On a dû retirer une partie de la patte droite de Madison, où se développait un cancer de l’os, pour y implanter une prothèse personnalisée.

Une nouvelle patte pour Madison

La chienne Madison a une chance de faire mordre la poussière au cancer. Le chirurgien vétérinaire oncologue Bernard Séguin lui a récemment implanté une prothèse médicale unique en titane, développée par une équipe de chercheurs du Québec et produite par une entreprise d’ici spécialisée en impression 3D. L’opération, réalisée au Colorado, est un succès et marque un jalon de cette révolution dans le monde de la chirurgie animale.

« On est très excités d’avoir pu faire notre premier cas avec l’endoprothèse commerciale, issue d’un projet mené au Québec, a confié le Dr Séguin, professeur à l’Université du Colorado. On a vraiment relevé un beau défi qui fera la différence pour améliorer l’approche chirurgicale. Les répercussions seront certainement très positives pour les patients. »

En fait, l’idée de créer une prothèse métallique sur mesure pour l’espèce canine est née de la rencontre, il y a près de deux ans, entre le chirurgien vétérinaire bromontois Bertrand Lussier et le chercheur spécialisé en génie mécanique Vladimir Brailovski, enseignant à l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal.

« L’ÉTS a une imprimante 3D métallique. C’était à ce moment une des rares au pays. Je me suis dit qu’il y avait certainement des débouchés en médecine, a indiqué le Dr Lussier. On s’est formé une équipe et on a avancé rapidement. »

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Le chirurgien vétérinaire, associé au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), a donc fait appel à son ami et collègue de longue date, Bernard Séguin, afin de lancer un projet-pilote.

Au groupe de chercheurs se sont greffés Yvan Petit et Anatolie Timercan, respectivement enseignant et candidat à la maîtrise en génie mécanique à l’ÉTS. Aligo, une firme spécialisée dans le financement en recherche universitaire, a soutenu le projet, entre autres pour l’obtention de brevets.

Le chirurgien vétérinaire bromontois Bertrand Lussier a initié le projet de recherche sur les implants sur mesure.

Essais cliniques

La fabrication d’un implant sur mesure nécessite d’abord un test d’imagerie médicale en fines coupes (tomodensitométrie) des deux pattes de la bête.

Dans le cadre du projet pilote, les données étaient transmises à l’ÉTS pour y être traitées à l’aide d’un logiciel spécialisé dans la modélisation numérique. S’en suit une opération de « miroir » de l’os sain opposé à celui affecté par la maladie. L’image ainsi créée, s’ajustant parfaitement à l’anatomie du chien, permet de produire la prothèse en alliage de titane via l’imprimante 3D.

Une partie des essais ont été réalisés sur des membres d’animaux morts. Des tests cliniques ont ensuite été faits sur cinq chiens atteints de cancer, avec succès. Les chercheurs ont toutefois dû modifier quelque peu leur approche.

« On s’était fixé un délai de 14 jours, entre l’imagerie médicale de la patte et le moment où on peut recevoir la prothèse pour la chirurgie. On a vite constaté que ce laps de temps était trop court. On l’a donc prolongé à 21 jours. Du côté clinique, on a décidé d’introduire dans notre protocole la chimiothérapie intra-artérielle pour contrôler la tumeur avant de l’enlever », a spécifié le Dr Séguin.

On voit ici la prothèse en titane produite par Creadditive.

Philosophie

Selon Bertrand Lussier, l’introduction d’implants sur mesure en chirurgie animale tranche avec les produits actuellement sur le marché.

« Des implants personnalisés, ce n’est pas obligatoire chez tous les patients, mais dans certains cas, c’est un avantage. Avant notre technologie, on ne disposait que de deux grandeurs d’implants et des entretoises pour les adapter. Pourtant, l’outil doit être au service de l’utilisateur et non l’inverse. »

Le vétérinaire évoque également que, malgré un prix plus élevé, la facture globale d’une opération à l’aide de prothèses personnalisées est « pratiquement équivalente » à celle d’une chirurgie ayant recours à des implants traditionnels. Notamment, a-t-il souligné, en raison des délais de chirurgie et d’anesthésie plus courts.

Commercialisation

Une fois les brevets obtenus par les membres du groupe de chercheurs, ils ont approché Creadditive, une firme spécialisée dans les technologies de numérisation et d’impression 3D. L’entreprise, dont la maison-mère est établie à Gatineau, a rapidement vu le potentiel de cette innovation, dont elle a acheté les droits de commercialisation.

Madison est le premier animal auquel on a implanté ce type de prothèse sur mesure en dehors du protocole de recherche.

« C’est vraiment un beau projet, extrêmement avant-gardiste. On est très fiers de l’avoir fait. Au Canada, c’est tout un pas pour la médecine », a mentionné le fondateur de Creadditive, Laurent Lacombe, en charge du volet médical de la compagnie.

L’entreprise veut se positionner sur l’échiquier mondial, afin de devenir un incontournable dans le créneau des implants personnalisés. L’Amérique du Nord et l’Europe sont deux marchés que tentera de percer la firme québécoise.

Pour l’instant, elle vise principalement le secteur animalier. La compagnie travaillera en parallèle à développer le domaine des prothèses sur mesure pour les humains.

« Ça demande toutefois plus d’homologations », a fait valoir M. Lacombe. « Je crois beaucoup à la médecine spécialisée, a-t-il renchéri. C’est clairement la voie de l’avenir. »