Les six condamnations précédentes de Réjean Demers, 65 ans, sont survenues sporadiquement au cours des 40 dernières années, soit en 1979, 1986, 1993, 1995, 1997 et 2003. L’infraction à laquelle il a plaidé coupable et pour laquelle il a obtenu sa peine la semaine dernière a été commise le 6 août 2018.
Les six condamnations précédentes de Réjean Demers, 65 ans, sont survenues sporadiquement au cours des 40 dernières années, soit en 1979, 1986, 1993, 1995, 1997 et 2003. L’infraction à laquelle il a plaidé coupable et pour laquelle il a obtenu sa peine la semaine dernière a été commise le 6 août 2018.

Une 7e condamnation pour un récidiviste de l’alcool au volant

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Un sexagénaire aura 18 mois pour soigner son alcoolisme derrière les barreaux, lui qui vient d’être condamné à 18 mois de prison, suivis d’une probation de trois ans, pour avoir conduit une septième fois avec les capacités affaiblies par l’alcool.

Les six condamnations précédentes de Réjean Demers, 65 ans, sont survenues sporadiquement au cours des 40 dernières années, soit en 1979, 1986, 1993, 1995, 1997 et 2003. En 1995, il a aussi été condamné pour avoir manoeuvré un véhicule alors qu’il lui était interdit de le faire.

L’infraction à laquelle il a plaidé coupable et pour laquelle il a obtenu sa peine la semaine dernière a été commise le 6 août 2018.

Ce jour-là, un citoyen remarque l’accusé qui conduit son véhicule en louvoyant sur la route 243, entre Lawrenceville et Sainte-Anne-de-la-Rochelle au point de dévier de sa voie et de passer près d’entrer en collision avec une motocyclette de type Spyder arrivant en sens inverse.

Les policiers sont appelés à intervenir sur les lieux, où ils trouvent l’accusé stationné sur une route principale en empiétant en partie sur la voie publique. Les patrouilleurs remarquent rapidement que l’automobiliste et sa passagère présentent des «symptômes évidents» d’intoxication: des contenants d’alcool ouverts se trouvaient dans la console du véhicule.

Ce faisant, Réjean Demers a été arrêté et conduit au poste de police, où ses échantillons d’haleine ont révélé un taux d’alcoolémie minimal de 0.156, soit pratiquement deux fois la limite permise.

Dossier chargé

Devant le juge Serge Champoux, l’accusé a parfois reconnu ses torts, parfois mentionné ne pas avoir de souvenir de l’événement étant donné sa forte intoxication au moment des faits.

En plus de ses condamnations pour conduite avec les capacités affaiblies, M. Demers a été incarcéré à plusieurs reprises, parfois pendant quelques années, notamment pour des vols qualifié, possession de monnaie contrefaite, vol, voies de fait, entrave au travail des policiers, possession de drogue, production de cannabis et grossière indécence, entre autres.

Ce dossier criminel étoffé n’a pas empêché l’accusé et sa belle-fille, qu’il considère comme sa propre fille, d’en appeler à la clémence du juge.

Tous deux ont plaidé que la dernière condamnation de M. Demers, en 2003, pour laquelle il avait purgé six mois de prison, lui avaient ouvert les yeux sur son problème de consommation d’alcool, qu’il avait alors complètement cessé. À partir de ce moment, il aurait mené une vie rangée, étant un grand-père attentif et attentionné, travaillant quelques années dans une quincaillerie locale et faisant occasionnellement de la figuration au cinéma.

«Réjean Demers s’exprime très bien et se présente aussi avec beaucoup d’éloquence. Il est convaincant à reconnaître avoir fait de nombreuses erreurs dans sa vie, toutes selon lui liées à sa problématique d’alcoolisme. Ce n’est qu’en 2003 qu’il en réalise l’ampleur et qu’il se prend en main», relève le juge.

L’individu aurait toutefois fait une rechute en août 2018 après avoir fréquenté une femme consommatrice d’alcool, celle-là même qui se trouvait à bord du véhicule le jour de son arrestation.

Selon M. Demers, il allait la reconduire chez elle après une dispute.

«Il n’a bu, dit-il, que cette journée, mais reconnaît avoir bu considérablement à cette occasion, relate le jugement. Après son arrestation, l’accusé assure qu’il a encore cessé de boire mais il n’a fait appel à aucune aide et par exemple, ne participe pas à des mouvements tels que les Alcooliques anonymes.»

Cette bonne volonté n’a toutefois pas convaincu le magistrat, qui craint une récidive. «Autrement dit, son abstinence à l’alcool qui aurait duré plusieurs années s’est terminée par une rechute sans véritable cause majeure et la rechute future ne m’apparaît donc pas être une lointaine possibilité mais plutôt une probabilité», note le juge Champoux.

Il tente d’éviter la prison

M. Demers a aussi tenté d’éviter la prison en faisant valoir une blessure par arme à feu infligée par un voisin il y a dix ans et lui ayant valu une amputation sous le genou. «Il craint l’emprisonnement puisque cette blessure nécessite des soins particuliers, en plus de l’empêcher de faire certaines activités courantes, y compris au niveau de son hygiène.»

Or, «si l’on tient compte de sa blessure subie en 2010 qui le restreint grandement dans ses activités pour environ 2 ans, son accalmie n’est pas si impressionnante, a rétorqué le juge. En fait, en 2013, il est condamné pour une production de cannabis. La peine imposée à ce moment est une peine d’emprisonnement dans la collectivité de 2 ans moins 1 jour. Il fait l’objet d’un avis de manquement en 2014 et il est condamné en 2015 pour grossière indécence, voie de fait et bris de condition.»

La défense de M. Demers réclamait la peine minimale d’incarcération, qui est de 4 mois, rejetée du revers de la main par le juge qui a rappelé que pour une offense antérieure, l’accusé avait écopé d’une peine plus longue. Plus sévère, la poursuite suggérait plutôt une sentence allant de 20 à 24 mois.

«La poursuite rappelle que le crime commis est passible de 5 ans d’emprisonnement. Si la peine minimale est imposée, de 4 mois, quel délinquant est susceptible de recevoir une peine de 5 ans, toujours dans des circonstances semblables, sans accident, sans blessé, ni mort? À qui le législateur pensait-il quand il a décrété cette peine?» réfléchit le juge, rappelant que le 6 août 2018, «l’accusé a un comportement extrêmement dangereux» qui aurait pu avoir des conséquences plus graves s’il avait provoqué une collision.

Considérant le plaidoyer de culpabilité et la sobriété de l’accusé depuis l’événement, mais aussi ses antécédents judiciaires, le juge a tenu à lui imposer une peine d’emprisonnement «significative», assortie d’un suivi pour traiter son alcoolisme.

«Il est inutile de répéter à quel point les tribunaux sont accaparés par cette criminalité, à quel point ce genre de crime est répandu et à quel point les conséquences de cette criminalité sont importantes au Canada», a-t-il échappé.