Les martinets ramoneurs auront un nouvel habitat au printemps 2020 grâce à la construction d’une reproduction d’une cheminée industrielle au parc de la Tannerie, à Granby.

Un projet de cheminée branchée pour la sauvegarde du martinet ramoneur

Le Zoo de Granby ne cesse de trouver de nouvelles façons de participer à la conservation d’espèces menacées. Les prochains investissements se concentreront sur le martinet ramoneur avec un projet de cheminée « branchée » à Granby et un suivi jusqu’en Équateur. Il s’agira de leur premier projet d’une série en Amérique latine.

Le projet de cheminée est une opportunité saisie au vol par le parc zoologique. « On a appris que la Ville de Granby voulait construire une cheminée historique pour rappeler le passé industriel de la ville, confie le directeur de la conservation et de la recherche au Zoo, Patrick Paré. Sur le sentier de la rivière, il y en a déjà trois petites et, là, ils veulent en faire une de vingt pieds de haut au parc de la Tannerie. »

Le Zoo a obtenu une subvention de 10 200 $ de la part de la Fondation de la faune du Québec, dans le cadre du programme Faune en danger, pour réaliser sa part des travaux, dont le budget global est de 53 000 $, ainsi qu’un inventaire à jour. La Ville prévoit un budget de 38 000 $ pour réaliser ses travaux et la subvention permettra d’installer les équipements. Les travaux d’une d’environ deux semaines sont prévus à l’automne, indique Benoît Carbonneau, coordonnateur de la division ingénierie à la Ville. Une autorisation est attendue de la part d’Environnement Québec puisque la cheminée sera construite près de la rivière, entre le barrage et le stationnement.

Modifications au projet

L’ampleur de la cheminée pourrait permettre au martinet ramoneur de l’utiliser comme dortoir ou comme nichoir. M. Paré a donc saisi l’opportunité de proposer un projet plus poussé à la Ville, ce qu’elle a accepté.

Les plans ont été modifiés pour que tous les éléments soient rassemblés afin de favoriser l’installation de cette espèce d’oiseau. Le minimum de 20 pieds (6,2 mètres) de hauteur est d’abord nécessaire. « Ils voulaient faire la cheminée en brique et, ce qui m’intéresse, c’est intérieur, explique M. Paré. On voulait que ce soit le plus rugueux possible à l’intérieur, donc le mortier ne sera pas lissé. Ils ont accepté de faire l’ouverture à 24 pouces minimum puisque, dans la littérature, on voit que les oiseaux sont plus intéressés par des ouvertures de cette grandeur pour en faire un dortoir. »

Si la cheminée est bel et bien adoptée comme dortoir, comme l’espère le Zoo de Granby, une centaine d’oiseaux pourraient s’y reposer au printemps en attendant de construire leurs nids dans la cheminée d’une maison. M. Paré précise que leurs nids ne sont pas dommageables pour les cheminées résidentielles.

Un ou deux couples pourraient d’ailleurs nicher dans la reproduction de cheminée industrielle.

Grâce à des émetteurs installés sur les plumes du martinet ramoneur, une espèce menacée, il est possible de suivre sa migration jusqu’en Amérique latine.

Branchée

En raison des équipements qui y seront installés, la cheminée sera branchée par le Zoo de Granby pour observer la population de martinets ramoneurs. Il y aura des capteurs de température et de mouvements ainsi qu’une caméra.

La reproduction d’un faux martinet ramoneur, reproduisant le chant de l’oiseau, sera aussi installé à l’intérieur de la cheminée pour les attirer au printemps.

Un accès à la base permettra de plus à l’équipe d’y mener des observations de l’intérieur.

Le parc zoologique s’inspire de ce qui se fait en la matière dans quelques rares projets au Canada et aux États-Unis.

Des visites guidées et des panneaux d’interprétation sont également dans les cartons.

Inventaire

Parallèlement, le Club d’observateurs d’oiseaux de la Haute-Yamaska (COOHY) fera un nouvel inventaire de l’espèce à Granby et la Fondation pour la sauvegarde des écosystèmes du territoire de La Haute-Yamaska (Fondation SETHY) a été mandatée par le zoo pour rencontrer les propriétaires de propriétés non résidentielles accueillants des martinets ramoneurs.

L’organisme de conservation en répertorie onze qui ont des cheminées servant de dortoir ou de nichoir, dont l’église anglicane St-George, le Cégep de Granby, l’école St-Benoît et l’église Immaculée-Conception.

« On ne veut pas qu’ils détruisent leur cheminée, les ferment ou y mettent un chapeau à l’ouverture. On les a aussi favorisés parce qu’ils sont autour de la grosse cheminée qu’on va faire. »

SUIVRE LE MARTINET RAMONEUR JUSQU'EN ÉQUATEUR

Lorsque le froid revient au Québec, le martinet ramoneur migre vers l’Équateur ou le Pérou, en Amérique du Sud. Le Zoo de Granby se rendra en Équateur lui aussi pour poursuivre ses recherches et ses projets de conservation auprès de cet oiseau menacé.

Patrick Paré, directeur de la conservation et de la recherche au Zoo de Granby, travaille sur un projet dans ce pays d’Amérique latine, dans la réserve Las Gralarias. 

« On pense avoir trouvé un endroit où il y a du martinet ramoneur, où les gens sont super intéressés à ce qu’on travaille avec eux, indique M. Paré. On voudrait leur offrir une antenne Motus pour capter les oiseaux qui passent avec un émetteur installé sur leurs plumes. »

Il souhaiterait aussi y réaliser des inventaires en milieu forestier pour faire un état de la situation et essayer d’en capturer pour installer un émetteur sur leurs plumes afin de suivre leur migration vers le nord.

« C’est un énorme projet ! Je suis dans les balbutiements, mais je devrais m’y rendre en mission en novembre ou au début de l’hiver. Je suis en train de développer pour le zoo une grosse initiative de conservation en Amérique latine. »

L’organisme souhaite diminuer sa présence au Cameroun pour que les locaux prennent la place en matière de conservation et pour lancer des projets de conservation en Amérique latine. Un total de cinq pays sont visés, indique M. Paré. Des projets pourraient cibler le « jaguar, la tortue marine, les chauves-souris et possiblement les primates du Nouveau-Monde, énumère-t-il tout en se gardant une réserve sur les pays en question. Il y a même une espèce de grenouille qui est endémique dans un des pays. »

Le zoo prépare également un partenariat avec une université québécoise pour travailler sur ces projets de conservation. Là aussi, il préfère ne pas révéler le nom de l’université pour le moment.

La clientèle étudiante de cet établissement universitaire sera appelée à se rendre sur place pour des stages rémunérés par un système de bourses.

« Au Zoo, on est emballé par ce projet-là, qui sera officialisé un peu plus après les Fêtes, commente M. Paré. Aller en Afrique, c’est un défi. Il y a le décalage horaire et les conditions sont très très difficiles. En Amérique latine, c’est moins loin, il n’y a pas ou peu de décalage, ce sont des pays moins en développement que le Cameroun, donc il y a plus de moyens pour nous héberger et pour nous véhiculer. »

Également, ce sera moins coûteux, ce qui permettra de réaliser plus de travaux sur place.