Pour Soccer Outaouais, les frais de vérification atteignent 32 000 $ par an. « C’est rendu que pour faire du bénévolat, ça coûte de l’argent », déplore le DG de l’organisme, Richard Gravel.

Vérification des antécédents judiciaires des bénévoles: Soccer Outaouais frappé de plein fouet

Des équipes de soccer de l’Outaouais pourraient assurément être en péril en raison de la hausse des frais de vérification des antécédents judiciaires de ses bénévoles.

Depuis 2015, la vérification des antécédents judiciaires des bénévoles ne se fait plus gratuitement par la Sûreté du Québec (SQ). Le gouvernement du Québec a plutôt confié la tâche à des firmes privées, ce qui force les organismes à débourser des frais de 40 $ à 80 $ par demande. Plusieurs organismes n’ont tout simplement pas les moyens d’assumer de tels coûts.

L’organisme Soccer Outaouais compte près de 1000 bénévoles annuellement. Environ 600 d’entre eux œuvrent sur le territoire de Gatineau et 400 se situent dans les MRC avoisinantes. S’il n’y a aucuns frais à débourser pour les équipes gatinoises, en raison de l’entente avec le Service de police de la Ville de Gatineau, la situation est bien différente ailleurs en Outaouais. « C’est sûr que pour les clubs qui sont à l’extérieur du territoire de Gatineau, c’est complètement fou. Ça fait mal et ça décourage les bénévoles parce que c’est rendu que pour faire du bénévolat, ça coûte de l’argent. Avec tous les bénévoles qu’on a dans l’organisation, à coup de 80 $, ça donne des frais de vérification de 32 000 $ annuellement », explique le directeur général de Soccer Outaouais, Richard Gravel.

« En plus, le gouvernement du Québec est de plus en plus exigeant, poursuit-il. Il y a de plus en plus de vérifications à faire auprès de l’exécutif, des entraîneurs et des arbitres. Tout ça a un coût en temps, mais surtout en argent. Ça met ces clubs-là en danger. Pour l’instant, on s’en sort, mais disons que c’est limite pas mal. »

Des mois de délais

Un autre problème majeur pour Soccer Outaouais est le délai requis pour traiter la demande. « Après les vérifications, on recevait le feu vert seulement à la fin août. La saison commence au mois de mai. Ça n’a pas de bon sens. On fait les demandes en mars et en avril. Même que dans les plus petites municipalités, on vient de recevoir les vérifications de l’année passée. On aimerait que le système soit plus efficient. On voudrait que quand l’entraîneur embarque sur le terrain, il aille déjà sa vérification. »

Il y a deux ans, Soccer Outaouais avait interpellé le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, pour lui faire part du problème. « Ç’a été très bien reçu de la part de la Ville. Je faisais des vérifications dernièrement et je peux dire que la Ville s’est améliorée de 50 % au niveau de la vitesse des traitements au cours de la dernière année. Évidemment, on ne va pas lâcher le morceau, mais c’est déjà un pas dans la bonne direction. »

Selon M. Gravel, le mot d’ordre de la Fédération de soccer du Québec est de poursuivre ses pressions sur le gouvernement et sur les municipalités. « On va continuer d’interpeller les municipalités. Elles sont chanceuses d’avoir des bénévoles qui donnent de leur temps, mais il faut qu’il y ait des budgets d’alloués pour ça. »

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D'AUTRES OPTIONS POUR ASSURER LA SÉCURITÉ DES BÉNÉFICIAIRES

Des organismes de bienfaisance pourraient être tentés de mettre une croix sur la vérification des antécédents judiciaires des bénévoles, au profit d’autres stratégies, afin d’assurer la sécurité de leurs bénéficiaires. 

« C’est sûr que nous, on va encourager nos organismes à ne pas payer le 80 $ pour faire cette vérification », confie le directeur général la Fédération des centres d’action bénévole du Québec, Fimba Tankoano, en entrevue avec Le Droit.

À ses yeux, le gouvernement donne l’impression que « les populations que nous desservons ne sont pas suffisamment vulnérables pour qu’il se préoccupe de leur sécurité ».

Les organismes ont déjà plusieurs moyens à leur disposition pour s’assurer que les bénévoles ne sont pas malveillants. « La vérification judiciaire n’est qu’un moyen parmi d’autres moyens, explique M. Tankoano. Par exemple, si un bénévole a déjà fait du bénévolat ailleurs, on va appeler ces organismes-là et prendre des références. On peut aussi faire une enquête sociale qui permet, avec le consentement du bénévole, d’appeler ses voisins et ses amis afin de savoir qui est cette personne-là. On regarde aussi les plumitifs dans les palais de justice. »

M. Tankoano souligne que ces moyens sont moins coûteux, mais qu’ils ne fournissent pas le portrait complet du bénévole. « Si un bénévole a commis un crime hors Québec, c’est plus difficile d’obtenir toutes les informations nécessaires. La meilleure option demeure la SQ. Pour nous, c’est la crème de la crème en termes de vérification. »

Contradiction

M. Tankoano donne l’exemple des 523 organismes québécois qui offrent des services de déclaration d’impôts à des personnes à faibles revenus. Il précise que 165 000 rapports d’impôts sont produits annuellement par des bénévoles. Il est d’avis que la vérification des antécédents judiciaires est primordiale. Cependant, il juge contradictoire que les organismes doivent payer pour offrir un service au gouvernement.

« D’un côté, le gouvernement nous oblige à faire la vérification, de l’autre côté, la SQ et le ministère de la Sécurité publique nous disent que les bénéficiaires de ce programme de déclaration d’impôts ne sont pas catégorisés comme des personnes vulnérables, donc ils ne peuvent pas nous offrir la vérification des antécédents judiciaires gratuitement. Ils nous demandent donc de payer pour offrir un service gouvernemental. »