Rien ne laissait présager que Stéphane Boucher (à gauche) serait victime d’un arrêt cardiaque durant le match du 2 novembre à Trois-Rivières, entre les Élites de Jonquière et les Estacades. Le Dr Simon Drouin a pu effectuer rapidement les manoeuvres de réanimation.

Victime d'un arrêt cardiaque: une vie sauvée à l’aréna

Le 2 novembre, Stéphane Boucher assistait au match de son fils Anthony Munroe-Boucher avec les Élites de Jonquière à Trois-Rivières lorsque sa vie a basculé. Victime d’un arrêt cardiaque, le paternel a eu la chance que le Dr Simon Drouin soit assis juste dans la rangée devant. Il est intervenu rapidement et a réussi à le réanimer.

Les deux hommes, qui sont maintenant unis par un lien indéfectible, se connaissaient déjà puisque leurs fils demeurent à la même pension, en plus d’évoluer sur le même trio avec les Élites. Vendredi, dans le cadre du Challenge midget CCM qui se déroule à La Baie, les deux hommes ont accepté de revenir sur ces moments fertiles en émotions qui se sont soldés par un dénouement heureux.

«C’était évident qu’il se passait quelque chose d’anormal. J’ai bien vu que (Stéphane) était en arrêt cardio-respiratoire complet. C’est sûr que ça prend quelques secondes, voire quelques minutes pour savoir ce qui se passe. Il faut prendre le pouls, ce qui n’est pas évident parce qu’il est assez costaud, raconte le Dr Drouin en entrevue.

«Les gens ont paniqué un peu. Moi, je suis à l’aise dans ma salle de choc à l’urgence et dans ma salle d’opération, mais dans un aréna avec quelqu’un de proche, ce n’est pas pareil; tu n’es pas sûr de ce qui se passe. Et je ne le connaissais pas assez pour savoir ses antécédents.»

Stéphane Boucher et Simon Drouin.

Même s’il a été le principal acteur de cette intervention, le Dr Drouin a pu profiter d’un heureux concours de circonstances qui a fait en sorte que plusieurs personnes ont pu l’aider pour secourir M. Boucher.

En effet, parmi les personnes présentes, la tante d’un joueur des Élites qui est infirmière ainsi qu’une autre dame qui connaît les manoeuvres l’ont appuyé. L’un des arbitres en chef en action, Mathieu Binette, est un ambulancier dans la vraie vie. Il a calmé les joueurs et les spectateurs qui étaient en panique dans le Centre sportif Alphonse-Desjardins pour ensuite apporter son aide. L’entraîneur adjoint et la thérapeute des Élites se sont aussi portés en appui.

Le hasard a bien fait les choses puisque le Dr Drouin avait songé à ne pas assister au match à Trois-Rivières, car il se sentait fatigué. Il a finalement décidé de s’y rendre, une décision qu’il ne regrette certainement pas quand on connaît la suite des événements.

Pas une première

Vendredi, c’était la deuxième fois que les deux hommes se revoyaient depuis les événements. «La première fois, ç’a m’a fait de quoi, avoue le Dr Drouin dont les retrouvailles avec Stéphane Boucher ont été chargé d’émotions.

«Vous pouvez être sûre que si Stéphane n’était pas là (aujourd’hui), ce ne serait pas si l’fun que ça, ce tournoi-là. Heureusement, ç’a bien fini... Et ça finirait encore mieux si on gagnait le tournoi!», ajoute-t-il en riant, heureux que son ami se porte mieux.

C’est la deuxième fois que le Dr Drouin procède à la réanimation d’un spectateur dans un aréna. Un homme avait été victime d’un arrêt cardiaque il y a environ cinq ans, lors du Tournoi pee-wee de Québec. «Il y avait une ambulancière-infirmière avec moi et nous avions utilisé le défibrillateur qui avait déclenché deux fois (envoi d’un choc électrique), se souvient-il. Mais dans le cas de Stéphane, le temps qu’on ait le défibrillateur, il avait commencé à reprendre conscience et il avait un pouls», relate Simon Drouin qui a depuis le réflexe de vérifier l’emplacement du défibrillateur lorsqu’il entre dans un nouvel aréna!

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LES REMERCIEMENTS D'UN PÈRE

Stéphane Boucher n’a aucun souvenir des événements du 2 novembre. Tout au plus, le père d’Anthony Munroe-Boucher se souvient d’avoir quitté la maison avec sa conjointe et sa bru pour se rendre au Centre sportif de Trois-Rivières, mais à peu près rien de la rencontre entre les Élites de Jonquière et les Estacades.

«J’ai débarqué de l’auto avec François, un ami qui est père du gardien. Mais après ça, je ne me rappelle de rien. Quand je me suis réveillé, je ne savais pas si c’était le soir ou le jour. Il y avait un monsieur et une madame à côté de moi à l’hôpital. Je ne me souviens pas de la première période non plus», confie celui qui a reçu un pacemaker pour contrer son problème d’arythmie cardiaque maligne.

Stéphane Boucher a été chanceux dans sa malchance. Il n’avait pas d’antécédents familiaux ni de symptômes précurseurs et son arrêt cardiaque aurait pu survenir n’importe où, à n’importe quel moment. Il a séjourné cinq jours à l’hôpital de Trois-Rivières avant d’être transféré pour six jours à l’hôpital Laval (Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec). Depuis, il a recommencé à bouger, notamment en faisant de la marche. Il doit surtout apprendre à écouter son corps. «J’ai la petite crainte de savoir ce que ça va faire quand (le pacemaker) va partir, ce que ça va faire», avoue-t-il.

Mille mercis

Dans toute cette aventure, Stéphane Boucher tient à remercier sincèrement toutes les personnes qui ont contribué à lui sauver la vie et tous ceux et celles qui ont pris en charge les membres de sa famille durant la tourmente.

Avant de se joindre aux Élites, Anthony avait évolué à Trois-Rivières et c’est sans doute pourquoi les deux équipes en action ont été sous le choc. La famille Boucher est bien connue et visiblement appréciée. «Je voudrais aussi remercier les gens de Trois-Rivières, les Tourigny, la famille Bolduc qui a pris mon fils et sa blonde en charge, etc. Les gens ont été très très gentils», souligne M. Boucher.

Même chose pour la famille de pension d’Anthony et de Charles-Édouard, Rémi Deblois et Gina Lapierre. Cette dernière est une ancienne infirmière et elle a su rassurer Anthony et répondre à ses questions. 

Ce dernier n’a pas assisté à la reprise du match le 30 novembre. Il n’a pas voulu tenter le diable, car il ne savait pas comment lui et son fils allaient réagir.

En fin de semaine, il sera certainement le meilleur stimulant pour les Élites. Et les parents des joueurs seront fort heureux de constater qu’il remonte bien la pente. «Lui, il ne le sait pas, mais cette fin de semaine là, les jeunes retournaient chez eux après le match du vendredi. Le dimanche, lorsque les jeunes sont revenus prendre l’autobus à Québec, les parents qui avaient vécu ça n’avaient pas dormi de la fin de semaine. Ça leur revenait toujours en tête, raconte le Dr Simon Drouin. Même quand tu es habitué, ce n’est pas plaisant, alors pour des gens qui n’ont jamais vécu ça... Mais quand ça finit bien, c’est beaucoup plus facile.»