Le maire de Labeaume avait la voix nouée par l’émotion, dimanche matin, lors du point de presse sur la tuerie qui a coûté la vie à deux personnes le 31 octobre dans le Vieux-Québec.
Le maire de Labeaume avait la voix nouée par l’émotion, dimanche matin, lors du point de presse sur la tuerie qui a coûté la vie à deux personnes le 31 octobre dans le Vieux-Québec.

Tuerie dans le Vieux-Québec: comme un deuxième film d’horreur

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
«J’ai la nette impression de rejouer dans un vieux film, un film dont l’action se déroulait le 29 janvier 2017 à la Mosquée de Québec», a témoigné le maire Régis Labeaume, dimanche matin, la voix nouée par l’émotion.

Au lendemain du drame ayant enlevé la vie à deux personnes innocentes dans le Vieux-Québec, et blessé gravement cinq autres, M. Labeaume s’est adressé à la population sous le ton de la consternation. 

L’incompréhension, surtout, qu’un tel drame puisse se reproduire à Québec, ville pourtant si sécuritaire aux yeux de monde entier.  

Le maire était accompagné du chef de la police de Québec, Robert Pigeon, de la vice-première ministre provinciale, Geneviève Guilbault, et du président du Conseil du Trésor fédéral, Jean-Yves Duclos.

«C’est un événement hallucinant, terrifiant, un événement qui dépasse l’entendement. Tout ça nous rappelle que la nature humaine est éminemment complexe et incroyablement insondable», a exprimé le maire. 

Il a tenu à rassurer les citoyens de Québec : il s’agit d’un geste isolé, comme l’était l’attentat de la Mosquée de Québec en 2017.

Ce drame survient toutefois dans un lieu cher aux citoyens de Québec; le Château Frontenac est emblématique, un endroit de rencontres et de festivités. 

«Ça nous bouleverse encore plus. […] Il est difficile et quasi impossible de prévoir les conséquences de la folie découlant visiblement de problèmes de santé mentale», a ajouté le maire.

Santé mentale déjà fragile

Le maire Labeaume avait déjà abordé la peur qui l’habitait à l’approche du mois de novembre, pas plus tard que le 23 octobre, en conférence de presse avec la ministre Guilbault. Il redoutait l’impact de l’arrivée du froid et de la noirceur sur la santé mentale de la population. Tout ça mélangé aux situations précaires causées par la COVID-19.

«Cette horreur chez nous s’ajoute à une charge mentale collective qui était déjà lourde en cette période pandémique.»

La Ville mettra en place toutes les ressources nécessaires afin d’aider la population à traverser psychologiquement «les conséquences éventuelles de cet événement». 

Régis Labeaume insiste aussi sur la nécessité d’un débat national sur la question de la santé mentale. 

«Les maires des 20 grandes villes canadiennes, pour nous, les maladies mentales sont les plus grands problèmes de sécurité pour les prochaines décennies, on est tous d’accord là-dessus. À un moment donné, va falloir qu’on en discute.»

Il a aussi amené une problématique : les policiers se transforment en intervenants sociaux. Et ce n’est pas la première fois que le maire aborde le sujet. Il se montre chaque fois très sensible lorsque la question est soulevée. 

«On a besoin d’un débat national, ça devient de plus en plus dur à gérer.»


« Cette horreur chez nous s’ajoute à une charge mentale collective qui était déjà lourde en cette période pandémique. »
Régis Labeaume, maire de Québec

Attaques discutées partout dans le monde

Comme l’attaque sordide de 2017, la veillée d’Halloween de Québec a fait le tour du monde très rapidement. 

Les médias américains, britanniques ou français parlaient de cet homme déguisé en personnage médiéval qui attaquaient des passants avec un sabre. Une histoire qui donne froid dans le dos, peu importe le pays dans lequel on se trouve. 

C’est le genre de «vision apocalyptique» qui fait jaser. Quelle trace une telle nouvelle laisse sur Québec?

«On l’a vécu en janvier 2017, on a fait l’analyse nécessaire par la suite pour tenter de comprendre la perception des gens qui vivaient à l’extérieur de Québec. Ce qui était unanime, ou quasi, pour les gens de l’extérieur, c’est que c’était un geste isolé», a expliqué le maire 

Selon le palmarès mondial, Québec demeure parmi les villes les plus sécuritaires. Un événement isolé ne vient pas changer la donne.  

«C’est une situation singulière, je suis convaincu que dans les prochaines semaines et prochains mois, tout le monde va considérer que c’est tellement insolite et horrible que les gens de l’extérieur vont comprendre», termine le maire.

Ne pas hésiter à demander de l’aide

La vice-première ministre Geneviève Guilbault, aussi députée et résidente de la Capitale-Nationale, s’est dite elle aussi «dévastée» par les événements.

«C’est tout le Québec qui est en deuil. […] C’est difficile de mettre des mots sur ces situations-là. Ça nous plonge dans l’horreur.»

Elle a souligné le travail des corps policiers, ainsi que le travail des premiers répondants, à la suite des «actes barbares» survenus après une journée d’Halloween qui se voulait festive.

«On est tous très interpellés, on aime croire que Québec est une ville paisible, une ville sécuritaire, elle l’est d’ailleurs, la grande majorité du temps, mais malheureusement les tragédies comme celle de cette nuit nous rappellent qu’on n’est pas à l’abri de ce genre de situation terrible, terrible», soutient-elle.

Mme Guilbault a aussi mentionné l’implication des agents de sécurité du Port de Québec dans l’arrestation du suspect. Ils ont localisé le suspect et assisté la police, afin de l’arrêter et de l’empêcher d’alourdir son bilan.

Elle assure que les ressources psychologiques et psychosociales sont disponibles pour toutes les personnes entourant les sept victimes, mais aussi pour quiconque en aura besoin.

«Les ressources, elles sont disponibles, elles sont accessibles, n’hésitons surtout pas à demander de l’aide, pour soi, ou pour quelqu’un d’autre», incite-t-elle.