14 conseillers municipaux n’étaient pas tous invités. Ces réunions, qu’il ne convoque plus aujourd’hui assure-t-il, n’avaient cependant rien à voir avec la formation d’un parti politique, clame le conseiller.

Daniel Cournoyer

«Nous nous rassemblions pour discuter des dossiers et, comme nouvel élu, je trouvais intéressant et sain de pouvoir bénéficier de l’expérience des autres. Oui, nous avions des affinités, nous partagions des valeurs. Mais je n’ai jamais senti que c’était dans le but de former un parti politique», mentionne-t-il.

Pierre Montreuil

Son collègue Luc Tremblay reconnaît aussi avoir volontairement écarté des gens de ces rencontres. «Il y a effectivement des gens que je ne voulais pas voir là parce que visiblement, on ne s’entendait pas depuis le début de mon mandat. Les conseillers qui venaient à ces rencontres, on se rejoint dans nos idées de base, on partage des valeurs. On regardait ensemble les dossiers qui s’en venaient, on voulait les travailler pour le bien de la Ville. Sinon, il fallait se contenter d’une petite présentation de quelques minutes par le maire le jour du conseil et on attendait de nous qu’on vote en faveur. Mais ça ne marche pas comme ça», mentionne M. Tremblay.

Valérie Renaud-Martin

De son côté, la conseillère Valérie Renaud-Martin n’a pas la même vision des choses. Invitée à se joindre à ce groupe dès le début, elle mentionne avoir assisté à deux rencontres, avant de se retirer, mal à l’aise avec le fonctionnement du groupe.

«Au départ, comme nouvelle élue, on m’avait fait valoir que je n’aurais pas de formation à la Ville, qu’on allait nous cacher des choses. J’ai voulu y aller pour mieux m’informer. Mais j’ai rapidement constaté que c’était une forme d’opposition qui se créait, et c’était une façon de faire qui ne me convenait pas. J’ai préféré ne plus y aller», explique celle qui estime que c’est en raison de ce retrait qu’elle a été la cible de propos peu reluisants de la part de ses collègues par la suite. «Je voudrais que ce soit plus ouvert, plus transparent. C’est une façon de faire que je n’endosse pas», évoque Mme Renaud-Martin.

Luc Tremblay

Pour sa part, Daniel Cournoyer dit n’avoir jamais reçu d’invitation pour y assister. «C’est dommage, parce que ce n’est pas dit que je n’y serais pas allé», indique celui qui, bien que ces rencontres n’aient plus lieu chez M. Montreuil, croit que le groupe se rassemble encore. «On sent qu’il y a une certaine forme d’entente au préalable. Je dirais que dans ces circonstances, c’est une forme de démocratie différente», image-t-il.

Son collègue Michel Cormier abonde dans le même sens. «On ne va pas se le cacher. S’ils veulent faire passer quelque chose, ils vont le faire passer», considère M. Cormier.

Michel Cormier

Campagne électorale

Luc Tremblay déplore aujourd’hui que l’ancien maire fasse un rapprochement entre ces rencontres et le candidat à la mairie Jean-François Aubin. Mentionnons que M. Tremblay de même que Pierre-Luc Fortin et François Bélisle ont donné leur appui à M. Aubin dans cette course à la mairie. Tous les trois faisaient partie des conseillers qui se rassemblaient chez M. Montreuil.

«De dire que M. Aubin a assisté à ces rencontres avec nous, ce sont des menteries. Il n’est jamais venu à nos rencontres. Je suis convaincu que M. Lévesque a bien calculé sa sortie pour nuire à la campagne de Jean-François Aubin et c’est déplorable», mentionne Luc Tremblay. Pierre Montreuil confirme lui aussi que M. Aubin n’est jamais venu chez lui.

Dany Carpentier

«Si nous avions vraiment créé un parti politique, il y aurait une ligne de parti et on voterait tous pareil. Or, il y a eu bien des dossiers sur lesquels certains ont demandé le vote et on ne partageait pas toujours la même position. Ça a été le cas pour le stationnement Badeaux et le colisée par exemple», relate Luc Tremblay, qui signale par ailleurs que du temps qu’il était maire, Yves Lévesque lui-même tenait aussi des réunions avec certains conseillers qui partageaient sa vision, sans inviter les autres.

Réunions

Depuis plusieurs mois, le conseiller Dany Carpentier convoque des séances de travail à l’hôtel de ville le lundi, auxquelles l’ensemble du conseil est invité. Celui qui avait été invité à se joindre aux réunions chez M. Montreuil au départ assure qu’il s’est «toujours fait un devoir de ne pas y assister, pour une question d’ouverture et de transparence».

«L’harmonie au conseil, il faut s’en occuper. Si ce n’est pas le maire qui s’en occupe, qui le fera? Je ne crois pas que le maire ait joué un grand rôle de rassembleur. Ces rencontres du lundi, de plus en plus de gens y assistent maintenant, on a des tables pleines», mentionne M. Carpentier, qui précise avoir travaillé avec les conseillères Ginette Bellemare et Maryse Bellemare pour favoriser une meilleure collaboration autour de la table.

Et existe-t-il vraiment un «Groupe des huit»? «Je crois que c’est un raccourci d’esprit que de dire ça. Ça réduit le conseiller, comme si on ne pouvait pas réfléchir par nous-mêmes. Il n’y a pas d’enjeu là, nous ne sommes pas les marionnettes de personne», clame Dany Carpentier.