Une victime de violence conjugale voudrait venir en aide à d’autres femmes.
Une victime de violence conjugale voudrait venir en aide à d’autres femmes.

Une survivante de la violence conjugale veut devenir procureure de la Couronne

Julie* s’est réfugiée dans un centre pour femmes de l’Outaouais afin d’échapper à la violence conjugale en 2018. Plainte à la police, processus judiciaire, témoignage contre son ex-conjoint et reconstruction psychologique sont autant d’épreuves que d’étapes pour remporter son combat pour la liberté. Deux ans plus tard, Julie rêve de retourner au palais de justice, mais cette fois dans le rôle d’une procureure de la Couronne.

La jeune femme a tenu à raconter sa détresse, sa réalité et son rêve, vendredi, au juge Gaston Paul Langevin.

Dans une salle du palais de justice de Gatineau, elle a croisé son ex, alors qu’il recevait une absolution conditionnelle du tribunal, assortie d’une période de probation d’un an et d’une liste de personnes et d’adresses à éviter. Il devra verser 2000 $ à un organisme soutenant les maisons pour femmes.

« Si je suis ici aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour moi, mais pour toutes les femmes qui ont été victimes de violence conjugale. J’ai une pensée particulière pour ces femmes qui n’ont plus la chance de s’exprimer. Ces dizaines de femmes qui chaque année en décèdent... »

Entre deux sanglots, elle a repris son souffle, décrit son vécu, raconté la peur de marcher seule « sans ressentir des mains qui m’agressent » et la crainte de croiser cet homme qui l’a harcelée à lui en faire craindre pour sa vie.

« Je ne suis pas qu’une victime », dit-elle. Elle reconnaît aujourd’hui sa valeur d’universitaire brillante.

« Lorsqu’on me demande quel domaine m’intéresse, je réponds (que c’est) le droit criminel au Directeur des poursuites criminelles et pénales. Parce que Me Stéphany Robitaille (la procureure au dossier) est ma plus grande inspiration de force et de soutien. Je suis étudiante universitaire, et je sais qu’un jour, je serai à mon tour dans les couloirs du palais de justice pour défendre les intérêts des victimes qui n’ont pas toutes la chance d’avoir une voix. »

Dans la tourmente, elle a aussi pu compter sur des intervenantes du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels, d’un centre d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, et sur des policières qui l’ont écoutée « sans jugement ». Elle a salué « ses belles amies » et sa famille qui l’ont soutenue alors qu’elle-même ne se reconnaissait plus.

Le juge Langevin a accepté la proposition commune de la Couronne et de la défense.

L’accusé, qui n’a pas d’antécédent, a plaidé coupable et a accepté de respecter les conditions imposées dans le cadre de sa probation, ce qui lui permet de bénéficier d’une absolution conditionnelle.

* Nom fictif afin de protéger l’identité de la victime