La décision de rappeler au travail des préposées aux bénéficiaires enceintes a créé un tollé chez plusieurs intervenants.

Le gouvernement responsable

Trois-Rivières — Le rappel forcé au travail de préposées aux bénéficiaires enceintes est une preuve supplémentaire de l’échec des politiques du gouvernement libéral en matière de santé, clament le Parti québécois et la Coalition avenir Québec.

Catherine Fournier, députée péquiste de Marie-Victorin et responsable de la condition féminine, n’en revient tout simplement pas de voir qu’en 2018, la pénurie de personnel est telle qu’on ramène des travailleuses qui étaient pourtant en retrait préventif.

«J’étais complètement étonnée et indignée quand j’ai lu l’article. Ça traduit un problème très large. Comme société, est-ce à dire qu’on est rendu là? C’est totalement inacceptable. Des femmes partent en retrait préventif, car elles font face à des cas qui pourraient affecter leur grossesse. Si on leur accorde le retrait, c’est pour leur bien. Il y a un problème criant.»

Député caquiste de Lévis et porte-parole de son parti en matière de santé, François Paradis croit que le CIUSSS se réfugie derrière le programme Maternité sans danger par incapacité de régler la pénurie de personnel.

«Aujourd’hui, on est rendu à une étape qui est loin d’être idéale. C’est un aveu de solutions qui n’existent plus. Ça fait trois ou quatre ans qu’on est confronté à des situations comme celles-là. Ils sont incapables de résoudre le problème de pénurie. Il faut que le gouvernement recommence à penser et écoute le monde. Il faut que le CIUSSS trouve une autre solution. La direction du CIUSSS doit avoir quelque chose de plus concret et de plus imaginatif. Car si ce rappel ne comble pas les besoins, on fait quoi pour demain?»

M. Paradis s’inquiète du risque que peuvent représenter les tâches réservées aux préposées aux bénéficiaires, bien qu’elles soient revues pour éliminer les dangers.

«J’ose espérer qu’on sera extrêmement vigilant. La santé des patients est importante, mais celle des préposées est également importante.»

L’ex-animateur de télé et de radio est d’avis que la profession de préposé aux bénéficiaires a besoin d’être valorisée afin d’attirer de nouveaux travailleurs dans le domaine. Ce n’est pas avec ce genre de décision que les administrateurs vont atteindre cet objectif. «Je me mets dans la peau d’un futur préposé. Je comprends que ça envoie un message spécial. C’est un aveu d’échec.»

Catherine Fournier estime que même si ces rappels sont faits dans le respect des règles, cela n’est pas correct pour autant. Selon la députée péquiste, cette réaité s’ajoute au quotidien des infirmières illustré depuis quelques semaines.

«Est-ce que les choix ont été faits correctement en santé? Je crois que non. Avec les ententes signées avec les médecins spécialistes, l’argent n’est pas au service des patients, il va dans les poches des spécialistes.»

Le ministre Gaétan Barrette n’a pas voulu commenter ce dossier, référant Le Nouvelliste au CIUSSS.

Plus de 170 employées enceintes au travail au CIUSSS régional

Trois-Rivières (ML) — Les 11 préposées aux bénéficiaires enceintes ayant été rappelées au travail le 9 février ne sont pas les seules femmes enceintes à être sur le plancher dans les établissements du CIUSSS régional.
Des 282 employées enceintes du CIUSSS, 174 sont toujours à pied d’œuvre.

Selon des informations fournies par le Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, la majorité de ces travailleuses enceintes ont été réaffectées à d’autres tâches sans avoir été mises en retrait préventif. Le CIUSSS n’était pas en mesure, mercredi en fin d’après-midi, de donner le nombre exact de travailleuses réaffectées sans avoir quitté leur milieu de travail versus celles qui ont été rappelées.

Du total de 174 femmes enceintes toujours au travail, 36 sont infirmières. En date du 21 février,
28 préposées aux bénéficiaires faisaient partie du tableau, de même que 20 infirmières auxiliaires.

«Ce n’est pas une pratique nouvelle, répète Louis Brunelle, directeur des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS. La loi nous oblige à réaffecter des gens dans des emplois convenables. Ce n’est pas facile dans la plupart des corps de métier. Avec les circonstances de pénurie, on le fait.»

«L’employée enceinte consulte son médecin traitant qui transmet le certificat de retrait préventif ou de réaffectation au médecin de la santé publique qui est responsable du programme Maternité sans danger. C’est ce médecin de la santé publique qui fait ses recommandations en fonction du type d’emploi et des risques du milieu. Dès qu’on trouve un environnement sans danger, on les réaffecte à des tâches qui respectent leur condition», ajoute Geneviève Jauron, du service des communications du CIUSSS.

L’obligation de fournir un environnement sans danger amène la direction à retirer certaines tâches à ses employés. Par exemple, une infirmière enceinte ne prépare plus et n’administre plus de médicaments anticancéreux, ne pratique pas de massage
cardiaque, n’offre pas de soins à des patients affectés par la rubéole ou la varicelle et ne travaille pas en position debout plus de six heures par jour.

Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec regroupe quelque 18 000 travailleurs.