La procureure aux poursuites criminelles Me Gabrielle Cloutier plaide pour l’imposition d’une peine de 15 mois.
La procureure aux poursuites criminelles Me Gabrielle Cloutier plaide pour l’imposition d’une peine de 15 mois.

Une passe échappée qui a fait basculer la vie d’un footballeur universitaire

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
 Fin de troisième quart au match de finale de la Coupe Vanier en 2017.

Le Rouge & Or de l’Université Laval est à portée de la ligne des buts des Mustangs de Western Ontario.

Champion canadien en titre, Laval tire alors de l’arrière par deux touchés.

Le quart-arrière Hugo Richard lance une passe dans la zone des buts en direction du receveur Chadrick Tchanga-Henry, à qui tout réussit depuis son jeune âge.

La longue passe échappe au joueur québécois et le Rouge & Or doit se contenter d’un placement de 34 verges.

« Je consomme pour oublier les cauchemars que j’ai vécus dans les dernières années. J’ai encore des flashbacks du moment où j’ai échappé le ballon. Ça me vient encore en tête », a témoigné Chadrick Tchanga-Henry, lundi, au palais de justice de Sherbrooke.

Le Rouge et Or, qui n’a jamais été dans le coup de cette grande finale de la Coupe Vanier, s’était incliné 39-17.

De son aveu devant la juge Danielle Cote de la Cour du Québec, cette passe échappée constitue le moment charnière où la vie de Chadrick Tchanga-Henry s’est mise à déraper.

L’étudiant-athlète, qui avait soulevé le précieux trophée en 2016 avec ses coéquipiers de la puissante et prestigieuse formation, soutient avoir été placé de côté à la suite de cette grande finale.

« Mes coéquipiers ont été durs avec moi. Ils m’ont rejeté. J’étais un vétéran dans l’équipe et je n’étais pas accepté parce que j’avais connu un mauvais match en finale. J’y pense encore souvent », témoigne l’accusé de 24 ans.

Sa descente aux enfers l’a conduit vers la consommation de cannabis, de speed et de cocaïne, la criminalité puis la prison.

Tchanga-Henry demande au tribunal de pouvoir effectuer une thérapie fermée qui dure de cinq à six mois.

Il souhaite reprendre l’entrainement pour le football et faire ses études universitaires. Il n’exclut pas la possibilité d’aller rejoindre sa famille aux Émirats arabes unis avant leur retour au Canada à l’été 2021.

« Je veux compléter la thérapie et être fier de moi. Je veux aller chercher des ressources qui vont m’aider. Je demande une deuxième chance. Tout le monde fait des erreurs et je veux retourner en thérapie (...) J’ai des problèmes de consommation. J’ai besoin d’aide et je veux être aidé », affirme Tchanga-Henry.

C’est une psychose toxique qui est à l’origine de deux épisodes d’incendies criminels allumés dans les résidences de l’Université de Sherbrooke puis dans une maison de chambre du boulevard Jacques-Cartier en décembre 2018.

À l’automne 2019 à la fin de cette peine de détention, il a tenté de reprendre les études à l’Université Concordia à Montréal et le football, mais a rechuté.

Tchanga-Henry a brisé ses conditions de probation qui l’ont conduit à nouveau derrière les barreaux à la fin de 2019.

Il explique que le fait de ne pas avoir réglé ses problèmes du passé peut expliquer sa rechute.

« Ma blessure avait été patchée, mais pas soignée. Maintenant, j’ai la motivation de suivre une thérapie. Ma famille revient au Québec. J’ai gagné une année d’éligibilité au football pour rejouer l’an prochain ma cinquième année. Je veux obtenir une dernière chance de jouer au football », a témoigné Chadrick Tchanga-Henry.

Ce sont de multiples bris de conditions, de probation et des introductions par effraction qui l’ont ramené devant les tribunaux au printemps 2020.

Vêtu t-shirt rouge avec l’inscription « All for one », Chadrick Tchanga-Henry a écouté le récit de sa vie avec la tête dans les mains, en regardant au sol ou droit devant lui à partir du Centre de détention de Sherbrooke.

Son avocat Me Benoit Gagnon de l’aide juridique demande d’imposer une sentence suspendue, de tenir compte de la détention provisoire équivalente à cinq mois et demi et de le placer en thérapie fermée.

« Tout pointe vers le problème de consommation. On sait que lorsqu’il est dans un encadrement maximal, il se comporte bien », soulève Me Gagnon.

La procureure aux poursuites criminelles Me Gabrielle Cloutier signale que la peine de 13 mois purgée par Chadrick Tchanga-Henry avait permis de l’encadrer pour s’assurer de sa réhabilitation.

« Il avait tous les éléments pour s’accomplir dans sa réhabilitation, mais malheureusement, il n’a pas su faire face aux difficultés. Il est rapidement retombé dans la consommation (...) Je ne doute pas de sa sincérité, mais je crois qu’il n’est pas mûr pour une thérapie », signale Me Cloutier.

Elle plaide pour une peine globale de 15 mois de prison.

La juge Côté imposera la sentence le 17 septembre prochain.