En moyenne, les organismes à but non lucratif en Ontario ont perdu 120 000 $ chacun à cause de la pandémie.
En moyenne, les organismes à but non lucratif en Ontario ont perdu 120 000 $ chacun à cause de la pandémie.

Un organisme ontarien sur cinq en danger de disparaître

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
La pandémie a été impitoyable pour les organismes à but non lucratif (OBNL) en Ontario : se heurtant aux critères restrictifs des aides gouvernementales, un sur cinq se dit à risque de fermer dans les six prochains mois. Et les organismes francophones ne sont pas épargnés.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et l’Ontario Nonprofit Network (ONN) ont dévoilé mardi matin les résultats d’un sondage mené auprès de 1131 OBNL de la province. Les défis sont semblables pour tous les organismes, qu’ils soient anglophones, francophones ou bilingues, et le pourcentage d’organisations au bord du gouffre est le même, peu importe la langue, indique le document.

Pour l’ensemble des répondants, le manque à gagner est d’au total 90 millions $. En moyenne, chacun a perdu 120 000 $. Trois organismes sur 10 ont été contraints de licencier du personnel. Les secteurs des sports, des arts, de l’environnement, des services sociaux et de l’éducation sont ceux qui ont perdu le plus de revenus.

« Le danger avec les petites organisations, c’est qu’elles se trouvent souvent dans de petits milieux francophones, et le risque de les perdre enlèverait de la vitalité aux communautés francophones de ces régions-là, explique le président de l’AFO, Carol Jolin. Et ça, évidemment, ça ouvre la porte à l’assimilation. Si tu n’as pas la possibilité de vivre ta francophonie à travers le monde communautaire, tu devras te tourner vers la vie anglophone. »

Le rapport critique vertement le manque d’accès aux mesures financières gouvernementales. Seulement 35 % des organismes sondés ont reçu la subvention salariale d’urgence du gouvernement fédéral, tandis que 28 % n’y étaient pas admissibles. Au palier provincial, 75 % des répondants n’ont pas bénéficié des mesures annoncées pour soutenir le secteur sans but lucratif pendant la pandémie. Enfin, 67 % n’ont pas bénéficié des mesures d’allégement fiscal annoncées dans le Plan d’action contre la COVID-19 du gouvernement de l’Ontario.

Le président de l’AFO, Carol Jolin

L’AFO et l’ONN appellent les gouvernements de Doug Ford et de Justin Trudeau à agir. Une liste de recommandations leur est adressée, dont celle d’aller de l’avant avec le fonds ontarien de stabilisation du secteur sans but lucratif. « On a évalué que pour l’Ontario, les besoins étaient de 680 millions $, précise M. Jolin. Ça inclut les organismes francophones, anglophones et bilingues. »

Il existe près de 300 OBNL francophones en Ontario.

Ottawa épargnée ?

Les trois organismes ottaviens rejoints par Le Droit vont dans le même sens : même si les temps sont durs, chacun parvient à tirer son épingle du jeu.

Pour l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM), des ententes gouvernementales ont permis de conserver « entre 70 et 80 % » de son budget pour l’année financière 2020-2021, estime son codirecteur Thomas Kriner. Mais savoir si l’association d’artistes francophones hors Québec aura toujours les fonds pour rester opérationnelle après le 31 mars 2021 reste une question sans réponse.

« Je suis plus positif qu’alarmiste, recentre Thomas Kriner. Le Canada et l’Ontario ont été assez généreux et très réactifs. Je vois surgir tous les jours de nouveaux programmes qui peuvent nous aider à pallier le déficit qu’on a pu avoir. »

Au centre Pauline-Charron, deux employés ont dû être licenciés temporairement, mais l’une est déjà revenue au travail et la subvention salariale reçue est suffisante pour reprendre le deuxième.

Le directeur général du centre Pauline-Charron, Léo Lavergne

 « On commence à planifier notre relance, indique le directeur général du centre communautaire de Vanier, Léo Lavergne. Avec nos subventions, les cartes de membres que les gens vont renouveler, avec la campagne de dons qu’on a faite auprès de nos membres, ce ne sera pas facile, mais on prévoit qu’on ne devra pas avoir à fermer nos portes. On va survivre pour la prochaine année, sauf si quelque chose de majeur arrive. »

Cet été, le MIFO a offert une programmation limitée en personne pour ses camps et son service de garde. Ses loisirs et activités récréatives se sont déclinés en ligne. « C’est une situation difficile, mais pour le moment nous prévoyons d’être en mesure de nous en sortir, a indiqué sa directrice générale Marie-Claude Doucet par courriel. Nous travaillons sur les programmations de cet automne qui, nous espérons, pourront être annoncées bientôt. Nous mettons actuellement tous nos efforts pour offrir l’ensemble de nos services et programmes à la communauté dans un avenir rapproché. »