Une série d’événements a reconduit une fillette chez son père toxicomane qui lui imposait ses «gestes d’adultes» lorsqu’il en avait la garde une fin de semaine sur deux.
Une série d’événements a reconduit une fillette chez son père toxicomane qui lui imposait ses «gestes d’adultes» lorsqu’il en avait la garde une fin de semaine sur deux.

Une fillette de l'Outaouais est retournée chez un père abuseur

Une enfant de l’Outaouais éprouvant des retards de langage a été renvoyée chez son père qui l’abusait sexuellement, parce que les autorités étaient incapables de la comprendre, et de déposer une accusation en bonne et due forme.

Une série d’événements a reconduit la fillette dans la gueule du loup, un père toxicomane qui lui imposait ses « gestes d’adultes » lorsqu’il en avait la garde une fin de semaine sur deux.

L’enfant avait quatre ans, en 2015, lorsqu’elle a dénoncé son père auprès de sa mère, qui en avait la garde principale. La petite lui a expliqué dans ses mots — et avec une poupée — la nature des attouchements.

La mère a appelé le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), qui a ouvert une enquête. En attendant ses conclusions, le droit de garde du père a été suspendu temporairement. Avant de lui être redonné deux ans plus tard.

Pour comprendre ce qui s’est produit, il faut faire un « saut dans le temps » jusqu’au mois de novembre dernier, quand le père a finalement reçu une sentence de près de cinq ans de pénitencier pour des agressions sexuelles sur un enfant, au palais de justice de Gatineau.

Dans les documents judiciaires, on apprend que la fillette, plus vieille, a finalement pu verbaliser son calvaire en décembre 2018.

Un jour, la mère a demandé à sa fille, en pleurs, si son père la touchait. « Il n’a jamais arrêté », a répondu la petite victime.

La Couronne et les enquêteurs ont enfin été capables de procéder à une enquête complète. La victime a été capable de raconter comment son père la traitait. « Papa fait des affaires d’adultes. »

Droits de garde, DPJ et SPVG

Dans un énoncé des faits dont Le Droit a obtenu copie, on peut lire le contexte dans lequel cette enfant avait été renvoyée chez son père, entre 2017 et 2018.

« Il est à noter qu’à cette époque (en 2015), l’enfant n’a pas été rencontrée en entrevue par les enquêteurs selon une évaluation par les intervenants de la Direction de la protection de la jeunesse, en raison entre autres des difficultés et retards de langage de (l’enfant). »

On peut lire ce qui suit, dans le même document déposé à la Chambre criminelle et pénale le 28 novembre : « Le droit de garde a été suspendu à la suite de ces événements. Les droits de garde ont été redonnés, une fin de semaine sur deux, à compter de la fin 2017. »

Pour que la Couronne autorise une plainte, elle doit être convaincue qu’un juge rendrait un verdict de culpabilité hors de tout doute raisonnable.

En 2015, les allégations semblaient insuffisantes. Il semble que la seule version de la mère, à ce moment, ne donnait pas les coudées franches aux autorités pour accuser le père.

Selon nos informations, la Couronne risquait alors de perdre sa cause par manque de preuve. Et comme on ne peut accuser une personne du même crime à deux reprises, la situation était périlleuse.

Le juge Anouk Desaulniers a accepté la proposition commune de l’avocat de la défense, Me Vincent Castonguay, et de la procureure de la Couronne, Me Christine Lambert, d’imposer une peine totale de quatre ans et huit mois de prison, le 28 novembre 2019.

Le père n’est pas nommé afin de protéger l’identité de l’enfant.

L’avocat du père en matière de garde légale n’a pas commenté le dossier.