Le gouvernement fédéral indemnisera les producteurs de volaille et d’oeufs

La Presse Canadienne
La Presse canadienne
OTTAWA - Les producteurs de volaille et d’oeufs affectés par la conclusion de deux accords commerciaux recevront 691 millions $ du gouvernement fédéral sur les dix prochaines années.

La ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a annoncé les détails du programme d’indemnisation samedi après-midi, par visioconférence.

Les producteurs de volaille et d’oeufs n’avaient pas encore reçu un sou d’Ottawa pour couvrir l’impact des accords de libre-échange avec l’Europe et avec la zone transpacifique. Le premier est entré en vigueur en 2017, tandis que l’autre date de 2018.

«On est très contents, on est fiers qu’il y ait une étape de faite. Il y a un document sur la table, il y a quelque chose qui se passe. Des pas se font et c’est ce qui est important», a déclaré Benoît Fontaine, président des Producteurs de poulet du Canada, qui participait à la conférence.

Les détails des versements aux producteurs de volaille et d’oeufs restent encore à être précisés.

Interrogée à savoir pourquoi ces versements avaient tardé à venir pour ces producteurs, la ministre Bibeau a indiqué que la COVID-19 avait reporté les plans du gouvernement.

Ottawa avait déjà annoncé un investissement de 1,75 milliard $ pour le secteur laitier.

Le gouvernement avait versé 345 millions $ à ces producteurs l’an dernier. Pour une ferme moyenne de 80 vaches, cela équivalait à un versement d’environ 28 000 $, selon la ministre.

Pour la suite, ils recevront 468 millions $ d’ici mars prochain, 469 millions $ en 2021-2022 et 468 millions $ en 2022-2023.

Ces montants devaient à l’origine être déboursés sur les sept prochaines années, mais ils seront finalement condensés sur trois ans.

«Une planification comme ça, stable, garantie, ça enlève un peu de stress sur les épaules des producteurs, ça va être bienvenu», a réagi Pierre Lampron, président des Producteurs laitiers du Canada.

Les Producteurs de lait du Québec se sont également réjouis que le gouvernement ait précisé le calendrier des versements pour ces deux premiers accords, mais ils ont encouragé Ottawa à négocier «dès maintenant» des indemnisations pour l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).

Les compensations relatives à ce nouvel accord ne sont pas encore connues etMme Bibeau a déclaré samedi qu’elle n’avait pas d’échéancier précis à ce sujet.

«En ce moment, on met beaucoup d’efforts, de ressources, autant financières que de ressources humaines dans les programmes d’urgence pour la COVID», a-t-elle soutenu.

Le gouvernement compte également indemniser les transformateurs. «Ça va venir, on travaille là-dessus en ce moment», a assuré la ministre.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) a aussi salué l’annonce d’Ottawa «qui nous donne confiance en l’avenir».

«Malgré cela, il est primordial qu’aucune autre concession ne soit faite dans les productions sous la gestion de l’offre lors des prochaines négociations», a déclaré le président de l’UPA Marcel Groleau.

Le porte-parole du Bloc québécois en matière d’agriculture, Yves Perron, s’est lui aussi dit soulagé par l’annonce de la ministre, même s’il a exprimé des réserves.

«Les dommages occasionnés par les brèches faites au système agricole québécois par les concessions des trois derniers accords commerciaux sont permanents et aucune compensation ne permettra de rétablir l’équilibre que l’on avait réussi à acquérir», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

M. Perron déplore que «les transformateurs de l’ensemble des secteurs aient été complètement écartés par l’annonce de la ministre et, pis encore, il n’y ait toujours aucune compensation pour l’ACEUM».

La ministre Bibeau a d’ailleurs assuré d’entrée de jeu qu’»aucune autre part de marché sous gestion de l’offre sera sacrifiée par notre gouvernement dans les accords commerciaux à venir.»

Les industries du lait, de la volaille et des ?ufs au Canada sont réglementées pour assurer un revenu stable aux agriculteurs de ce secteur, mais les partenaires commerciaux du Canada soutiennent que le système est protectionniste.

Ce secteur était un point de friction dans les négociations de trois accords commerciaux distincts que le Canada a conclus ces dernières années: l’Accord économique et commercial global (AECG), Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) et l’ACEUM.

Les partenaires commerciaux voulaient un meilleur accès canadien pour leurs produits, ce qui, selon les fournisseurs canadiens, entraînerait des répercussions importantes sur leurs revenus.

Le budget de mars 2019 des libéraux avait prévu jusqu’à 3,9 milliards $ en compensation pour les concessions commerciales faites sur la gestion de l’offre.

Les fonds annoncés samedi ne concernent que l’AECG et le PTPGP.