Sophie Lavoie-Coursolle et sa mère Lise Lavoie ont partagé leur histoire, mercredi à la Capsule Bistro Cinéma, lors du dévoilement des résultats de l’étude sur l’exploitation sexuelle en Estrie.

Une survivante de l'exploitation sexuelle et sa mère se confient

Une ancienne travailleuse du sexe et sa mère ont offert un témoignage percutant et émouvant, mercredi, à la Capsule Bistro Cinéma. Il accompagnait le dévoilement des résultats d’une étude sur l’exploitation sexuelle en Estrie réalisée par le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de l’Estrie (CALACS Agressions Estrie).

Devant une salle pleine, accompagnée de sa mère, Sophie Lavoie-Coursolle a partagé son histoire en relatant son entrée dans l’industrie du sexe, sa sortie ainsi que les marques et conséquences qu’elle traine aujourd’hui avec elle.

Lire aussi: La prostitution chez les adolescentes est bien présente

« Je n’ai jamais eu peur d’en parler. C’est ma sorte de thérapie de pouvoir en parler. Si je peux aider les gens à s’en sortir en même temps, c’est génial ».

CALACS Agression Estrie a dressé ce portrait sur l’exploitation sexuelle à la suite de recherches pour le projet d’envergure Émeraude. Ces résultats rendus publics s’inscrivent dans la première phase du projet. La prochaine étape sera la tenue de formations et d’ateliers pour les intervenants et la population au sujet de l’exploitation sexuelle.

« Je pense que c’est bien. Mais je pense qu’on devrait plus impliquer des femmes qui ont vécu là dedans, pour en aider d’autres », explique Sophie.

« Personnellement, quand j’étais en centre jeunesse, mon intervenant ne m’aidait pas. Tu te sens plus comprise si tu parles à des survivantes. Quelqu’un qui l’a vécu ne peut pas te juger, elle l’a fait aussi. »

L’étude a d’ailleurs révélé que l’âge en demande pour les prostituées diminue. Ce qui augmente le risque pour les jeunes filles de 14 et 15 ans. Sophie acquiesçait à contrecœur à cette information. « Vers 14 ans, je voulais me sentir aimée et je cherchais mon identité. Je me suis tournée vers les gangs de rues », raconte-t-elle.

« C’est là que j’ai rencontré un gars qui m’a initiée. Il m’a amenée dans un bar de danseuses ». C’est quand ce même garçon l’a trompée avec une de ces danseuses qu’elle s’est dit qu’elle pouvait danser elle aussi, à seulement 17 ans.

« La pire erreur »

Écrasée par les dettes vers 20 ans, elle demande l’aide d’un proxénète. « Ç’a été la pire erreur de ma vie. »

Jusqu’à environ 24 ans, Sophie a connu les envers de la prostitution à Montréal, Toronto et Calgary. « Je pensais que c’était un choix, mais il n’y a pas un être humain au monde qui peut choisir de vendre sa sexualité. Ce n’est pas normal », a-t-elle lancé à l’audience.

Cela fait maintenant six ans que Sophie a fermé la porte à l’industrie du sexe. « Je suis encore en processus de sortie. C’est extrêmement dur. Il faut apprendre à ne plus juste s’identifier comme une ancienne prostituée ».

Sa mère Lise Lavoie a exprimé le regret de ne pas avoir eu de l’aide d’une organisation comme CALACS lors des durs moments. « J’aurais aimé ça parler avec d’autres parents. Avoir un réseau. Savoir que je suis pas toute seule là-dedans », exprime-t-elle.

Les deux femmes ont lancé une page Facebook afin de partager leur histoire et d’inciter les personnes prises, de loin ou de proche, dans l’industrie du sexe à en parler. Elles ont répété à plusieurs reprises qu’elles se font un plaisir de répondre à toute question.

Marie-Michèle Whitlock du CALACS, qui a mené l’étude sur l’exploitation sexuelle, a mentionné être privilégiée de recevoir les deux femmes lors du dévoilement des résultats, afin de parler concrètement des conséquences négatives du milieu sur la vie des jeunes filles et de leur famille.