Le fleuve a pris possession du chemin Louis-Gatineau, à Yamachiche.

Le fleuve à un niveau extrême

L'importante remontée du niveau du Saint-Laurent annoncée pour mercredi et jeudi incite la Municipalité de Batiscan à demander du renfort aux pompiers de Québec pour reconstruire une digue dans le secteur du chemin Couet et amène la Ville de Nicolet à recommander à plusieurs de ses résidents de quitter leur domicile.
Le rehaussement d'une section de la route 155 permet aux petits véhicules de circuler normalement.
Des pompiers de Batiscan reçoivent l'aide de pompiers de la Ville de Québec pour construire une digue.
Selon les prévisions de la Sécurité civile, le niveau du fleuve devrait augmenter de 16 à 20 cm d'ici jeudi midi. Le niveau du fleuve à la hauteur de Batiscan était de 3,36 mètres mardi après-midi.
La possibilité qu'il grimpe à plus de 3,55 mètres représente un potentiel réel d'accentuer le niveau d'inondation dans ce secteur de la Mauricie, d'autant plus que des vents du nord, de l'est et du nord-est souffleront jusqu'à 20 km/h.
«On avait construit une digue avec des poches de sable et des blocs de béton, mais elle a été emportée quand on a eu la marée haute de 22 h, lundi. C'est à recommencer», explique la mairesse de Batiscan, Sonya Auclair.
Le temps presse pour refaire une digue à cet endroit. C'est la raison pour laquelle Batiscan a demandé du renfort et ce sont huit pompiers et trois chefs du Service de protection contre l'incendie de Québec qui sont arrivés mardi en fin d'après-midi afin d'amorcer les travaux avec deux pompiers locaux.
«On est ici pour bâtir une digue. On ne fait pas ça très souvent, mais on fait de tout dans notre métier», reconnaît Stéphane Simard, chef aux opérations du Service de protection contre l'incendie de Québec.
Mme Auclair souligne qu'une requête a été déposée auprès des Forces armées canadiennes, mais étant donné que les effectifs étaient déjà déployés, la Ville de Québec est venue à la rescousse en envoyant des représentants pour une durée indéterminée.
«Selon ce qu'on nous dit, ça va être pire (le niveau du fleuve) que ce qu'on a connu jusqu'à maintenant, ajoute la mairesse. Les vagues causées par les vents, c'est ça qui est inquiétant.»
«Le fleuve va monter partout. Avec les hautes marées, c'est beaucoup d'eau pour Batiscan», déclare Sébastien Doire, le directeur régional de la Sécurité civile.
Mardi après-midi, le fleuve s'élevait à 3,63 mètres à Trois-Rivières et à 3,57 mètres dans le secteur du lac Saint-Pierre. Le mouvement des marées influencera à la hausse le niveau du fleuve, comme l'explique Roger Michaud, maire de Maskinongé et pêcheur commercial.
«Les marées refoulent l'eau du fleuve, donc le niveau monte. Le jour de la pleine lune est mercredi. Deux jours avant et deux jours après, les marées sont plus fortes. On s'attend jeudi à ce que le niveau monte autour de 3,80 mètres. C'est très haut», raconte M. Michaud, qui s'attend à ce que le niveau du fleuve se stabilise à la fin de la semaine et commence à descendre par la suite.
De son côté, la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, recommande fortement l'évacuation des citoyens touchés par les inondations.
Les résidents des rue Bas-de-la-Rivière, Paul-Hubert, Pointe-du-Hameau, Fleuve Ouest, Fleuve Est, Du Phare, Napoléon-Duval, Proulx, Duval, Béliveau, de la 4e Rue, du camping du port Saint-François ainsi que des 1ère, 2e, 3e, 4e et 5e Avenues sont invités à quitter leur domicile.
Les évacuations se feront par contre sur une base volontaire. Les pompiers ont d'ailleurs fait le tour des résidences visées en soirée mardi afin de répertorier les résidents qui quitteront ainsi que ceux qui resteront chez eux.
La mairesse tient à rappeler qu'un centre d'hébergement aménagé dans l'ancienne résidence des Soeurs grises est à la disposition des citoyens ne pouvant pas être hébergés chez des membres de leur famille ou des amis.
La Ville demande donc aux personnes qui se rendront au centre d'hébergement d'apporter avec eux leur trousse de soins personnels et de visiter le site du ministère de la Sécurité publique pour connaître tous les articles et les documents qui est nécessaires d'avoir avec eux.
Pour toute question concernant ce service mis à leur disposition, les citoyens peuvent contacter les autorités municipales en appelant au 819 293-7431 ou au 819 293-3938.
«Le fleuve atteindra le niveau d'environ de 3,80 mètres entre le 11 et le 12 mai. Tous les jours, on se réunit avec les gens de la Sécurité civile et on réévalue la situation. Le niveau s'est stabilisé pendant quelques jours, mais là, c'est rendu une question de sécurité pour les résidents et les gens qui pourraient aller leur porter secours, soit les pompiers et les policiers.
Non seulement les maisons de la douzaine de rues que nous avons ciblées seront isolées, mais nous appréhendons des fermetures de rue plus importante. On souhait donc que les gens collaborent», explique la mairesse Dubois.
À Bécancour, les autorités municipales demandent aux citoyens de se préparer pour la prochaine hausse du niveau du fleuve mais laissent aux résidents touchés le choix de quitter leur demeure ou non.
Si le niveau du fleuve demeure une source de préoccupation, le niveau des rivières donne des signes encourageants. Le niveau de la rivière Saint-Maurice s'est stabilisé et le cours d'eau laisse entrevoir une baisse à court terme. Les rivières Maskinongé, du Loup et la Croche affichent un niveau d'eau en diminution. La rivière Batiscan est en hausse, mais son niveau est encore loin du seuil d'inondation mineure.
Le nombre de maisons inondées a chuté de 317 dimanche à 308 mardi matin. L'amélioration a été observée principalement en Haute-Mauricie.
«Mercredi soir, la rivière Saint-Maurice ne sera plus un enjeu. Le pic était pas mal la nuit dernière et plus on va avancer dans la semaine, plus on va voir des diminutions. Ça baisse partout. On va être une des premières régions au Québec depuis une semaine qui va commencer à tomber en mode rétablissement. Ce sont de bons signes. Dans la région, on voit le soleil venir à l'horizon», image M. Doire.
Les militaires bien présents
La période d'inondation s'étire en Mauricie. Des gens subissent cette situation depuis un mois maintenant et la contribution des Forces armées canadiennes est importante à quelques heures de vivre un nouveau gonflement du fleuve Saint-Laurent.
Les quelque 160 militaires passent la majeure partie de leur temps à remplir des sacs de sable, à les transporter et à les installer pour former des digues. 
«On est très occupé à produire des sacs de sable. On a une capacité de production de 5000 sacs par jour», mentionne le lieutenant-colonel Francis Poitras, commandant des troupes en Mauricie pour cette opération.
Les militaires maintiennent leurs tournées de reconnaissance sur les plans d'eau afin d'aller rencontrer les riverains. Ils s'informent de leurs conditions et demandent s'ils ont besoin d'aide tout en portant une attention particulière aux personnes vulnérables.
«La particularité de cette opération est l'ampleur de la tâche. Il y a un certain défi à prévoir les besoins, car la situation change rapidement durant des inondations. On n'a pas le choix de s'adapter. 
Nos militaires sont debout à 5 h 30 et travaillent tard en soirée. Mais on est des gens entraînés pour ce genre de travail. Au niveau de la forme physique, des heures de travail exigeantes, on est les bonnes personnes pour répondre à ces demandes.»
Selon le lieutenant-colonel Poitras, l'apport des militaires est hautement considéré des citoyens aux prises avec les inondations, comme l'a témoigné un couple qui a apporté des beignes et du café à des militaires occupés à remplir des poches de sable.
«Le moral des troupes est très bon. On se sent apprécié. Les soldats voient à quel point notre aide est précieuse», confie M. Poitras, qui salue la qualité des installations à la réserve navale de Trois-Rivières et à l'aréna de Louiseville ainsi que l'accueil démontré par les autorités municipales de Louiseville.
La 155 va bien
La situation est stable du côté de la route 155 à la hauteur du kilomètre 97. Le ministère des Transports a rehaussé la route sur une distance de 150 mètres, lundi, afin de permettre la circulation des petits véhicules. La méthode fonctionne toujours et sera maintenue aussi longtemps que la situation l'exigera.
Même s'il n'y a aucun problème, le MTQ continue de surveiller la 155 à la hauteur de Saint-Roch-de-Mékinac et de Trois Rives. Dans la partie sud de la région, le MTQ a à l'oeil le boulevard Bécancour à Bécancour qui se transforme en rang des Soixante à Nicolet.
L'autoroute 40 à la hauteur de Maskinongé et de Saint-Barthélemy fait aussi l'objet d'une attention particulière. Là aussi, aucun problème n'est à signaler pour l'instant malgré l'impressionnant niveau du fleuve à ces endroits. Il y a toujours une distance d'environ 10 mètres avant que l'eau du fleuve atteigne la voie rapide.
Avec Mathieu Lamothe