Me Miville Tremblay, médiateur et avocat en résolution des conflits, est catégorique. La crise de la COVID-19 aura un impact sur plusieurs couples. « Les couples plus unis vont rester ensemble et ceux qui le sont moins auront des décisions à prendre », croit-il.
Me Miville Tremblay, médiateur et avocat en résolution des conflits, est catégorique. La crise de la COVID-19 aura un impact sur plusieurs couples. « Les couples plus unis vont rester ensemble et ceux qui le sont moins auront des décisions à prendre », croit-il.

Un « tsunami » à venir pour les couples, prédit un médiateur

« Il va y avoir des chocs, c’est certain. Oui, j’ai déjà des appels, mais ça va surtout être après le confinement. Je m’attends à un tsunami. »

Me Miville Tremblay, médiateur et avocat en résolution des conflits, est catégorique. La crise de la COVID-19 aura un impact sur plusieurs couples. Habitués de passer quelques heures par jour ensemble, bien des couples doivent maintenant cohabiter en permanence en raison du confinement. C’est comme une retraite, mais sans planification !

« On dort huit heures, on travaille huit heures, plus le transport. Il ne reste que quelques heures dans la journée. Là, on est confinés ensemble toute la journée. Ça bouillonne, les gens trouvent ça difficile. À la fin du confinement, bien des décisions devront être prises », assure-t-il.

« Mais attention ! Il ne faut pas penser que tout le monde va se séparer. Les couples plus unis vont rester ensemble et ceux qui le sont moins auront des décisions à prendre. »

Des risques et des opportunités

La situation actuelle entraîne bien des risques, admet Me Tremblay, mais il faut aussi profiter des opportunités, suggère-t-il.

Les risques associés à la COVID-19 résident notamment dans le changement de routine puisque les individus ont besoin d’une stabilité. Oui, il est beaucoup question des enfants, entre autres depuis l’arrêt des classes, mais les adultes en ont aussi besoin.

« Le risque est de ne pas accepter la situation, d’être en réaction négative, alors qu’il y a une opportunité de découvrir de nouvelles choses. Il faut essayer, ne pas rester négatifs. Il y a des découvertes à faire », explique Me Tremblay.

Ce dernier admet que des personnes pourraient avoir de la difficulté à confronter la réalité du couple. Souvent, ces personnes fuient dans le travail, dans les sports, dans les activités, alors que tout est présentement sur pause.

« On ne peut pas faire l’autruche, sinon il va y avoir une tension à trancher au couteau. Le confinement nous offre l’opportunité de faire le ménage alors que la fuite et l’évitement étaient la solution auparavant. »

Le temps d’arrêt permet au couple de faire une introspection, « de se sortir la tête du sable », croit Me Tremblay, dont les bureaux sont situés sur le boulevard Martel, à Saint-Honoré.

« Il faut se rendre à l’évidence qu’on est peut-être rendus ailleurs. Mais d’un autre côté, il y a l’opportunité de se découvrir différemment. On peut se dire “on s’est perdus, on va se retrouver”. »

Me Tremblay propose l’idée de s’offrir des moments de qualité, des moments qui ne sont pas toujours possibles lorsque la routine est bien en place en dehors du confinement. Il suggère notamment des soupers en tête-à-tête lorsque les enfants sont couchés, écouter de la musique, aller marcher.

« Pourquoi ne pas se rappeler pourquoi notre histoire a débuté ? », suggère-t-il.

Toi, moi, nous

Me Miville Tremblay rappelle que le couple, c’est un nous, bien sûr, mais il ne faut jamais oublier le toi et le moi. Il est primordial de favoriser du temps pour chacun, de trouver un dosage pour tout le monde.

« Il faut retrouver notre “je” dans le nous. Il faut se créer des espaces de respect, lire, marcher seul. Il ne faut pas juste être sur Facebook. Il faut être proactifs. Oui, il faut se dire que c’est “l’fun” d’être ensemble, mais il faut se permettre des moments individuels. »

Me Tremblay admet que la crise sera une longue traversée du désert, mais on va s’en sortir, assure-t-il. « Faisons de cette crise quelque chose de constructif, suggère-t-il. À Noël, ça va être agréable d’être tous ensemble. Ça ne sera pas juste les cadeaux. J’ai l’impression que ça va changer des choses dans nos relations interpersonnelles », croit-il.

Valoriser l’ennui

« Aujourd’hui, on fuit beaucoup l’ennui, mais il faut l’accepter et le savourer. Avant, le dimanche, tout était fermé et je m’ennuyais. Maintenant, je m’ennuie de m’ennuyer ! Il faut accepter l’ennui et le valoriser », croit Me Tremblay.

La situation actuelle peut développer de l’angoisse, une angoisse souvent provoquée par une projection trop loin dans le futur. Il faut plutôt voir la crise comme un défi, croit Me Tremblay, et même si ce n’est pas facile, tout le monde est plongé là-dedans.

« Ça n’enlève pas la souffrance, mais il faut se dire “je ne suis pas isolé”. Et il faut se demander “quels éléments m’angoissent ? ”, mentionne Me Tremblay, qui suggère de se tourner vers l’humour. Si on se permet un scénario dramatique, il faut aussi se permettre un scénario idéal. Ça rééquilibre et il faut se permettre de se rééquilibrer soi-même. »

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QUOI FAIRE AVEC LES ENFANTS?

Les couples avec enfants qui se retrouvent en confinement doivent déléguer, autant la mère que le père. C’est primordial pour donner une pause aux parents, assure Me Miville Tremblay, car la situation actuelle « demande beaucoup d’énergie et de patience ». 

« Ce n’est pas une compétition. Il est important d’avoir une bonne collaboration. C’est le mot d’ordre. Un père ne sera jamais une mère et une mère ne sera jamais un père », rappelle Me Tremblay, qui reconnaît l’immensité du défi.

Une fois de plus, le médiateur et avocat en résolution de conflits suggère de prendre des pauses.

« C’est correct si un parent va faire de la lecture, une marche. Il faut alterner les tâches et impliquer les enfants. Ils vont pouvoir en témoigner toute leur vie. Il faut créer des situations avec un aspect de jeu pour les embarquer. Par exemple, il n’y a pas d’âge pour cuisiner. Cette génération saura peut-être se faire cuire un oeuf... »

Parents séparés

Pour Me Tremblay, le motif de santé publique est plus important que tout pour les parents séparés. 

Selon lui, les jugements qui existent priment, mais justement, il faut garder son bon jugement. 

« Il faut jouer franc jeu. Il n’y a pas de cachette à faire et ce n’est pas le temps d’essayer de déjouer l’autre. Si un parent a voyagé, s’il a été en contact avec des gens de l’extérieur, s’il est plus à risque avec le travail, il faut le dire. Mais il ne faut pas tomber dans la paranoïa. »

Une fois de plus, la collaboration est le mot d’ordre, d’autant plus qu’en temps de crise, les tribunaux ne sont là que pour les urgences et les séances de médiation ne peuvent se tenir qu’à distance. 

« Il faut se parler. Si un parent a ses enfants une fin de semaine sur deux, ça se peut que ce soit un peu plus pendant le confinement. »

Pour les familles monoparentales, Me Tremblay propose de faire appel à des ressources extérieures, comme les membres de la famille. « Faites du Skype, allez chercher du support ! », dit-il.

Pensions alimentaires

Me Tremblay comprend que la perte d’un emploi peut entraîner de l’insécurité, notamment en ce qui a trait à la pension alimentaire. Il faut y aller cas par cas, dit-il, mais il est primordial de garder toutes les preuves. Par exemple, si un parent donne un montant d’argent à l’autre parent, il faut garder les preuves, car à la suite de la crise, il pourrait y avoir des ajustements selon les baisses de revenus, le cas échéant.

« Oui, c’est ce qui suscite le plus d’inquiétude, mais c’est ce qui risque d’être le plus facile à gérer à la sortie de la crise si tout est documenté. »

Mais attention ! Les enfants doivent toujours être la priorité par rapport aux autres dépenses, rappelle Me Tremblay.

En résumé ? « La paranoïa n’est pas de bon conseil, la santé publique prime, il faut tout documenter et y aller selon les jugements. Il y a plein d’inconnus ; il faut se donner du temps pour ce qui est connu », conclut Me Tremblay.