Eugene Melnyk, propriétaire des Sénateurs d’Ottawa, était présent lors du point de presse de la Commission de la capitale nationale qui annonçait la signature d’un accord de principe avec le groupe RendezVous Le Breton en vue du réaménagement des plaines Le Breton.

Un accord de principe pour le réaménagement des plaines LeBreton

Les Sénateurs d’Ottawa viennent de faire un pas de plus vers la construction d’un nouvel amphithéâtre au centre-ville. Mais le jour J est encore loin d’être arrivé, puisque les pelles mécaniques pourraient bien ne pas s’activer avant 2020.

C’était un secret de Polichinelle depuis quelques jours. Quatorze mois après l’amorce des négociations et une quarantaine de rencontres plus tard, la Commission de la capitale nationale (CCN) a annoncé jeudi qu’elle avait conclu un accord de principe avec le groupe RendezVous LeBreton en vue du réaménagement des plaines Le Breton.

L’accord, approuvé par la majorité des membres du conseil d’administration lors d’une réunion de quatre heures à huis clos la veille, permet d’établir les principales modalités et conditions commerciales qui feront éventuellement partie de l’entente-cadre d’aménagement qui sera négociée, annonce-t-on, au cours des 12 à 18 prochains mois. 

Un accord final, qui devra recevoir le sceau d’approbation à la fois du conseil d’administration et du fédéral, pourrait donc être signé, au plus tard, en juillet 2019.

Les parties disent s’être entendues sur la valeur marchande des terrains en fonction des coûts de décontamination, lesquels sont difficiles à chiffrer pour l’instant, indique le premier dirigeant de la CCN, Mark Kristmanson. Chose certaine, la facture s’élèvera à plusieurs millions $, les terrains étant laissés à l’abandon depuis plus d’un demi-siècle.

Prochaines étapes

Une fois que les deux parties se seront entendues, la CCN ne prévoit demeurer propriétaire que d’une lisière verte en bordure de la rue Wellington, soit l’équivalent de quatre acres de terrain sur le vaste site. Les autres terrains, d’une superficie de 49 acres, seront vendus au groupe RendezVous LeBreton.

Si les prochaines étapes suivent leur cours tel que prévu, les approbations requises auprès des instances municipales et fédérales viendront en 2018-2019 et la première phase du projet pourra démarrer au plus tard en 2020 avec le transfert des terrains et l’amorce des travaux de construction.

La réalisation du projet serait divisée en deux phases distinctes, a indiqué la CCN. La première, qui inclut les plus importantes composantes du domaine public telles que l’amphithéâtre et les installations communautaires et culturelles, pourrait s’échelonner sur une période allant jusqu’en 2032, tandis que la seconde, qui inclut la construction de logements et de commerces, s’amorcerait en 2031 pour s’achever en 2036.

Melnyk discret

Présents à la toute fin de la réunion de la CCN, les représentants du groupe RendezVous LeBreton, dont le propriétaire des Sénateurs Eugene Melnyk, se sont faits très discrets. Ils se sont contentés de serrer quelques mains et d’avoir des discussions en privé avant de fuir les micros et caméras.

L’homme d’affaires, qui en avait surpris plus d’un à la mi-décembre en brandissant la menace de déménager la concession, s’est contenté de réagir plus tard en journée sur Twitter, affirmant qu’il était satisfait de l’entente.

« Mon objectif a toujours été de fournir aux Sénateurs l’avantage de la glace à domicile. Bien qu’il y ait encore beaucoup d’obstacles à surmonter, je suis ravi qu’on fasse un pas de plus vers une expérience de jeu plus agréable et une vision d’avenir des plaines LeBreton », a-t-il gazouillé.

Les Sénateurs, qui évoluent dans un aréna situé 30 km à l’ouest du centre-ville, éprouvent des problèmes aux guichets depuis plusieurs saisons. 

Cette année, une moyenne de 15 560 partisans ont assisté aux 22 matches présentés au CCT, alors que la capacité de l’amphithéâtre est de 17 373 places.

Le maire Jim Watson a applaudi la conclusion de cette première entente, mais a répété que la capitale n’injectera pas d’argent dans le projet, ni pour la décontamination des terrains.

« Le programme municipal pour la décontamination est réservé pour de plus petits projets dans le secteur privé. Je pense que la responsabilité revient au gouvernement fédéral. […] Mais certainement que ce sont de bonnes nouvelles pour la Ville, et pour les Sénateurs », a-t-il lancé.

Le président de la CCN, Marc Seaman, croit que la signature de cet accord de principe « représente une étape charnière dans la réalisation du plus grand projet de transformation de la capitale depuis des générations ».

Le projet IllumiNATION du groupe RendezVous LeBreton, dont le coût total avoisine les 4 milliards $, comprend entre autres un nouvel aréna de la LNH de 18 000 sièges, quelque 4400 unités d’habitation dont plusieurs logis abordables, une grande bibliothèque, des espaces commerciaux dont des hôtels, une promenade piétonne dotée d’un sentier expérientiel numérique, ainsi que des aires publiques.

C’est en 2014 que la CCN a lancé un processus d’appel d’offres pour le réaménagement des plaines LeBreton. Près de 11 000 personnes avaient pris part aux consultations publiques pour commenter les propositions.

Deux propositions étaient dans la course (RendezVous LeBreton et LeBreton Réimaginé, du consortium DCDLC) et la CCN a annoncé au printemps 2016 qu’elle préférait la première.

Frustration pour les communautés algonquines

La CCN et le groupe RendezVous LeBreton ont beau s’engager à poursuivre les pourparlers avec la communauté algonquine en lien avec le réaménagement des plaines LeBreton, celle-ci ne cache pas son insatisfaction. 

Dans une déclaration transmise aux médias jeudi à la suite de l’annonce d’un accord de principe, les leaders de la communauté répètent qu’ils n’ont jamais donné leur autorisation formelle pour que plusieurs parcelles de terrain qu’ils revendiquent soient cédées. 

« Alors que nous parlons de réconciliation et de changement d’attitude du gouvernement, la pratique reste la même. Non seulement nous n’avons pas donné notre approbation, mais il n’y a pas eu de compensation financière. La CCN considère que c’est à l’acheteur de faire ça, mais c’est faux. La Constitution canadienne est clair. Le gouvernement du Canada est le fiduciaire des Premières Nations et il revient au gouvernement de veiller à ce que nos droits de propriété soient respectés », dit-on dans le communiqué.