Jacques T. Watso, administrateur au Grand Conseil et membre du Conseil des Abénakis d’Odanak
Jacques T. Watso, administrateur au Grand Conseil et membre du Conseil des Abénakis d’Odanak

Le Grand Conseil de la Nation Waban-Aki accuse un artiste de s’être fait passer pour un Abénaki

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Odanak — Le Grand Conseil de la Nation Waban-Aki accuse l’artiste Sylvain Rivard, qui a collaboré à plusieurs reprises avec le Musée des Abénaquis et les conseils d’Odanak et de Wôlinak, de s’être fait passer pour un Abénakis, dans le but de faire de l’appropriation culturelle.

Dans un communiqué envoyé la semaine dernière aux médias, le Grand Conseil a affirmé ne pas reconnaître «ses prétentions en matière de descendances abénakises».

«Ainsi, aucune tribune ne devrait lui être offerte en tant que représentant culturel des Premières Nations», est-il indiqué dans ce communiqué.

Selon Jacques T. Watso, administrateur au Grand Conseil et membre du Conseil des Abénakis d’Odanak, le fait de se présenter comme Abénaki a permis à M. Rivard d’acquérir des connaissances sur la culture abénakise et de se constituer un «crédit culturel».

«Quand il est arrivé ici, il y a environ 25 ans, il disait être un descendant d’une famille abénakise qui a quitté la réserve il y a longtemps. Il faut savoir qu’il y a une grande diaspora abénakise aux États-Unis, en Ontario et ailleurs au Québec, parce que beaucoup de gens ont quitté la réserve pour trouver du travail ailleurs. Ma famille l’a fait, seule ma mère est restée. Ça semblait donc plausible, surtout qu’à l’époque, on ne pouvait pas vérifier sur Internet comme aujourd’hui, alors les gens ont pris ça pour du ‘’cash’’. Il a commencé à se bâtir un crédit culturel sur le fait qu’il est Abénakis ou d’ascendance abénakise», affirme-t-il.

Selon M. Watso, un test de généalogie fait à la demande du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki a récemment prouvé que M. Rivard n’a aucun ancêtre abénakis, du moins, aucun que l’on peut retracer. Or, si cela avait été su à l’époque, M. Rivard n’aurait probablement pas eu accès à autant de connaissances. M. Watso le voit donc comme un imposteur.

«Il prend la place d’un Abénakis. Il s’est bâti une carrière sur le mensonge et a floué les aînés et les gens d’Odanak», accuse-t-il.

L’artiste aurait menacé de retirer sa collection de l’exposition «L’Indien au-delà d’Hollywood», présentée au Musée des Abénakis, lorsque ses origines ont été remises en question.

«Il a instrumentalisé le musée pour faire avancer sa propre carrière et il s’en est servi comme levier politique contre le conseil. C’est un exemple parfait de la culture dominante qui banalise l’appropriation culturelle parce que c’est ‘’cute’’, la culture autochtone. Mais il vient juste chercher le ‘’gravy’’», accuse M. Watso.

Ce dernier indique que le Musée des Abénakis a finalement décidé de mettre un terme à sa collaboration avec M. Rivard.

Cette histoire n’est pas sans rappeler celle de Nadine St-Louis, accusée dans un article de La Presse d’avoir elle aussi avoir sur ses origines mi’kmaqs. Elle est directrice générale des Productions Feux Sacrés et la fondatrice de l’Espace culturel Ashukan, une galerie d’art autochtone à Montréal.

Le Nouvelliste a tenté à plusieurs reprises au cours des derniers jours de contacter Sylvain Rivard pour avoir sa version des faits. Il n’a toutefois pas donné suite à ces demandes.

Décrit comme un artiste pluridisciplinaire et anthropologue du vêtement, Sylvain Rivard a illustré et écrit plusieurs ouvrages sur les vêtements et la culture des Premières Nations. Il est également conférencier.

Dénonciation de l’appropriation culturelle

Bien que Sylvain Rivard soit nommé dans le communiqué envoyé par le Grand Conseil de la Nation Waban-Aki, il n’est pas le seul à se prétendre Abénakis et à s’approprier cette culture.

«Fiers de leur riche héritage culturel, les membres de la Nation W8banaki ont toujours fait preuve d’une grande ouverture quant au partage de leur culture, de leurs traditions et de leurs rites auprès des Canadiens, dont les Québécois. Or, cette ouverture a malencontreusement donné lieu à des cas d’appropriation culturelle. En effet, riches des connaissances transmises par des membres de la Nation W8banaki, un nombre croissant d’individus autoproclamés clament leur appartenance à la Nation W8banaki affirmant en être des descendants, et ce, à diverses fins», peut-on lire dans ce communiqué.

«Les Abénakis sont les seuls gardiens de leur culture. Bien qu’ils soient ouverts à créer des liens culturels avec des collaborateurs allochtones, l’intégrité de ces liens demeure capitale. Ainsi, en aucun cas il n’est permis à un collaborateur d’instrumentaliser son lien avec la Nation afin d’en tirer profit», ajoute le Grand Conseil.