Les Torontois ont continué à se recueillir à la fontaine de la petite place Alexandre-le-Grand, près du lieu de la fusillade de dimanche dernier.

Tuerie à Toronto: aucune preuve de l’implication de l’EI

TORONTO — La police de Toronto estimait mercredi qu’«aucune preuve» ne permet de confirmer que le groupe État islamique (EI) a dirigé la fusillade de dimanche dans la métropole canadienne, l’enquête sur le tireur pointant davantage vers des troubles mentaux que du fanatisme islamiste.

Amaq, l’organe de propagande du groupe, a affirmé mercredi que l’attaque qui a fait deux morts, outre le tueur, avait été perpétrée par «un des soldats de l’EI» qui a suivi les «appels à cibler les ressortissants des pays de la coalition» internationale antidjihadistes.

Mais pour la police de Toronto, «aucune preuve» ne permet «d’appuyer cette revendication».

«Nous allons continuer à explorer toutes les pistes, notamment en interrogeant ceux qui connaissaient [Faisal] Hussain et en analysant son activité sur Internet, ainsi qu’en enquêtant sur son historique de santé mentale», a fait valoir la porte-parole de la police, Meaghan Gray.

Selon la famille de Faisal Hussain, l’auteur de la fusillade, ce dernier souffrait depuis son enfance de «sérieux problèmes mentaux» qu’il n’a jamais pu surmonter même s’il avait pris des médicaments et suivi des thérapies.

Il était environ 22h dimanche soir à Toronto quand cet homme de 29 ans a ouvert le feu, tuant une jeune femme de 18 ans et une fillette de 10 ans, et blessant 13 personnes, certaines grièvement.

L’assaillant a tiré au hasard sur des piétons déambulant sur une artère animée du quartier grec de la ville, avant de cibler des restaurants bondés.

Arrivée rapidement sur les lieux, la police a ouvert le feu sur l’homme, qui a été découvert mort quelques instants plus tard dans une ruelle, d’après les enquêteurs.

Selon CBC, la police a affirmé que Faisal Hussein se serait enlevé la vie après l’échange de tirs.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, avait affirmé mardi qu’«il n’y a aucun lien [...] entre cet individu», Faisal Hussain, «et tout enjeu de sécurité nationale».

Hussain n’avait aucun casier judiciaire et ne figurait pas sur le radar des agences canadiennes de sécurité, avait indiqué à la presse le ministre.

«Très sceptique» sur l’EI

«Coïncidence tragique», Hussain était employé de la chaîne canadienne de supermarchés Loblaws, tout comme Reese Fallon, la jeune femme de 18 ans qui a perdu la vie, et Samantha Price, l’une des 13 blessés, rapportait mercredi le Toronto Star, citant une correspondance interne de l’entreprise.

C’est la troisième fois que l’État islamique revendique des attaques au Canada, rappelle Amarnath Amarasingam, chercheur canadien de l’Institute for Strategic Dialogue basé à Londres.

La première fois remonte à 2014 quand Daech (acronyme arabe de l’EI) avait affirmé que deux attaques, au sud de Montréal et à Ottawa, étaient «le résultat direct» de son appel à la violence contre les Occidentaux quelques mois plus tôt. La deuxième fois date de 2016, quand un Canadien, cerné par la police, avait actionné une bombe dans un taxi au sud de la province d’Ontario avant d’être abattu par les forces de l’ordre.

«Très sceptique de cette revendication» de l’EI, Amarnath Amarasingam estime pour l’AFP que le groupe radical exploite des articles, publiés par des médias américain et canadien citant des sources anonymes, affirmant que Faisal Hussain avait consulté des sites Internet à caractère djihadiste avant de passer à l’acte.

Si l’assaillant avait réellement agi au nom de l’EI, «il aurait dit [lors de l’attaque] que les pays occidentaux doivent quitter la Syrie, ou crié “Allahu Akbar” [Dieu est grand]», note le chercheur. «Et il ne semble pas qu’il ait dit quoi que ce soit ou fait quoi que ce soit en ligne», ajoute-t-il.

Auparavant très fiables dans leurs revendications, les dirigeants de l’EI le sont bien moins désormais, à mesure que le groupe est acculé en Syrie et en Irak, dit cet expert du terrorisme. Ils entendent dans les médias qu’«il a été sur un site de l’EI, [et en concluent] que ce doit être un des nôtres», résume M. Amarasingam.