Nicole D’Anjou Delage est accusée de voies de fait graves, de voies de fait ayant causé des lésions corporelles et de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles sur une toute petite fille âgée de huit mois. Les crimes allégués auraient été commis dans une garderie en milieu familial de la 1re Avenue dans Charlesbourg.

Une éducatrice accusée d'avoir causé des lésions sur un bébé de 8 mois

L’ex-propriétaire de garderie Nicole D’Anjou Delage est accusée d’avoir maltraité un bébé de huit mois et de lui avoir causé des lésions comparables à celles d’une chute de plusieurs étages. La brusquerie de la sexagénaire était connue du CPE Les Petits Mulots de Charlesbourg depuis au moins cinq ans.

La juge Marie-Claude Gilbert de la Cour du Québec n’a encore rien décidé de l’innocence ou de la culpabilité de la femme de 69 ans, dont elle entend le procès. Nicole D’Anjou Delage est accusée de voies de fait graves, de voies de fait ayant causé des lésions corporelles et de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles sur une toute petite fille âgée de huit mois, récemment arrivée avec sa mère du Burkina Faso. Les crimes allégués auraient été commis entre le 2 et le 16 décembre 2014 dans la garderie en milieu familial de la 1re Avenue à Charlesbourg, reconnue par le ministère de la Famille et affiliée au CPE Les Petits Mulots.

La juge Gilbert a toutefois permis lundi le dépôt en preuve, par la poursuite, de ce que les juristes appellent une «conduite indigne» et des «faits similaires» qui démontrent la brusquerie de la gardienne avec d’autres enfants sous sa charge.

«Comme une poupée de chiffon»

En 2009, l’agente de conformité Isabelle Rochette, chargée de faire des visites à l’improviste dans les garderies en milieu familial, a vu l’accusée prendre brusquement par la tête un enfant de trois ou quatre ans. Elle a dit à la cour avoir craint que Nicole D’Anjou Delage casse le cou du garçon.

Le 23 mars 2010, la même agente de conformité était de retour à la garderie. Elle dit avoir vu Nicole D’Anjou Delage intervenir auprès d’un garçon de quatre ans qui lui résistait. La gardienne aurait saisi le garçon par les deux bras, au dessus des coudes, et aurait utilisé une force qui aurait pu blesser même un adulte.

En mars 2012, une autre agente de conformité, Isabelle Rioux, constate que l’accusée contrôle les enfants en les attrapant par les poignets.

Lors d’une autre visite, le 11 janvier 2013, Isabelle Rioux note que les gestes de Nicole D’Anjou Delage envers les enfants sont «vites et rigides», «comme si elle était en colère». La gardienne est réticente à montrer sa salle de jeu à l’agente de conformité. Isabelle Rioux voit la gardienne saisir un poupon par l’avant-bras, «comme une poupée de chiffon» avant de l’installer sur sa hanche. Elle fera le même manège avec un autre bébé.

L’agente de conformité lui expliquera comment prendre un bébé avec douceur. Isabelle Rioux explique qu’elle est inquiète pour la sécurité des enfants. L’accusée, irritée, rétorque qu’elle «ne va pas garrocher les enfants dans les murs» et «qu’ils ne sont pas faits en papier mâché».

Bouleversée, l’agente de conformité rédige un rapport et un avis de contravention qui seront présentés au conseil d’administration du CPE. Ce dernier a décidé de ne pas agir, selon le témoignage de Joanne Michaud, directrice adjointe au bureau de la coordination.

Isabelle Rioux a par la suite fait une plainte à la Direction de la protection de la jeunesse, mais elle s’est fait répondre qu’elle était hors délai.

Traumatisme crânien

La petite plaignante a commencé à fréquenter la garderie de Nicole D’Anjou Delage le 2 décembre 2014. Dès la première journée, la mère remarque que sa petite fille de huit mois semble avoir mal lorsqu’elle lui touche les poignets.

Dix jours après l’entrée à la garderie, Nicole D’Anjou Delage appelle la mère en lui disant être incapable de réveiller sa fille. Elle a même dû lui faire la respiration artificielle, dit la gardienne. L’enfant reste à la maison quelques jours.

Le 16 décembre 2014, la mère récupère son enfant toute raide et tremblante chez Nicole D’Anjou Delage. Inconsciente, l’enfant est hospitalisée au CHUL durant quatre jours. Les médecins notent des fractures en voie de guérison aux deux poignets et un traumatisme crânien. 

Aux yeux de la Dr Sylvia Béliveau, pédiatre, «les lésions au cerveau et à l’oeil ont été causées par un trauma dont l’ampleur ou la force serait comparable à un accident d’auto ou à une chute de plusieurs étages».

Propos racistes

Le 18 décembre 2014, la police se présente chez Nicole D’Anjou Delage avec la DPJ et les gens du CPE pour fermer la garderie. 

À une mère qui vient chercher son enfant, la gardienne lance «c’est la faute du bébé noir si la garderie ferme!» Elle ajoute que «chaque fois qu’elle a pris des noirs, elle a eu de la misère» et jure «qu’elle n’en prendra plus des noirs».

Le 19 janvier 2015, Nicole D’Anjou Delage refuse l’invitation d’aller rencontrer les enquêteurs. Elle annonce qu’elle aura des témoins qui viendront dire que le bébé était mal en point avant d’arriver à sa garderie. Elle ajoute «qu’ils sont tous comme ça, les noirs, ils content des mensonges».

Le procès de Nicole D’Anjou Delage se poursuit mardi avec le début de sa défense.