Une fausse psychologue écope de 18 mois de prison

Une fausse psychologue pour enfants, Eugénie-Mélanie Chisholm, est condamnée à une peine de 18 mois de détention pour avoir abusé de la confiance d’enfants vulnérables et de leurs parents.

Odieux. C’est le mot choisi par la juge Christine Gosselin de la Cour du Québec pour qualifier le comportement de la fraudeuse de 47 ans.

La juge Gosselin a accepté la suggestion de peine de 18 mois faite par les parties. Mais par deux fois, elle a ajouté qu’elle aurait aussi entériné une peine plus sévère.

Eugénie-Mélanie Chisholm prétendait être une docteure en psychologie, consultante pour la Direction de la protection de la jeunesse et professeure à l’Université Laval. Elle s’était aussi inventé un mari prénommé Samuel, médecin au CHUL, qu’elle consultait beaucoup.

Accroché sur le mur de son bureau, dans sa maison louée à Lévis — qu’elle ne payait pas — un faux diplôme de psychologue. Le document était forgé avec soin, a signalé le procureur de la Couronne Me Christian Gauthier; le diplôme arborait même le sceau en relief.

Seul morceau de vérité : la dame a bien étudié au certificat en psychologie.

Trois enfants victimes

En septembre 2013, Eugénie-Mélanie Chisholm est congédiée de son emploi d’éducatrice au centre jeunesse de Lévis.

Tout son entourage la croit psychologue. À la fin de l’année scolaire 2014, un couple de parents lui demande de faire une évaluation de leur fils, qui a de grandes difficultés d’apprentissage. Mme Chisholm accepte avec plaisir, à un taux horaire de 100 $ de l’heure. 

La fausse psychologue dira aux parents que grâce à ses compétences en synergologie, elle a remarqué des tics nerveux chez leur garçon et soupçonne qu’il a été victime d’abus sexuels. Le garçon refusera bientôt de revoir Chisholm.

La fausse psychologue examinera son frère aîné, qui souffrait à ce moment de dépression. Chisholm écarte ce diagnostic et pointe plutôt l’anxiété. Elle recommande au jeune de cesser les antidépresseurs. L’état de l’adolescent ne va qu’empirer.

Le père des deux garçons va prêter 5800 $ à la dame qui dit avoir des ennuis financiers en raison de sa séparation. Il embauche la fausse psychologue pour faire les évaluations de trois de ses employés. Sur la facture de 3000 $, la fraudeuse signe avec les lettres «PhD». 

Une autre mère a été flouée par Eugénie-Mélanie Chisholm en voulant faire évaluer son garçon de sept ans, souffrant d’une déficience intellectuelle et de crises d’épilepsie à répétition. En échange d’un montant de 1400 $, la fausse psy promet de faire une évaluation du garçon pour mieux l’orienter dans son cheminement scolaire.

À trois reprises, la fraudeuse accompagne la mère à des rendez-vous médicaux avec son enfant et discute avec le pédiatre et le neurologue, en jouant son rôle de psychologue. La fraudeuse dit qu’elle trouve le garçon «un peu autiste».

L’enfant n’a jamais eu son rapport d’évaluation et a dû retourner sur des listes d’attente. 

Les parents ont découvert la supercherie en appelant à l’Ordre des psychologues et à l’Université Laval. Ils ont ensuite porté plainte. En 2017, Chisholm a plaidé coupable aux infractions pénales et a été condamnée à une amende de 50 000 $.

«Vous avez grandement abusé de la confiance de gens qui étaient déjà dans une situation de vulnérabilité et qui comptaient sur vous en raison des qualités professionnelles que vous disiez avoir, souligne la juge Gosselin à l’accusée qui vient de plaider coupable. Vous avez pris des fonds qui auraient pu être utilisés au bénéfice des enfants.»

Ex et proprio fraudés

L’ex-conjoint de la fraudeuse a aussi été victime. Durant des mois, c’est lui qui donnait à Mme Chisholm l’argent du loyer. Mais au lieu de la remettre au propriétaire, cette dernière conservait la somme. L’ex-conjoint a fini par être expulsé. 

La fraudeuse a aussi usurpé l’identité de son ex pour prendre des abonnements chez Bell. Encore aujourd’hui, son crédit est entaché, a-t-il mentionné à la cour.

Le propriétaire d’une maison louée par la fraudeuse a lui perdu près de 15 000 $.

L’avocat de la fraudeuse, Me Benoît Labrecque, a souligné les problèmes de consommation de drogue et d’alcool de sa cliente. Une dépendance qui n’excuse aucunement les fraudes, précise-t-il, mais qui aide à comprendre le contexte.

Après sa peine, dont il reste 10 mois et demi à purger, Eugénie-Mélanie Chisholm sera en probation durant trois ans avec plusieurs conditions à respecter.

Comme la délinquante est sans le sou, la Couronne n’a pas demandé d’ordonnance de remboursement.