Une pharmacienne radiée pour avoir travaillé sous l'effet de stupéfiants

Valérie Bélanger, une ex-pharmacienne de 34 ans qui a notamment été à l’emploi d’une pharmacie à Jonquière et Québec, a été radiée pour deux ans par le Conseil de discipline de l’Ordre des pharmaciens du Québec. Consommatrice de drogues depuis l’âge de 15 ans, elle a travaillé sous l’effet de stupéfiants, a volé des médicaments à son employeur et a conservé des médicaments qu’un patient lui avait remis pour destruction.

Elle a plaidé coupable à cinq chefs pour « avoir exercé la pharmacie dans un état susceptible d’affecter la qualité du service, de s’être approprié des médicaments et d’avoir fait usage de médicaments à des fins personnelles », le 21 novembre dernier. La décision a été rendue le 27.

Son plaidoyer est intervenu à la suite d’une suggestion commune. Elle a écopé de cinq peines concurrentes de radiation temporaire allant jusqu’à deux ans. Sa radiation ne prendra effet que lorsqu’elle décidera de réintégrer l’Ordre des pharmaciens du Québec qu’elle a quitté le 1er avril 2018. Advenant un éventuel retour à la profession, elle devra respecter un Protocole d’encadrement de retour à la pratique, auquel elle s’est engagée le 21 novembre.

Dans la plainte, il est mentionné qu’en 2017, elle « a commis un acte dérogatoire en exerçant la pharmacie dans des circonstances ou états susceptibles de compromettre la qualité de son service » au Conseil Cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James et à la Pharmacie Ghislain Labbé à Jonquière. En 2014 et 2015, à la Pharmacie Jean-Philippe Simon à Québec, elle « s’est approprié, sans les payer, des médicaments », soit du Limasil et du Sporanox (pour le traitement de mycoses). Puis, au même endroit en 2017, « elle a accepté le retour d’un médicament, notamment du Vyvanse (NDLR : qui peut servir à traiter le TDAH), autrement que dans le but d’assurer, à la demande du patient, la destruction ».

Dénoncée par une fréquentation

Valérie Bélanger a été dénoncée en juin 2017 par une ancienne fréquentation qui a envoyé un courriel au Bureau du syndic de l’Ordre afin de les informer qu’elle s’appropriait des médicaments à même les retours effectués par les clients à la pharmacie. « Il précise que Mme Bélanger lui a avoué qu’elle était ‘‘accroc au speed’’ et qu’elle ne pouvait fonctionner sans en avoir consommé. »

À la suite de cette dénonciation, le syndic adjoint obtient le 7 septembre auprès de son employeur, Excel Pharma (une agence de placement de pharmaciens remplaçants), une liste des mandats complétés.

Le syndic adjoint constate que pour un remplacement effectué dans une pharmacie à Jonquière, les 1er, 2 et 3 septembre 2017, Mme Bélanger n’a pas été en mesure de compléter son mandat. « En effet, ses crises de larmes et ses propos délirants ont eu pour conséquence que la pharmacie ferme prématurément. » Dans son enquête, le syndic adjoint a appris d’une technicienne en pharmacie qui était présente que « Mme Bélanger pleurait constamment et elle avait de la difficulté à se concentrer, si bien qu’elle n’a pas été en mesure de servir les deux derniers clients. La pharmacie a donc été forcée de fermer ses portes vers 15 h le 3 septembre 2017, puisque Mme Bélanger n’était pas en contrôle de la situation .»

De plus, il est révélé que « lorsque Mme Bélanger est admise à l’hôpital de Chicoutimi le 7 novembre 2017, l’analyse du dépistage urinaire de drogues de rue démontre la présence d’amphétamines (speed), de cannabinoïdes (cannabis), de méthamphétamines et de MDMA (ecstasy) ».

Trois semaines plus tard, son dossier médical, lors de sa visite dans un hôpital de Québec, révèle « qu’elle consomme du cannabis depuis qu’elle a 15 ans et des amphétamines depuis deux ans ».

Des « gestes graves »

Dans sa décision, le Conseil de discipline mentionne que « les gestes commis par Mme Bélanger sont graves. Sa conduite porte ombrage à l’ensemble de la profession et mine la confiance que le public doit avoir envers la profession ».

Plus loin, il est souligné que la sanction aurait pu être beaucoup plus sévère. Toutefois, son plaidoyer de culpabilité et le protocole de retour ont été considérés comme des facteurs atténuants.

Cependant, le Conseil dit s’inquiéter des conséquences néfastes pour elle d’une éventuelle reprise du travail.

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ELLE ADMET AVOIR PERDU CONTACT AVEC LA RÉALITÉ

Valérie Bélanger, qui a avoué « probablement avoir été une pharmacienne négligente et dangereuse », se retrouve aujourd’hui devant presque rien. « Elle n’est plus pharmacienne depuis le 1er avril 2018. Elle a fait cession de ses biens au mois de juin 2018. Elle n’occupe aucun emploi et ses seuls revenus proviennent des montants qu’elle retire du régime enregistré d’épargne-retraite qu’elle a accumulé », indique la décision du Conseil de discipline.

De plus, « elle consomme toujours à l’occasion, mais moins régulièrement en raison de sa situation financière difficile. Elle n’a suivi aucune thérapie et ne consulte aucun professionnel. Elle ne peut compter sur le support de sa famille, mais elle a un nouvel ami proche », est-il aussi mentionné.

Dans ses aveux, elle « dit avoir commencé à perdre contact avec la réalité au mois de mars 2017. Elle confirme avoir consommé des amphétamines au travail en plus d’avoir travaillé comme pharmacienne après avoir consommé du cannabis et de l’alcool ». Valérie Bélanger a indiqué que ce comportement s’est produit à plusieurs reprises.

Elle a raconté au syndic, lors de l’enquête, que la veille du 3 septembre 2017, lors de son remplacement à Jonquière, « elle et son ancien copain ont consommé de l’alcool, du cannabis et des amphétamines ».

Ainsi, elle consommait du cannabis, alors illégal, sept jours sur sept, et des « amphétamines cinq jours sur sept à raison d’un quart à 1,5 comprimé par jour ».

L’ancienne professionnelle de la santé a reconnu « qu’elle n’aurait jamais dû devenir pharmacienne ». Elle a souffert « d’épisodes sérieux de psychoses et a dû être admise pour des séjours prolongés en centres hospitaliers ».