Noé Eve et Antoine Lacerte-Lepage, les copropriétaires du French Kiss.

Le French Kiss propose un concept dénoncé

Trois-Rivières — Un nouveau bar succède à la défunte Brasserie de Normanville, sur la rue de la Pinède, à Trois-Rivières. Le French Kiss Bar ouvre ses portes samedi, et promet des soirées festives à souhait, mais déjà, il déclenche les passions et même la controverse, en raison de l’instauration d’une tradition qui vise à faciliter les rapprochements. Une façon de faire qui est décriée par Educ’alcool.

Ainsi, tous les soirs à une heure du matin, une tournée générale de French Kiss, un shooter concocté spécialement pour les clients de l’établissement, sera offerte. Au signal du DJ, les clients seront invités à boire leur shooter en même temps, et par la suite, à embrasser son voisin ou sa voisine.

Un concept qui n’impressionne pas Hubert Sacy, directeur général d’Educ’alcool. «Il n’y a vraiment pas d’autre bonne idée pour mettre un peu d’ambiance dans le bar que celle-là? Il faut vraiment être à court d’imagination», lance-t-il. «Il ne s’agit pas de verser dans le moralisme, mais il y a une problématique dans cela qui est relative au fait que l’alcool et particulièrement l’abus d’alcool sont très, très associés à tout ce qui concerne le harcèlement criminel. On a beau dire que les gens sont des adultes consentants et que ceux qui ne veulent pas, ils ne veulent pas, il reste que l’alcool, ce n’est pas du jus d’orange, et qu’il a pour effet chez la personne qui sollicite de faire tomber les inhibitions, et donc de la rendre beaucoup plus insistante. Quant à la personne qui est sollicitée, elle a plus de difficulté quand elle a consommé de l’alcool à exprimer un refus ou un rejet», explique M. Sacy.

Pour ce qui est du copropriétaire du French Kiss, Noé Eve, il comprend mal pourquoi cette idée suscite la polémique. «Un shooter de couleur rouge va être proposé à une heure du matin à nos clients. L’idée c’est que si jamais la personne à côté te plaît et qu’elle est intéressée à toi, après avoir bu le shooter ensemble, et s’être regardés dans le blanc des yeux, vous vous embrassez.»

Pour lui, il est clair que les deux parties devront être consentantes, sinon il s’agit d’une agression sexuelle, et ceux qui vont oublier la loi vont être immédiatement expulsés du bar. «C’est une tradition bon enfant. L’idée c’est que la fille avec qui vous avez parlé depuis deux heures, avec qui vous dansez, mais que vous n’avez pas encore osé embrasser, alors qu’elle n’attend que ça que vous l’embrassiez, bien là, on n’a plus besoin d’excuse pour le faire. Voilà c’est aussi bête que ça. C’est vraiment juste de favoriser les rapprochements dans une ambiance festive et bon enfant. Mais à aucun moment pour nous le consentement est une option, et je vous garantis qu’avec le service de sécurité qu’on va avoir, ceux qui s’amuseront à profiter des filles qui seraient un peu éméchées et qui essaieraient d’embrasser quelqu’un sans leur consentement, ils vont se faire dégager d’une manière véhémente. Le consentement est la base de tout. C’est pour ça que je ne comprends pas vraiment toute la polémique pour être bien honnête», ajoute-t-il.

Mais M. Sacy croit toutefois que certaines personnes risquent de se sentir obligées d’y prendre part alors qu’elles n’en ressentent pas vraiment le désir. «Dans ce cas-ci, il ne s’agit pas de faire la cour ou de solliciter, c’est un geste collectif. Tout le monde embrasse tout le monde. C’est ce qu’on appelle la pression des pairs. Il est fort à parier qu’il y a plein de gens même s’ils n’en ont pas envie qui vont se laisser embrasser juste pour ne pas passer pour des saintes-nitouches. Les gens qui ont envie d’embrasser, ils n’ont pas besoin d’un bar pour leur dire quand ils doivent le faire.»

Au-delà de l’instauration de cette tradition, c’est à une atmosphère de boîte de nuit que la faune nocturne trifluvienne est conviée. «Notre objectif, c’est d’avoir une ambiance assez élégante et c’est de créer des vraies ambiances de fête. Tout a été pensé pour que finalement, on puisse avoir une vraie fête et une soirée qui puisse monter très vite en intensité.»

Si Noé Eve vient de Québec, Antoine Lacerte-Lepage est originaire de Plessisville. Ils ont tous les deux une grande expérience de la restauration et des bars, affirme Noé Eve. «On a vu que la Brasserie de Normanville était à vendre et pour nous, c’était une évidence de venir s’installer là. C’était une question d’opportunité, c’est aussi simple que ça. Toutes les planètes étaient alignées pour qu’on vienne ici.»

Le bar a été complètement revampé. Le rouge et le noir sont à l’honneur. «On a totalement rénové le bar, on a tout modifié. On voulait quelque chose de très élégant.»

Et pourquoi le nom French Kiss? «Le nom nous est venu comme ça. On avait des discussions et on trouvait le mot un peu sulfureux, et ça nous plaisait, surtout pour une boîte de nuit.»