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Une victime d’abus veut poursuivre l’Église

Agressé sexuellement par un prêtre alors qu’il était enfant à Saint-Ludger en Beauce, Gaétan Bégin souhaite pouvoir entreprendre une poursuite civile contre le diocèse de Québec pour les sévices subis.

Le problème est que l’homme de 78 ans se heurte au délai de prescription de 30 ans qui l’empêche d’entreprendre une poursuite civile et d’obtenir justice.

Les agressions sont survenues dans les années 1950.

« Je veux que l’Église fasse pression auprès du gouvernement du Québec afin que le délai de prescription soit aboli. Je veux obtenir justice avant de mourir. Je ne fais pas ça pour l’argent, mais pour les générations futures. Je peux pouvoir dire à mes petits-enfants que le système de justice du Québec a pris ses responsabilités », affirme M. Bégin.

Gaétan Bégin réclame aussi des excuses formelles de l’Église. Il souhaite que l’Église au Québec suive les déclarations récentes du pape François, qui a signalé que l’Église n’avait pas été à l’écoute des victimes d’abus sexuels par des membres du clergé.

Le pape François a réclamé cette semaine des mesures « concrètes et efficaces » au début d’un sommet au Vatican pour lutter contre les agressions sexuelles de mineurs perpétrées par des membres du clergé, en réponse aux victimes qui souhaitent un électrochoc.

« Ça fait plusieurs dizaines d’années que j’ai été victime et je ne suis pas capable de digérer ça. Ça ne passe pas. Les prêtres qui ont abusé des enfants ont été protégés pendant des siècles malgré tout le mal qu’ils ont fait aux victimes », déplore M. Bégin.

Ce dernier a consulté psychologue et psychiatre pour tenter d’apaiser les séquelles qu’il a portées toute sa vie à la suite des gestes dont il a été victime. Il a aussi suivi tout le protocole en place dans le diocèse de Sherbrooke offert aux victimes.

« J’avais 13 ans lorsque je suis tombé dans le piège. Ma mère était malade et le curé de la paroisse me demandait des nouvelles d’elle. Au début il me faisait des accolades pour me réconforter. Par la suite, il a commencé à me toucher puis à m’agresser sexuellement. Ç’a duré plus de deux ans et demi. Dans ma tête d’enfant et avec ce qu’on nous apprenait, le curé était le représentant de Dieu sur terre. Je croyais que si je lui faisais plaisir, il allait guérir ma mère. Le miracle n’est évidemment jamais arrivé... », se remémore douloureusement M. Bégin.

Ce dernier soutient qu’il s’est rendu à l’archevêché de Québec avec son père pour dénoncer les agissements du curé de Saint-Ludger-de-Beauce dans les années 1960. Démarches qui n’avaient pas donné de résultat.

Le septuagénaire, qui réside à Sherbrooke depuis plus de 50 ans, avait commencé des démarches auprès de l’ancienne ministre de la Justice du Québec Stéphanie Vallée, puis les a reprises auprès de l’actuelle procureure générale du Québec Sonia LeBel.

Il a aussi rencontré le cardinal Gérald Cyprien Lacroix à Québec, l’archevêque de Sherbrooke Mgr Luc Cyr et il a même écrit au pape François à Rome.

« Ce n’est plus à moi d’avoir honte, mais à l’Église catholique d’agir. Tout le monde a beaucoup de compassion avec ce qui m’est arrivé, mais personne ne s’est excusé », affirme Gaétan Bégin qui souhaite mener à terme sa croisade. Avec La Presse

Une volonté mais pas d’échéance à Québec

La députée de Sherbrooke Christine Labrie assure que le sujet a été discuté au comité d’accompagnement pour les victimes de violences sexuelles. L’élue de Québec solidaire siège au sein de ce comité non partisan avec la ministre de la Justice Sonia LeBel, Hélène David du Parti libéral et Véronique Hivon du Parti québécois.

« Il y avait consensus autour de la table pour abolir ce délai de prescription. Cette mesure faisait partie des engagements de la CAQ. C’est une volonté de tous les partis et fait l’objet d’un large consensus. Je ne peux cependant pas me prononcer sur l’échéance. C’est certain que je vais soutenir cette mesure d’abolition du délai de prescription pour les victimes », assure la députée de Sherbrooke.

L’attachée de presse de la ministre de la Justice du Québec Sonia LeBel soutient que cet engagement électoral de la Coalition avenir Québec (CAQ) sera respecté. Dans l’opposition, des députés caquistes avaient fait des sorties publiques en faveur de l’abolition de ce délai de 30 ans.

« Nous tenons à cet engagement. C’est cependant une question complexe qui demande à être analysées sur le plan légal. L’intention est claire d’abolir ce délai de prescription, mais nous ne pouvons établir d’échéance », signale l’attachée de presse Nicky Cayer.

« Rien n’est pris à la légère »

L’archevêque de Sherbrooke Mgr Luc Cyr confirme avoir rencontré Gaétan Bégin.

« Nous l’avons accueilli dans cette grande souffrance qu’il porte depuis longtemps. Nous l’avons écouté, mais nous ne pouvons pas aller plus loin en raison du délai de prescription de 30 ans. La loi est là, mais si la loi change on ne s’y opposera pas », mentionne Mgr Luc Cyr.

« Le dossier est mieux connu à Québec qu’ici. Je ne suis pas à l’aise de parler d’un dossier particulier. Nous allons aider autrement les victimes que par l’abolition du délai de prescription. L’autre aspect qui demeure difficile demeure sur ce que l’on fait lorsque la personne est décédée. Ce sont des situations ambiguës », ajoute Mgr Cyr.

Il signale que l’Église travaille à un autre niveau sur cette question « honteuse ». La crise des abus sexuels s’aggrave depuis l’été 2018 et le pape François a convoqué une réunion sur la protection des mineurs qui se tient depuis jeudi à Rome. Des victimes d’abus sexuels par des membres de l’Église s’y sont d’ailleurs fait entendre.

À Sherbrooke, le diocèse avait été frappé par des cas d’abus sexuels des prêtres Richard Bouffard et Daniel Pichette, qui avaient éclaté en 2005 et 2007 pour des gestes du passé. Les deux prêtres avaient écopé de peine de prison à la suite de poursuites criminelles.

Cinq victimes de l’abbé Pichette avaient obtenu des compensations financières à la suite d’une poursuite civile.

Une politique d’encadrement sécuritaire des intervenants tant bénévoles que salariés a été mise en place depuis ces événements à l’archidiocèse de Sherbrooke.

« Dans les cas qui nous concernent, les victimes ont été soutenues. Nous ne voulons plus qu’il y ait d’autres victimes. Ce sont des situations très tristes. Nous avons publié l’année dernière un ouvrage sur la protection des mineurs contre les abus sexuels pour que chaque diocèse aille plus loin dans la prévention et dans les suivis lorsqu’il y a des allégations. Rien n’est pris à la légère. Le mot d’ordre est tolérance zéro. On travaille à mettre en place un environnement sécuritaire pour notre personnel et nos bénévoles », assure Mgr Luc Cyr.

Justice et faits divers

De chanteur à fraudeur

Le Baieriverain Maxime-Alexandre Tremblay, vice-champion du concours de chanson Propulse ta voix 2018, ne retrouvera pas, pour les 18 prochains mois, un public aussi chaleureux et enchanté de l’entendre, lui qui vient de prendre le chemin de la détention. L’accusé n’a fait preuve d’aucun remords, ce que le juge n’a guère apprécié.

Tremblay, 29 ans, a plaidé coupable à une première fraude de 46 887,53$ et à une deuxième d’environ 1200$ auprès de deux dames de La Baie, entre 2014 et 2015, et de bris d’engagement.

Éducation

Les CPE inquiets: l’opposition aux maternelles quatre ans s’organise

Le milieu des services de garde organise sa riposte, déterminé à convaincre le gouvernement Legault de renoncer au déploiement des maternelles quatre ans.

Des porte-parole des Centres de la petite enfance (CPE) ont réaffirmé vendredi leur opposition à ce projet, demandant au gouvernement de reculer, pour investir plutôt dans le réseau des CPE, qui demeure inachevé.

La directrice générale du Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPE), Francine Lessard, et la présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ), Valérie Grenon, tenaient à assister à l’interpellation en Chambre du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, vendredi matin, qui portait sur le sujet.

Ce dernier a dû, pendant deux heures, défendre ses positions, alors que les partis d’opposition dénonçaient les impacts négatifs appréhendés sur les services de garde de l’implantation prochaine, sur tout le territoire, de 5000 classes de maternelles pour les enfants âgés de quatre ans.

Dans le milieu des garderies, on reproche au gouvernement de demeurer sourd à l’inquiétude affichée dans le réseau, qui dit craindre la compétition des futures maternelles quatre ans.

Dans les semaines qui viennent, le CQSEPE, la FIPEQ-CSQ et l’Association des cadres des CPE (ACCPE) multiplieront les démarches, à l’occasion d’une tournée de 17 régions, pour faire signer une pétition réclamant le rejet du projet de déploiement des maternelles quatre ans partout au Québec d’ici la fin du mandat, comme s’est engagé à le faire le premier ministre François Legault.

Déjà, 25 000 personnes ont signifié leur appui à la démarche, dans la version électronique de la pétition.

En entrevue, la présidente du CQSEPE, Francine Lessard, a fait valoir que le gouvernement faisait fausse route en justifiant sa décision en disant qu’il fallait agir tôt pour dépister les problèmes d’apprentissage des enfants.

«Agir tôt, c’est pas à quatre ans. Agir tôt, c’est au jour un. C’est quand l’enfant est tout petit», a-t-elle soutenu, rappelant que les éducatrices en CPE faisaient déjà du dépistage précoce de troubles d’apprentissage.

Elle s’interroge sur les véritables motifs du gouvernement. «On ne comprend pas l’acharnement» du gouvernement et du premier ministre dans ce dossier, a-t-elle ajouté, précisant que les parents étaient satisfaits du service offert actuellement et n’avaient jamais demandé l’implantation de ces prématernelles.

Elle croit que le premier ministre est en fait «un peu coincé» avec sa promesse électorale, convaincue que ce sont les CPE et «les enfants de quatre ans qui vont en faire les frais».

«Ça ne répond pas à un besoin de la population», a renchéri Valérie Grenon, de la FIPEQ-CSQ, inquiète de voir que les centaines de millions promis pour les maternelles quatre ans ne serviront pas à consolider le réseau des CPE.

Pendant ce temps, en Chambre, durant l’interpellation, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a gardé le cap.

Il s’est dit conscient des inquiétudes manifestées dans le réseau des CPE et a tenté de se faire rassurant.

«Ma porte est ouverte», a-t-il dit, à l’intention des opposants au projet controversé.

Il a insisté pour dire que les maternelles quatre ans à venir ne devaient pas être perçues comme une menace aux CPE. Les deux réseaux ne doivent pas être mis en opposition, a-t-il tranché.

«On travaille en équipe», a commenté le ministre, en s’engageant à assurer «la cohérence des deux réseaux».

Pourtant, la porte-parole libérale, la députée Jennifer Maccarone, a dit qu’elle avait «rarement vu autant de gens de différents milieux partager la même vision: la maternelle quatre ans pour tous, ce n’est pas une bonne idée».

«Le réseau de l’éducation dit qu’ils n’ont ni les moyens, ni les ressources, ni l’expertise, et encore moins les espaces. Le réseau de la petite enfance rappelle qu’ils ont l’expertise, les installations et les ressources nécessaires pour dépister les problèmes chez les enfants. Ils sont les spécialistes en matière de petite enfance. Les chercheurs, eux, affirment que la maternelle quatre ans pour tous, c’est une mauvaise affaire pour tous», a fait valoir la députée.

La députée péquiste de Gaspé, Méganne Perry-Mélançon, s’est interrogée à savoir si les prématernelles constituaient «la meilleure mesure à mettre de l’avant, au meilleur moment? Est-ce qu’il n’y aurait pas d’autres moyens, moins coûteux ou plus efficaces, comme le déploiement, par exemple, universel de professionnels au sein même des CPE», pour assurer le dépistage des troubles d’apprentissage?