Helen Kiyoapik est la grand-mère de Jayco Kiyoapik, qui est suivi à la clinique Aakuluk du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario.

Une clinique pour les enfants du Nunavut au CHEO

Depuis une vingtaine d’années, le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) reçoit les enfants nunavutois avec les problèmes de santé les plus complexes. L’institution dévoilait lundi le fruit de ses efforts pour mieux accueillir ces patients aux besoins bien particuliers : la création de la clinique Aakuluk.

« Pour n’importe qui, venir à l’hôpital avec un enfant malade, c’est une période très stressante. Imaginez maintenant venir dans une autre communauté, avec une autre langue, en ne connaissant pas comment fonctionne le système », explique le président-directeur général du CHEO, Alex Munter.

Joavee Aliviktuk, originaire de Pangnirtung sur l’île de Baffin, a partagé son l’expérience vécue durant les traitements de son petit-fils – à l’aide d’une interprète. M. Aliviktuk est à Ottawa depuis plusieurs mois pour des traitements, mais depuis que son petit-fils a reçu son diagnostic en 2015, de nombreux voyages à Ottawa et à Toronto ont été nécessaires pour voir différents spécialistes.

La pédiatre et responsable médicale de la clinique Aakuluk, Radha Jetty, travaille avec les enfants malades du Nunavut depuis une dizaine d’années et affirme que l’intégration des soins est un pilier de la nouvelle clinique.

« Quand vous avez des enfants avec une condition médicale complexe, ils voient tellement de docteurs différents et de services, ils reçoivent tellement de plans de traitement et de prescriptions, parfois, vous avez besoin d’une clinique qui va intégrer tous ces plans et mettre de l’avant quelque chose de cohérent pour qu’il n’y ait qu’une seule démarche intégrée à suivre », soutient la Dre Jetty.

Hanna Oolayou a participé à une cérémonie traditionnelle lors de l’inauguration de la nouvelle clinique Aakuluk.

Approche chaleureuse

Aakuluk, le nom de cette nouvelle clinique, est un terme inuktitut qui signifie chaleur, amour et affection. Pour la Dre Radha Jetty, c’est la seconde fondation de ce point d’accueil pour les enfants malades nunavutois et leur famille.

La pédiatre souligne que plusieurs membres des Premières Nations ont été victimes de discrimination dans les différents systèmes de santé au Canada et qu’ils ont développé une méfiance envers les autorités médicales.

« C’est important pour nous de prendre les mesures nécessaires pour bâtir et regagner leur confiance, explique la Dre Jetty. S’ils se reconnaissent dans cet environnement, soit en voyant des mots écrits dans leur langue ou une photo qui leur rappelle un aspect de leur maison, on arrive à créer cet environnement où ils se sentent les bienvenus. »

Établir une relation avec des patients qui ont perdu confiance en nos institutions depuis des générations est difficile, mais Radha Jetty s’y consacre depuis plusieurs années et n’entend pas arrêter de sitôt.

« Je porte avec moi un grand nombre d’histoires tragiques qui m’ont été partagées par des familles, soutient Radha Jetty. Ça me motive à vouloir faire mieux, parce qu’il existe encore beaucoup de familles qui souffrent. L’envers de la médaille par contre, lorsqu’on réussit à établir un lien de confiance, c’est le plus beau des cadeaux qu’un médecin peut demander ! »