Un père coupable d’avoir secoué ses deux bébés

«Je ne pouvais pas croire que je faisais ça pour la deuxième fois...» «Ça», c’était secouer un bébé, son bébé, jusqu’à le blesser grièvement.

Le procureur de la Couronne Me Christian Gauthier a eu beau chercher, il n’a pas trouvé, dans toute la jurisprudence canadienne, un cas similaire à celui de Jean-Philippe*, un père de la Beauce condamné à deux reprises pour avoir secoué ses deux enfants.

Jean-Philippe, qui a aujourd’hui 28 ans, a d’abord été condamné à 17 mois de prison pour avoir blessé sa toute petite fille de 6 mois, entre janvier et avril 2015. 

En couple avec une nouvelle conjointe, il a récidivé sur son petit garçon âgé de seulement deux semaines en juin 2018 puis, quelques semaines plus tard, en juillet.

L’arrivée du bébé avait pourtant été bien accueillie, a témoigné Julie*, la mère de la petite victime. Jean-Philippe change les couches, donne les biberons, se montre fier de se promener avec son fils. À l’hôpital, il a écouté avec attention les directives de l’infirmière sur la manipulation sécuritaire d’un nouveau-né.

Julie ne connaissait pas l’antécédent de violence envers son enfant de Jean-Philippe; son conjoint lui avait dit qu’il avait été accusé après une bagarre.

Le 17 juin 2018, le garçonnet pleure. «Je n’arrivais pas à saisir ce que le bébé me demandait, explique Jean-Philippe à la juge Rachel Gagnon de la Cour du Québec. J’ai vu noir.»

Il a alors compressé le torse du bébé avec ses mains, lui infligeant une fracture des côtes. 

Le 4 juillet 2018, lors d’un nouvel épisode de pleurs, Jean-Philippe secoue son bébé en marchant du salon à la chambre puis, l’échappe au sol. C’est le père qui a accompagné son enfant en ambulance, Julie restant à la maison avec ses autres enfants. 

L’enfant a subi une fracture du crâne et a été hospitalisé durant 21 jours. À son retour à la maison, il a dû prendre de la médication pour empêcher les convulsions.

Aujourd’hui, le garçon de deux ans a encore du mal à s’alimenter. Il a toutefois repris son tonus musculaire et son développement semble normal pour l’instant.

Jean-Philippe a plaidé coupable à l’accusation de voies de fait graves en décembre dernier.

Le père ne blâme pas la drogue qu’il prenait lors de ses entraînements, dit-il. «C’est moi qui ai fait le choix de consommer, admet-il. Mais je n’ai jamais pensé que ça me rendrait impatient ou hors de moi.»

Il était en congé de paternité au moment des crimes, mais travaillait dix heures par jour comme déménageur, dit-il, pour accumuler l’argent nécessaire à l’achat d’une voiture.

Jean-Philippe a fait une thérapie de sept mois après son premier geste de violence sur sa fille. À sa sortie de prison, il veut poursuivre son cheminement avec l’aide de psychologues et de thérapeutes. «Je veux trouver mon problème, le régler et reprendre contact avec mes enfants», affirme Jean-Philippe.

La Direction de la protection de la jeunesse lui a déjà refusé le contact avec sa fille, qu’il n’a pas vue depuis six ans.

Suggestion de six ans de prison

La Couronne et la défense suggèrent de façon commune au tribunal d’imposer au père une peine de six ans de pénitencier, de laquelle il restera un peu plus de trois ans à purger. L’avocat de Jean-Philippe aurait souhaité que le prononcé de la peine soit reporté de plusieurs mois afin que son client reste dans un établissement carcéral provincial. Cette demande a été refusée par la juge Rachel Gagnon de la Cour du Québec, qui entendra les représentations finales des parties à la fin du mois.

* Prénoms fictifs pour protéger l’identité des victimes