Vingt pompiers forestiers du Québec partent combattre les feux en Australie

Helen Moka
La Presse canadienne
MONTRÉAL — Vingt pompiers forestiers du Québec s’envoleront dimanche pour l’Australie afin de contribuer à la lutte contre les incendies gigantesques qui ravagent le pays depuis septembre et qui ont fait au moins 27 morts, selon les médias australiens.

Nicolas Ouellet est l’un d’eux. Ce Sherbrookois, qui travaille depuis 12 ans pour la SOPFEU, est rattaché à la base de Duchesnay, près de Québec.

Comme 68 autres collègues canadiens, M. Ouellet va d’abord converger vers Vancouver d’où cette deuxième vague de pompiers forestiers canadiens s’envolera à destination de l’Australie.

«Je n’ai jamais eu de mandat à l’extérieur, donc c’est mon premier», reconnaît d’emblée Nicolas Ouellet en entrevue à La Presse canadienne avant son départ.

«Ça demande une bonne discussion familiale et une bonne organisation pour partir quasiment 40 jours», raconte ce père de famille qui laisse derrière lui son fils de trois ans et sa conjointe, non sans préciser que sa décision est acceptée par la famille.

«Oui, absolument! Je vous dirais même qu’il y a une petite partie de fierté qui apparaît, dit-il en référence à ses proches.»

«Si des gens sont capables de s’impliquer, je pense que ça vaut la peine, souligne le pompier. Les gens ont beaucoup perdu là-bas. Ils vivent l’enfer. Le petit geste qu’on peut faire fera peut-être une grosse différence.»

Les Québécois nombreux

À la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU), le coordonnateur à la prévention et aux communications Stéphane Caron souligne à quel point on était agréablement surpris par le nombre de pompiers forestiers qui se sont portés volontaires pour cette mission de 31 jours, d’autant plus que la plupart des pompiers forestiers du Québec occupent un autre emploi durant l’hiver.

«Dès la fin novembre, la SOPFEU a commencé à faire le tour de ses pompiers qui ne sont pas en ce moment à l’emploi, parce que notre saison de feux, c’est l’été, affirme M. Caron. On a fait le tour de tout le monde pour savoir qui était prêt à aller en Australie si l’on avait besoin d’aide et après ça, la demande est venue réellement et le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC) a coordonné l’aide en faisant le lien avec les différentes provinces.»

Par ailleurs, 28 spécialistes canadiens en gestion des feux sont déjà arrivés à Melbourne, ce week-end, selon ce qu’a indiqué le CIFFC sur son compte Twitter. Parmi eux, il y a les Québécois Garry Pearson de la base de Maniwaki, Hugo Bergeron de la base de Duchesnay et Alain Lajeunesse, gestionnaire des équipes de feux majeurs de la SOPFEU.

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Au total, la SOPFEU y déploie 26 membres de son personnel, soit 20 pompiers forestiers et six spécialistes ou membres de la coordination. Ils y apporteront leur expertise et feront le lien entre leurs troupes et la province. Leur rôle sera aussi de documenter le combat des feux de forêt en Australie pour ramener les connaissances acquises au Canada et au Québec.

«Au-delà du fait que c’est très important de s’entraider […] le grand intérêt c’est l’expérience acquise par les gens qui se déplacent. On a des pompiers qui vont voir des situations différentes, qui vont ramener un bagage incroyable en termes d’expertise», explique le porte-parole de la SOPFEU.

«Au Québec, on a moins de feux de grande ampleur, mais on n’est pas à l’abri de ça. Puis la journée que ça arriverait au Québec, on va être très content d’avoir des gens qui ont vécu une situation semblable», soutient Stéphane Caron.

Combattre les feux de forêt en Australie après Fort McMurray en Alberta.

Des feux de forêt, Nicolas Ouellet en a combattu plusieurs au Québec et une dizaine dans l’Ouest canadien, dont celui de Fort McMurray en Alberta, mais contrairement à 2016, cette fois il se lance un peu dans l’inconnu. Avant de partir, il n’avait pu parler à qui que ce soit sur place. Outre ce qui a été rapporté par les médias, ce n’est qu’une fois qu’il aura les instructions des autorités australiennes sur place qu’il saura ce qui l’attend réellement.

«Je te dirais que lorsqu’on est pompier forestier, il faut être capable de pouvoir faire face à l’imprévisible», fait valoir M. Ouellet qui souligne que l’esprit d’équipe est omniprésent dans l’univers des pompiers.

«C’est un beau travail pour l’esprit d’équipe, donc ça ne m’inquiète pas trop», dit-il.

Chose certaine, les pompiers forestiers du Québec et du Canada qui ont combattu les flammes à Fort McMurray en Alberta ont eu un avant-goût d’un brasier menaçant pour sa population. Le sinistre avait détruit un dixième de la ville, soit plus de 2400 bâtiments, forçant l’évacuation de 88 000 personnes. Toutefois, on ne peut comparer les deux catastrophes puisque les feux en Australie sont d’une ampleur encore jamais vue pour eux.

«Le feu de Fort McMurray a pris un an à éteindre», souligne Stéphane Caron de la SOPFEU pour donner une idée du défi qui attend les pompiers forestiers.

«Le grand feu de Fort McMurray a continué de couver sous la neige. Donc le travail d’un pompier forestier, c’est aussi de détecter tous les points chauds qui couvent sous le sol pour les éliminer et ça, il y a encore beaucoup, beaucoup de travail à faire en Australie, même quand la situation va commencer éventuellement à être moins critique et à se rétablir.»

Deuxième vague de Canadiens en renfort

Au total, le Canada aura fourni 172 personnes-ressources à l’Australie depuis le début de décembre dans trois États distincts, selon le CIFFC qui coordonne les opérations.

De la première vague de 95 Canadiens déployés en Australie — aucun Québécois ne figurait parmi eux —, la plupart sont rentrés au pays le 3 décembre, selon M. Caron.

Les feux de forêt en Australie ont détruit plus de 2000 résidences et rasé plus de 10,5 millions d’hectares, principalement dans l’État de Nouvelle-Galles-du-Sud, soit l’équivalent du Portugal, selon les médias locaux.