Le projet Le Havre verrait le jour face au fleuve et au chemin du même nom, sur un terrain vague municipal de 9000 mètres carrés acquis en 2011, voisin du Musée de Charlevoix.

Un projet touristique divise La Malbaie

L’aménagement d’un site multifonctionnel de 6,3 millions $ destiné aux citoyens et visiteurs divise les résidents de La Malbaie. Les opposants y voient un projet trop ambitieux, considérant les finances et les besoins de la Ville. Pour le maire, c’est la bougie d’allumage qui permettra de rattraper le retard dans le développement des infrastructures touristiques.

Le Havre, c’est le nom du projet qui doit voir le jour face au fleuve et au chemin du même nom, sur un terrain vague municipal de 9000 mètres carrés acquis en 2011, voisin du Musée de Charlevoix.

Près d’un bâtiment d’accueil, comprenant une salle multifonctionnelle de 175 personnes, la Ville veut y aménager, un site événementiel extérieur de 2500 personnes. Elle planifie aussi l’implantation de jeux d’eau et de terrains de pétanque l’été, et une patinoire et une glissade sur le toit en pente du bâtiment, l’hiver.

Coût du projet : 6,3 millions $ incluant les frais de financement. De cette somme, 3 millions $ sont à la charge de la Ville. Le reste vient de programmes de subvention. À Québec, ça représente peu. Mais pour la localité de 8000 habitants, c’est énorme sur un budget annuel de 15 millions $. 

Grogne de citoyens

Depuis déjà quelques mois, des résidents de La Malbaie témoignent sur les réseaux sociaux et au conseil municipal de leur insatisfaction face au projet dans sa forme actuelle, surtout dans un contexte de «dévitalisation de la région, du fardeau de taxes des citoyens et des besoins en infrastructures de la Ville», soulèvent-ils.

La mésentente autour du projet a conduit lundi dernier à la démission du seul conseiller qui s’y oppose. Jacques Tremblay, ex-directeur général de l’hôpital de La Malbaie, ne pouvait plus en son âme et conscience poursuivre son travail d’élu.

«Je suis favorable au réaménagement de cet endroit qui a besoin de beaucoup d’amour, mais je ne crois pas en la nécessité d’un investissement aussi important», explique-t-il au Soleil, faisant écho à la grogne ambiante. 

Comme pour plusieurs citoyens, le premier lieu à revitaliser, selon lui, est situé 800 mètres plus au sud où se trouvent déjà quelques commerces et une jetée, près du quai, qui accueillera éventuellement de petits bateaux de croisières. C’est aussi à cet endroit que s’arrête actuellement le train de Charlevoix. La Ville préférerait faire du Havre sa nouvelle gare.

«Le déplacement de l’arrivée du train près du Musée va contribuer à dévitaliser le secteur du quai et ce sera une mort certaine pour les commerces qui y opèrent. Un quai c’est magique. C’est à cet endroit que l’on retrouve la plus grande concentration de visiteurs et de citoyens de La Malbaie», soutient M. Tremblay.

Outre une pression supplémentaire qui pourrait être exercée sur un fardeau fiscal jugé déjà lourd, l’ex-élu pose un diagnostic très pessimiste de la situation économique de la Ville. «En 2018, 110 maisons étaient en vente et 40 ont trouvé preneur. Nous sommes en pleine crise commerciale à La Malbaie : fermetures de commerces, le centre-ville a des difficultés à recruter et à maintenir des commerces, le centre d’achat se vide, Pointe-au-Pic a une construction neuve qui ne trouve pas preneur. Au cours des deux derniers mois, quatre commerces ont fermé leur porte», énumère-t-il. Mais le règlement d’emprunt a déjà été adopté.

Enfin, il pense qu’une partie de l’argent investie pourrait servir à retaper les infrastructures vieillissantes de certains secteurs de la municipalité, dont celui du centre-ville.

«Est-ce que les citoyens ont les moyens de se payer ça, questionne M. Tremblay. Je pense que ça manque un peu de vision», conclut-il. 

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UNE «VITRINE» À EXPLOITER, DIT LE MAIRE

Michel Couturier, maire de La Malbaie

On a longtemps surfé sur l’économie forte de grandes entreprises. Maintenant qu’elles sont fermées ou ont réduit leur personnel, qu’est-ce qui nous reste? Notre territoire.»

Le maire de La Malbaie, Michel Couturier, fait fi de la critique. En fait, il ne partage pas l’opinion et les constats de ses détracteurs. Selon lui, les finances de la Ville se portent bien après avoir réussi à diminuer la dette. Et la réalisation du projet ne compromettra pas des investissements dans les travaux d’infrastructures ailleurs sur le territoire, promet-il.

Encore plus, M. Couturier soutient vigoureusement que la Ville a besoin de ce projet à l’endroit choisi. «On veut que ça devienne un carrefour pour les citoyens et les touristes, une vitrine pour la table agrotouristique, les métiers d’art. Que ça soit un véritable lieu d’accueil pour les visiteurs qui arrivent par train ou par autobus. On a l’espace nécessaire sur ce site.

«Le problème est qu’on prend la photo d’aujourd’hui avec un projet de demain, reproche-t-il encore aux opposants. Ils disent que les touristes qui débarquent du train pour une heure et demie n’auront pas le temps d’aller dans les commerces situés à 0,8 km. Justement, notre but est de les faire rester plus longtemps. Qu’ils arrivent le midi et repartent avec le train du soir ou le lendemain et restent coucher une nuit dans la ville et profitent de ses attraits», plaide-t-il.

«Il y a 1500 chambres d’hôtel autour du Musée. Le train a amené 15 000 personnes en 2017. Il devrait y en avoir 20 000 cette année. Sans compter les futurs bateaux de croisière. Il y a un Club Med quatre saisons qui s’en vient. Nous avons maintenant les Hautes-Gorges ouvertes à l’année. Nous avons commencé des pourparlers pour un train quatre saisons. Il faut se préparer à tout ça.»

Bougie d’allumage

Le maire Couturier voit dans Le Havre la bougie d’allumage du retard accumulé au chapitre du développement touristique de sa Ville. «Les gens trouvent que l’entretien de l’équipement estimé à 15 0000 $ par année est dispendieux. C’est vrai que c’est cher. Mais c’est notre business [le tourisme]. Il faut qu’on s’en occupe aussi. C’est grand temps qu’on joue notre rôle.

«Contrairement à Baie-Saint-Paul, La Malbaie à un territoire très éclaté. Il faut faire de cette contrainte une force, poursuit-il pour justifier l’emplacement retenu. À partir de ce carrefour, on va déployer d’autres attraits», insiste le maire. Par exemple, M. Couturier a en tête un circuit touristique à vélo dans La Malbaie.

Retenir les visiteurs dans les limites de la municipalité est un point qui lui tient à cœur. «C’est la seule ville au monde où t’arrives, pis que t’accélères, lance-t-il, avec une pointe d’ironie, faisant allusion au fait que la limitation de vitesse du boulevard Mailloux, au cœur de La Malbaie, est de 70 km/h, alors que les approches nord et ouest de la Ville sont à 50 km/h.

«On envoie les touristes partout : aux baleines, dans les parcs, mais jamais chez nous sauf pour y passer la nuit», déplore-t-il.

Dans le contexte actuel de l’économie, M. Couturier maintient la nécessité de cet investissement majeur. «On voudrait tous des industries de 600 personnes payées à 40 $ de l’heure. Mais c’est difficile. Dans ce contexte, on est obligé de refaire le monde et on se demande ce qu’on possède. La réponse : c’est la mer, nos montagnes. Notre richesse, c’est notre territoire. Il faut les mettre en valeur.»

Le projet du Havre, dans sa forme actuelle, connaîtra son dénouement le mardi 19 mars. Les opposants sont invités à signer le registre de la municipalité pour réclamer un référendum. Le nombre requis de signatures est de 712. C’est à ce moment qu’on prendra la mesure de l’opposition.